Mardi 7 octobre, à 20 heures quarante,

quelques personnes se sont installées place du marché, à Bastia, à la terrasse de l’Idéal Café ; d’autres les ont rejointes. Certains se connaissaient ; d’autres se sont découverts ; des présentations et la cinquième rencontre Musanostra, café littéraire, artistique, philosophique commença.

Tout d’abord Marie Anne présenta les principaux prix littéraires, Goncourt, Renaudot et 2 ou 3 autres connus, expliquant à quelles motivations ils répondent, leurs caractéristiques. Elle insista notamment sur le Nobel dont on ignore parfois l’aspect littéraire ; bonne idée car 2 jours plus tard nous apprenions qu’il venait d’être remis à JMG Le Clezio, donc à la France. Notre amusante adhérente rapporta quelques traits des membres de jury vaniteux, d’une autre époque, et nous nous sommes attardés, entre autres, à la description de certaines de leurs traditions .

Freddy Rusjan nous contraria avec son compte rendu de l’œuvre de P. Saviano, Gomorra ; Naples est une cité tentaculaire où les plus faibles pour se sentir protégés doivent payer le prix fort, le plus fort qui soit souvent. On peut, si ce n’est déjà fait, lire son article dans « auteurs/œuvres ».
J’ajoute qu’à une question naive sur les dangers pour l’écrivain d’une telle dénonciation, Freddy avait estimé l’heure grave, ce qui s’avéra puisque Saviano fait l’objet d’un contrat. Sa mort a été décidée par la Mafia.
Manue Marchetti, charmante de simplicité savante, rappela qui fut Dostoievski et combien son œuvre est agréable à lire (c’est sa thèse ! ). Voici en quelques mots l’argument : |
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Dostoïevski
Présentation de l'auteur et de son oeuvre à travers trois de ses romans :
Crime et châtiment
Les Possédés
Les Frères Karamazov
Dostoïevski est souvent présenté comme un auteur complexe, mais en entrant dans son univers, l'on s'aperçoit très vite que les thèmes évoqués sont souvent les mêmes : Dieu, la foi, la politique, la famille et le Russie (vision quelque peu simpliste, mais pourtant réelle, de ce monument de la littérature russe...).
Crime et châtiment : sans doute le premier grand roman de l'auteur. Le héros, Raskolnikov, est un jeune étudiant qui, parce qu'il est sans le sou, décide de tuer une vieille usurière. Ce choix met en place l'un des fondements mêmes de ce que Dostoïevski a appelé « le libre arbitre » (il laisse le choix à ses personnages). C'est là toute la dialectique du bien et du mal... Raskolnikov veut prouver qu'en accomplissant ce geste il est libre ; liberté toute factice, puisqu'elle génère chez le personnage des tourments, qui le conduiront à se dénoncer, de fait, il sera condamné.
Les Possédés (Les Démons) : un groupe de révolutionnaires souhaite renverser l'ordre établi. Le héros (Stavroguine) est un jeune aristocrate dont la personnalité va au delà du rang social qu'il occupe. Les révolutionnaires veulent en faire leur chef. Stavroguine est un personnage énigmatique, beau (comme la plupart des héros dostoïevskiens) et tourmenté ; consciemment ou pas, il manipule les êtres qui l'entourent (en amour, en famille, en politique). Capable du pire, c'est peut-être, à mon sens, le personnage le plus accompli de Dostoïevski. Il est nihiliste, athée, désabusé et ira même jusqu'à violer une enfant (toujours cette volonté d'affirmer sa liberté).
Le fond politique et religieux des Possédés rend ce roman complexe, mais riche cependant. Pour Dostoïevski, nihilistes, socialistes et démocrates sont les ennemis de la Russie, lui même étant nationaliste et conservateur à l'extrême.
Les frères Karamazov : A l'histoire d'un parricide, commis par l'un des trois frères, s'ajoute une réflexion sur la religion et la liberté (irrémédiablement liées chez Dostoïevski). Ivan, Alexei et Dimitri sont les héros de cette oeuvre « monumentale ». Alexei est le plus jeune, c'est un homme de foi qui a voué son existence à Dieu. Dimitri est le plus exalté des trois, sa vie n'est que vice et passion. Ivan, quant à lui, est l'intellectuel tourmenté et athé qui, comme Raskolnikov et Stavroguine, va éprouver sa liberté : « si Dieu n'existe pas, tout est permis »...
Le roman suit une composition très complexe :
Première partie : rivalité entre le père et Dimitri qui se jalousent une même femme
Deuxième partie : la psychologie des frères. Le meurtre et les soupçons;
Troisième partie : le procès et les preuves de la culpabilité de l'un des trois frères (Ivan, Dimitri et un fils illégitime).
C'est là l'ultime roman de Dostoïevski et l'on y devine les doutes de l'auteur lui-même face aux idées politiques et à l'existence de Dieu.
Ainsi, l'on remarquera l'évolution, sommes toutes logique, d'un roman à l'autre, d'un personnage à l'autre : les thématiques, naissantes dans
Crime et châtiment, sont reprises et enrichies jusqu'à l'élaboration des
Frères Karamazov, considéré comme un aboutissement dans l'oeuvre de
Dostoïevski.
Après ce rappel qui nous donna envie de relire ce grand auteur :
Anne-Marie proposa sa vision encore globale du dernier livre de E.Simeoni, Lettre aux femmes Corses ; elle nous a promis d’y revenir plus exhaustivement.
Marie-France a montré en quoi, selon elle, il y a détour dans Le lièvre de Vatanen, de A. Paasilina

Les œuvres qui avaient été proposées à la lecture pour cette soirée là n’ont pas vraiment fait l’unanimité : Lacrimosa, de Régis Jauffret a particulièrement ennuyé ou déplu à celles qui en ont tenté la lecture, tandis que Piccule fictions partageait les lecteurs. Certains ont apprécié quelques textes, d’autres ont retrouvé avec joie la talentueuse nouvellede Mondoloni,

déjà lue dans Corse Noire.
Dans l’ensemble pour ce recueil, c’est l’inégale qualité des textes qui fut soulignée mais c’est un ouvrage que nous recommandons, ne serait-ce que parce qu’il permet de passer un bon moment en faisant une BA (il a été publié au profit d’Handi 2B). Nous avons aussi parlé aussi de G. Sinoué "l'enfant de Bruges" et "le livre de saphir" romans particuliérement appréciés par LUCILLE ANNE MARIE ET NOËLLE
