La date de ce rendez-vous avait été fixée quelques semaines plus tôt, convenant
aussi bien aux membres de musanostra qu'au personnel de la bibliothèque
de Moriani et aux lecteurs de Costa verde, nos hôtes ; qui aurait pu
prévoir le déchaînement des éléments ! Nous avons fait la route sous une
pluie battante ; qu'importe, le café littéraire eut lieu dans des conditions climatiques
à nouveau fort défavorables.

Nous avons été reçus au restaurant Bor di mare, sur une large terrasse couverte
de la plage ; Marie-Paule, la bibliothécaire, avait convié quelques amateurs de
littérature et c'est avec plaisir que nous avons échangé ; certains se connaissaient, ce
qui a apporté davantage de convivialité à ce moment.

 

 

Jacqueline, Lucia, Lucile, ...

 

 

 


 

Jean-Paul, Fabienne, Monique...

Fabienne a ouvert la soirée avec "Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye

Cet auteur, française d'origine sénégalaise, n'est pas une inconnue ; elle
écrit depuis l'âge de 17 ans, elle en a 42 à présent. Elle a écrit 12 livres , a reçu le prix
femina en 2001, l'une de ses pièces de théâtre est au répertoire de la Comédie française...

Elle insiste sur sa méconnaissance de la culture africaine dont le départ de son
père, rentré au Sénégal alors qu'elle était toute petite, l'a privée. Elevée par sa mère
française, elle choisit avec ce roman de présenter cependant trois personnages étonnants, des femmes africaines ou d'origine africaine, vivant là-bas ou en Europ
e.

Fabienne nous fera sous peu parvenir son compte rendu

 

 







 

Jacqueline traduisant les si émouvants textes de Lucia Giammari

Lucia et ses amies (traductrices improvisées) : comment une femme au foyer
voit sa vie transformée par un discours d'Edmond Simeoni ; cette révélation est
fondatrice, exprimée dans son poème en corse

 

"Ava so"...


Avà a sò
Sò so ch'o sò


Sò di a mo ghjente, e di e mo piante
Sò di a mo terra, e di a so guerra
Sò di i mo usi, e di i mo fruzi
Sò di e mo prighere, e di e mo paghjelle
Sò di i mo doli, e di i mo stoli
Sò di a mo sulana, e di a mo lana
Sò di u mo mare, e di u mo stellare
Sò di a mo lingua
Di a mo lingua sò.

Lucia Giammari

(Lu à Moriani le 7 octobre 09 par l'auteur)

 







Jacqueline G. nous livre son émotion à la lecture du

« Cahier d´un retour au Pays Natal »
d'Aimé Cesaire


Le poème écrit et lu par Lucia ce soir renvoie implacablement au"nègre je suis, nègre je resterai"de Césaire.

Né en 1913, décédé en 2008, Aimé CESAIRE poète antillais de la Martinique, a balayé le XXème siècle de son existence. Auteur engagé, il n´aura de cesse de fustiger le colonialisme et le racisme sous toutes ses formes.

Elève brillant il fera des études supérieures à Paris. Lorsqu´il rentre chez lui, il a dans ses bagages : « Cahier d´un retour au Pays Natal ». On est en 1939.

« Cahier d´un retour au Pays Natal » c´est un monologue, un immense poème en prose où le narrateur laisse éclater sa désolation, sa rage, son amour pour le peuple, la terre dont il est issu et qu´il retrouve après une longue absence.

Il dépeint la misère des Antilles en commençant par une petite phrase qui revient comme une litanie : « Au bout du petit matin » comme on dirait « au bout du petit chemin ». Le petit matin, c´est l´aube avec toutes les promesses, les attentes qu´elle porte en elle ; à peine né et sitôt avorté.

Rythmée par ce « bout du petit matin » la prose du poète va décrire une société misérable de « no future », une société malade. La misère, la laideur, la souffrance, pire, la soumission de ce peuple frère est intolérable pour le narrateur.

Ce faisant il devient le porte-parole de tous les colonisés, les exploités, laissés- pour- compte d´Afrique, d´Amérique et d´ailleurs.

Le conteur ne se contente plus de se lamenter ; en continuant à jeter en pleine lumière tous les dommages, les sévices subis par les siens, au cours des siècles il s´insurge maintenant contre l´ordre colonial.

Et puis c´est le : « J´accepte » (on dirait auj. j´assume), un réquisitoirecontre l´esclavage : sévices physiques, sévices moraux, rien n´est épargné. Césaireaffirmera dans un entretien :« Nègre je suis, Nègre je resterai ». En acceptant ce qu´il est, le noir, l´ancien esclave avec toutes ses tares, va se réapproprier sa culture, sonidentité. Les mots grossissent, ils se font durs, très durs, la colère gronde :* ceux qu´on domestiqua et christianisa , ceux qu´on inocula d´abârtadissement

Il dénonce avec fureur « le bon petit nègre »exploité, tyrannisé, annihilé.

Un autre danger enfin : l´assimilation, que le narrateur n´accepte pas cette fois, ce piège à esquiver,

pour se réapproprier son identité .

Le poème s´enfle, va crescendo pour atteindre le bouquet final : la révolte . Le moi retrouvé et plusque cela, la naissance d´un nouvel homme. Voici venu le temps de la revanche de l´homme noir :maintenant il sait, il peut se libérer. Il va pouvoir vivre sa négritude librement, pleinement.*et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l´intelligence, de la force* Et elle est debout la négraille.../la négraille assise/inattendument debout /debout dans lacale/debout dans les cabines/debout sur le pont /debout dans le vent/debout sous le soleil/deboutdans le sang/debout et libre.

Ce n´est pas un livre qu´on lit facilement. On ne peut pas le lire avec la raison, mais si on se laisseporter par les mots, alors on s´envole (hè ligeru comme dirait Forioso) alors les images fortes, dures ou idylliques que ces mots nous renvoient frappent droit au coeur.

C´est de la poésie surréaliste, très riche d´images, de réalisme, d´émotions, de symboles, deréférences culturelles.

Il faut rentrer dans le jeu poétique, se laisser aller, alors tout devient facile ; on est submergé debeauté et d´émotion et qu´importe si on ne comprend pas toute la sémantique, c´est la vérité quil´emporte.

 


 

Marie-Paule et Ginette, qui a présenté l'oeuvre de
Max Gallo
"que sont les siècles pour la mer ? "

Lisez son compte rendu

 

Noëlle , "Quitter le monde" de Douglas Kennedy

Selon elle, le meilleur de l'auteur !

 

Des participants attentifs

 

 

 

Marie-france, Hélène, Nathalie, Rose-Marie...

 

 

Marie Marchetti et Marie Anne Perfettini

"La joueuse d'échecs"et le film qui en a été tiré présentés par notre fidèle chroniqueuse : un grand moment de plaisir !

La joueuse d'échecs est le premier roman de Bertina Henrichs.

Bertina Henrichs est née à Francfort mais vit en France depuis une quinzaine d'années. Elle a écrit La Joueuse d'échecs directement en français

Résumé du livre
L’histoire se passe en Grèce, Eleni, le personnage principal est femme de chambre dans un hôtel de l'île de Naxos. Elle est mariée à un garagiste (Panis le plus beau gars du coin) et elle mène une vie tranquille et réglée. Elle travaille, s’occupe de ses deux enfants et papote avec son amie d'enfance qui connaît tous les potins. Dans l’hôtel, elle aime observer les clients et souvent replace les chemises de nuit des dames sur le lit en resserrant la « taille ». Un jour, elle renverse une pièce d’échiquier dans la chambre d'un couple de touristes parisiens. Ce jeu lui semble être la marque de l’élégance et aussi l’occasion d’une complicité amoureuse. Elle décide d’apprendre à y jouer pour faire comme les « femmes élégantes de Paris » et rompre avec la routine qui s’est installée dans sa vie. Elle offre donc un échiquier à son mari afin d’apprendre à jouer avec lui.
En fait, elle seule va se passionner pour ce jeu et toute sa vie va être transformée.
Voilà donc une belle histoire toute simple qui se lit vite mais qui laisse rêveuse et donne une bouffée d’enthousiasme.

Le film s'intitule Joueuse. Il suit assez bien le livre même si l’écrit permet davantage de connaître les pensées profondes d’Eleni et que le film rajoute une histoire d’amour. Sandrine Bonnaire est une actrice lumineuse et ce rôle lui va à ravir car elle joue avec retenue et finesse. D’autres personnages sont un peu stéréotypés (le mari et la fille dans sa crise d’adolescence). L’aspect sensuel du jeu d’échec est davantage mis en valeur dans le film (la chemise de nuit en soie…). Le choix de la Corse à la place de la Grèce est plaisant (surtout pour nous) avec une belle promo pour Piana. Et pour une fois nous ne sommes vus ni comme des truands ni comme des plastiqueurs : ça repo
se !

 

Monique, Noëlle, Camille

 

 

Rafraîchissant !

 

Camille, 9 ans et demi : la collection de livres pour enfants "la cabane magique".
On a enfin compris pourquoi ces petits livres illustrés ont tant de succès !

 

 

 

La collection de livres pour enfants "la cabane magique" permet de

visiter époques et civilisations lointaines .


 

 

Evoquée également ce jour-là la parution de l'oeuvre d'Alain Mori,
qui n'a pu être des nôtres ; intitulé "Poésies indépendentistes", ce
recueil en édition bilingue paru chez Anima Corsa livre l'univers de
cet homme, militant culturel corse, ses souffrances, ses regrets et
ses espoirs. La langue corse y a la part belle, maniée avec talent et
le constat est souvent amer,triste.
Cette oeuvre vous sera présentée plus longuement bientôt (des articles
et des émissions y seront consacrés) mais nous avons tenu avec
l'assentiment de l'auteur à faire découvrir des extraits du recueil,
au gré de nos lectures et de nos émotions

 

 

 

 

 

 

 

 

Rosalie : par égard pour François de Negroni qui nous a accueillis à Rogliano en août 2009, elle a lu l'un de ses essais, "le savoir vivre intellectuel", avec persévérance et parfois abnégation. Notre amie scientifique nous assure qu'elle y a trouvé des passages croustillants, notamment lorsqu'il est question de vie privée des existentialistes...

 

 

Fables

Anne-marie a présenté l'image du roi dans 3 fables de jean de La Fontaine

"Louis XIV est la figure emblématique du Grand Siècle : parmi tous les auteurs classiques , Jean de La Fontaine mieux qu’un autre, selon moi, a su peindre de façon plaisante ses contemporains, dont le Roi Soleil.
En fin observateur des us et coutumes de la Cour, (rappelons qu’il fut le protégé de Fouquet et précepteur du Dauphin) il y a jeté un œil critique … mais il fut aussi un vrai partisan de la monarchie, précisons le.

Ses fables sont gravées dans notre mémoire culturelle :
Chacun de nous en a gardé au moins une en souvenir.

J’en ai choisi trois, parmi les plus célèbres, dont le thème commun est la Royauté.

« Les Grenouilles qui demandent un Roi », « les membres et l’estomac », parce qu’elles illustrent la nécéssité et la légitimité du pouvoir royal.
« Les Obsèques de la Lionne »car le comique permet d’habiller la propagande pour la rendre moins complaisante envers le roi.

La fable des grenouilles fait l’apologie du pouvoir monarchique : elle valorise la fonction royale, symbole de sagesse et de stabilité nécessaires au bonheur du peuple, considéré comme immature (c’ est son instabilité, source de désordre , qui le fait régresser vers le despotisme).

Dans Les membres et l’estomac, le comique permet d’enjoliver la flagornerie : on l’a bien compris, l'auteur fait encore ici la propagande de la monarchie, mais avec plus d’humour et peut-être de recul ; évoquant par le biais de la métaphore corporelle la nécessaire réciprocité entre le monarque et son peuple.

Enfin dans Les obsèques de la lionne, il donne une image plus polémique du pouvoir, évidemment déguisée par l’allégorie animale ;
Le mimétisme, la dénonciation et la calomnie règlent la vie des courtisans.
Le roi est à la fois vaniteux et naïf. "

 

 

Quel courage, Anne-marie et Nathalie ont bravé la tempête pour participer au café littéraire !

 

 

 

 

 

 

Nathalie a présenté 3 livres : Murakami, Winkler, Beigbeider étaient à l'honneur

Au cours de cette soirée j’ai eu le plaisir de parler de trois romans qui ont retenu mon attention.

Tout d’abord, mon coup de cœur. Le récit de HARUKI MURAKAMI intitulé "Au sud de la frontière", à l’ouest du soleil publié chez 10/18 collection roman étranger. C’est un texte sublime à l’écriture élégante et souvent poétique. Hajime, le héros, de manière intimiste retrace son parcours amoureux de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. Trois personnages féminins ont marqué le jeune homme : Shimamoto-San, Izumi et enfin Yukiko. A l’aube de la quarantaine, installé dans une vie confortable, marié à la douce Yukiko dont il a deux petites filles, Hajime fait un soir la rencontre improbable de son premier amour Shimamoto-San. Les souvenirs remontent à la surface, l’amour aussi…Récit parabolique, le roman de Murakami l’est indubitablement. Le lecteur participe activement à la construction du texte. Chacun y trouvera sa part de vérité. Une véritable leçon sur le bonheur…

Le second livre est le récit autobiographique de Frédéric Beigbeder, "Un roman français". J’avais beaucoup de réticence à lire cet auteur « people ». D’ailleurs je n’avais jamais rien lu de lui. C’est par hasard que je l’ai entendu parler de son roman et j’ai voulu aller à sa découverte. Le début m’a semblé laborieux, peu captivant et même parfois trop convenu et maladroit. Ensuite, la narration se fait plus habile et parfois Beigbeder est presque bon. C’est le roman d’un quadragénaire. Rien de rare, certes, mais enfin on trouve en filigrane des portraits et des images de sa génération tout à fait intéressants. A découvrir donc…

Le dernier ouvrage est celui de Martin Winckler "Le chœur des femmes". L’auteur joue incontestablement sur l’homophonie du cœur et chœur car il s’agit d’un livre de femme dédié aux femmes. L’interne Jean Atwood (prononcez DJinn) est obligé d’accepter un poste durant six mois dans un service appelé « Médecine de la femme ». Rien ne se passe comme il était prévu. Martin Winckler joue avec le lecteur car au fil de la lecture on s’aperçoit qu’en fait Jean est une femme ambitieuse et brillante. Le texte se lit facilement. C’est une succession de saynètes édifiantes. Très cinématographique comme écriture pourrait-on dire. J’ai beaucoup apprécié car Winckler est sacrément doué, d’un documentaire il le transforme en littérature. On est fan et rapidement car les situations sont multiples et variées. On sourit, on rit, on pleure. Un vrai « soap » littéraire. L’auteur a du talent et de l’avenir à ne pas en douter.


N.MALPELLI

Hélène, Maï, Anne-Marie, Nathalie...

 

 

Lucile et Lucia ; heureux hasard !