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café littéraire au bar Pigalle
Barbara Filippi
Il giorno prima della felicità de Erri de Lucca


Freddy : Zones humides , L'appel de l'huître ...
« ZONES HUMIDES » de Charlotte ROCHE-Editions ANABET

Qualifié de « histoire bien d’aujourd’hui » par le journal Libération, j’avoue que j’ai un mal fou à trouver un qualificatif à cet OVNI littéraire.
Une histoire bien singulière que celle d’Hélène, 18 ans hospitalisée pour subir une intervention chirurgicale sur des hémorroïdes.
Durant cette hospitalisation, elle ne nous parlera que de son corps qui par moments semble être le corps d’une autre. Rien ne nous est épargné de sa vie sexuelle, de son comportement anti-hygiéniste et antihygiénique. On a droit à un véritable traité sur les fluides corporels, tous les fluides corporels
Jamais je n’ai lu un livre qui dévoile autant l’intîme.Un simple geste banal, parfois réflexe ou automatisme devient pour elle, un véritable sujet d’étude…et objet de nourriture. Elle se nourrit de son corps ou se nourrit-elle du corps d’une autre? Les larmes, le sang, la sueur, les crottes de nez, tout est bon chez Hélène et le parfum « naturel » fait partie de la délectation.
Ce livre pourra, sans aucun doute, choquer certains lecteurs voire même les dégoûter, en sera-t-il de même pour les lectrices ? Est ce le but recherché ?
Mais derrière ce déballage se cache une véritable souffrance, Hélène n’accepte pas le divorce de ses parents et souffre d’un épisode très douloureux de son passé.
C’est effectivement un livre sur son corps, sur le corps…seules les dernières pages nous rappellent que tout n’est pas qu’organique chez Hélène (ou Charlotte), elle a des sentiments.
L’APPEL DE L’HUITRE de Pascal DESSAINT -Editions RIVAGES
Quinze avril 2009, 10 heures du matin, le bruit des vagues, quelques baigneurs intrépides.
Le décor est planté.
Assis sur un banc, au soleil, promenade des Anglais, j’observe un groupe de pigeons et autres moineaux qui quémandent quelques miettes, des paroles en italien volent jusqu’à mes oreilles, je suis au calme, heureux
Je suis seul et pourtant près de moi, j’ai un nouvel ami. Un nouvel ami écrivain que je viens de découvrir aujourd’hui. Son livre, l’appel de l’huître me semble l’œuvre la plus appropriée à être lue dans cette douce matinée niçoise. Ce sont des textes brefs en rapport avec la nature et les plaisirs les plus simples, les plus beaux.
Pascal Dessaint nous parle de papillons, de lézards, d’araignées, de voyages, de vagabondages verts, de vie.
Les références littéraires ou cinématographiques auxquelles il nous renvoie augmentent encore notre plaisir. La comparaison d’une attaque de frelons à la chevauchée des Wakyries et au vol d’hélicoptères d’Apocalypse now en est un exemple délicieux, comique et …tellement vrai.
Certains écrivains sont ses amis, d’autres le sont moins tel Hemingway. Non pas pour ses écrits mais plus pour son comportement de chasseur, de viandard.
P.Dessaint nous parle de la nature avec amour et humour, simplicité et conviction; le bonheur est vraiment dans le pré ; courrez vite lire ce livre sinon il va filer.
Lui qui n’a pas encore lu Dostoviesky prendra t-il le temps de le faire? Il lui faudra peut-être diminuer ses temps de passage dans la salle de bains (les futurs lecteurs comprendront).
Mais déjà d’autres plaisirs m’attendent et je ne peux résister à l’appel de la socca, d’un petit rosé du Var ou d’une tourte aux blettes sucrée.
L’heure tourne, je dois refermer mon livre et abandonner mon banc immaculé ; une belle matinée s’achève sur Nice.

Evelyne, Freddy, Marcel Gambini qui a présenté une oeuvre de Baltazar Gracian

Anne-Marie
lire ou relire Le chef d'oeuvre inconnu de Balzac


LE CHEF D’ŒUVRE INCONNU, Honoré de Balzac.
« Vous faites à vos femmes de belles robes de chair, de belles draperies de cheveux, mais où est le sang (…) Qu’y manque-t-il ? Un rien mais ce rien est tout, vous avez l’apparence de la vie, mais vous n’exprimez pas (…) ce je ne sais quoi qui est l’âme (…) cette fleur de vie que Titien et Raphaël ont surprise » tels sont les propos de Frenhofer, le vieux peintre s’adressant à maître Porbus et au jeune Nicolas Poussin encore méconnu :
La leçon du vieil homme porte sur la création picturale, la dernière touche de l’ oeuvre, celle qui détermine le moment de grâce où l’artiste considère son tableau achevé.Mais pour atteindre cette perfection ultime il faut insuffler la vie à ses personnages …et là est toute la difficulté…
Lui-même s’y applique depuis des années, mais refuse de dévoiler son chef-d’oeuvre : un portrait de femme qu’il cache jalousement :
Obsédé, jaloux, inquiet, monomaniaque, il essaye désespérément de le terminer…
Si vous ne lisez qu’un « Balzac », que ce soit celui-ci : un pur concentré du maître :
D’abord parce que c’est son récit le plus bref (ceux d’entre vous qui ont peut-être été effrayés par certaines longueurs dans ses romans le considèrent, du coup, comme un auteur réservé seulement à une élite ou à un public scolaire) ,
Surtout parce qu’il est un petit joyau de la prose balzacienne : on y retrouve toute sa verve poétique, la dentelle de ses mots et la puissance de l’analyse via la connaissance parfaite des peintres évoqués (Duhrer, Rembrandt, Raphaël, Titien …)
Enfin, parce que la réflexion touche à la question existentielle de la finalité de l’art : se substituer à Dieu ?!… l’angoisse du génie ou du fou … Vaste question qui sous tend, on le devine, plus généralement, l’œuvre immense de l’écrivain.
A-M Albertini ; mai 2009
Anne
: un merveilleux cercle littéraire à Guernesey, celui des amateurs de tourte d'épluchures de pommes de terre...


Manue : Mort aux cons
"vaste programme" !

Mort aux cons, Carl Aderhold (2007).

Attirée par le titre plus que par le nom de l'auteur (et pour cause, il s'agit de son premier roman...), c'est en souriant que je me suis attelée à la lecture de cet ouvrage, qui me semblait prometteur. Présenté comme un roman, Mort aux cons aurait tout aussi bien pu s'imposer comme une espèce de manifeste, voire de pamphlet destiné à s'insurger contre, pardonnez ma vulgarité, la connerie ambiante.
Le narrateur-personnage de cette histoire découvre de façon tout à fait inattendue qu'un crime peut être une source de bienfait. Tout commence par la défenestration d'un chat, dont la disparition rapproche les habitants d'un immeuble. Pourquoi alors ne pas tuer les animaux de compagnie, de façon à créer un élan de solidarité entre les maîtres éplorés ? Or, de l'animal à l'homme il n'y a qu'un pas... un beau jour, c'est la concierge qui y passe : elle exaspérait notre « bienfaiteur »... De cet acte, a priori anodin, va naître un véritable projet, une théorie approximative, qui prendra forme peu à peu et trouvera son accomplissement dans l'action, pure et dure : on identifie alors la cible (« Le con, m'écriai-je, voilà l'ennemi ! », p. 153) et on affine le portrait (comment repérer le plus sûrement un con ?). Bien évidement, le narrateur est vite débordé et son entreprise s'avère des plus ambitieuse, on s'en serait douté...
L'oeuvre est légère et l'écriture simple (bien que certains passages en soient plutôt savoureux), mais l'ensemble se laisse lire. Force est de constater que cet ouvrage est criant de vérité et de bon sens. La critique sociale y trouve sa place, lucide, parfois simpliste, mais toujours juste.
A lire pour se détendre...
Manue Marchetti ; mai 2009

Olga
Qui fut Camille Claudel ? d'après Une femme, d'Anne d'Elbée



Joëlle :
Le coeur cousu de C. Martinez


Pierre-Louis Pompanon
les 4 livres Fascination, Révélation...de Twilight

Monique

Le magasin des suicides de Jean Teulé
voilà un titre bien étrange, voire macabre.
Or, il s’agit d’un petit roman très facile à lire, drôle, empreint d’un sacré humour noir et qui au final laisse le goût d’une jolie histoire.
Un roman à la façon d’in conte moraliste pour nous dire que même dans les situations les plus désespérées, il faut continuer à croire en l’amour et en la vie.
L’époque où cette histoire se déroule n’est pas précisée mais elle se situe bien au-delà du 21e siècle.
La période est sinistre. Entre les pluies acides, les explosions terroristes, les virus en tous genres, plus rien ne va et le moral de tous est en conséquence. Les gens sont tristes, désespérés au point de recourir au suicide, pratique fréquente et légalisée.
Et c’est là que la famille Tuvache intervient puisque c’est elle qui tient le magasin des suicides. Il s’agit d’une affaire familiale active depuis plusieurs générations, située dans une ancienne église ou mosquée (on ne sait plus) et coincée entre les tours de la cité des religions oubliées. Son enseigne est parlante : « vous avez raté votre vie. Avec nous, vous réussirez votre mort ».
Le ton est donné !
Cette famille Tuvache est composée du père Mishima, de Lucrèce la mère, de Marilyn la fille, de Vincent le fils et du petit dernier Alan, né par accident.
Si les quatre premiers s’emploient à satisfaire au mieux leurs clients et ont des caractères et des comportements qui collent à leur fonction, il n’en va pas de même pour Alan qui est le désespoir de ses parents.
C’est un enfant joyeux, il chante, dessine des soleils. Il est optimiste et ne voit que le bon coté des choses.
Et petit à petit, au grand dam des siens, il va leur transmette sa joie de vivre et réussir sa mission, les transformer. Il va leur permettre de passer de l’ombre à la lumière.
La fin du roman est quelque peu déconcertante, aussi je n’en dirai pas plus.
Bravo à l’auteur Jean Teulé, d’abord homme de télévision (L’assiette anglaise, Nulle part ailleurs) pour l’originalité de ce roman.
Il a su transformer tout ce qui avait trait au suicide (évocations des moyens mis en œuvre, référence aux suicidés célèbres) en situations cocasses.
Il réussit à aborder un thème souvent tabou, dramatique et sombre de manière humoristique, enlevée et malgré tout optimiste.

Bénédicte, Ivana, Cécile...

Monique,Marie-Pierre, Yvonne, Rosalie, Marie-Antoinette, ...

Fabienne, P.Louis, Marie-Laure, Huguette, Dany, Jean-Marie


Bénédicte

La lettre écarlate
de Hawthorne
de l'art de transformer la marque de l'infamie en force ! Une belle leçon.
La Lettre écarlate fait partie de ces livres dont j’avais toujours entendu parler mais que je n’avais jamais lus.
Traditionnellement considéré comme le premier roman de la littérature américaine, il se déroule au XVIIe siècle en Nouvelle Angleterre, dans la ville de Boston, récemment fondée et marquée par un terrible puritanisme.
J’ai lu ce livre comme une véritable tragédie, celle de trois personnages qui ne peuvent échapper à leurs passions. Le roman s’ouvre sur une scène édifiante, et d’une grande force dramaturgique : Hester Prynne, qui vient de donner naissance à un enfant, alors que son mari est absent depuis plus de deux ans, est mise au pilori durant trois heures sur la place publique, son bébé de trois mois dans les bras. L’humiliation est totale et les femmes se montrent particulièrement cruelles. Hester est condamnée à porter sur sa poitrine la lettre A, symbole de l’adultère, donc du péché. On lui demande de révéler le nom du père mais elle s’y refuse. Dans la foule, elle reconnaît son mari, qui avait été enlevé par les Indiens : il décide de s’installer à Boston sous une nouvelle identité et fait jurer à Hester de ne jamais révéler qui il est réellement. Mais désireux de venger son honneur, il se met alors à torturer psychologiquement celui qu’il soupçonne d’être l’amant d’Hester.
La Lettre écarlate est souvent qualifié de roman historique : c’est exact dans le sens où l’auteur décrit avec précision cette colonie engluée dans son puritanisme, son obscurantisme religieux et ses superstitions. Mais c’est avant tout une plongée dans la conscience humaine que nous propose Hawthorne en reprenant le « trio classique » (la femme, le mari et l’amant) et en décrivant les conséquences désastreuses de la passion. L’amant, qui ne parvient pas à avouer sa faute, est rongé par le remords ; le mari est dévoré par sa jalousie et son désir de vengeance ; quant à Hester, elle assume avec beaucoup de grandeur sa « faute », peut-être parce qu’au fond d’elle-même, elle ne la percevra jamais comme telle. Pearl, la fille d’Hester, petite fille ambiguë, est perçue à la fois comme l’enfant de l’amour et l’enfant de la honte, voire du démon. Autant de personnages torturés par ce conflit permanent entre le bien et le mal auquel leur conscience est livrée. C’est donc un roman psychologique sur le mensonge, le secret, et plus généralement sur la nature humaine : on s’aperçoit rapidement que ceux qui souffrent le plus, qui sont perçus comme les pêcheurs, ne sont certainement pas les plus condamnables (Hester finit ainsi par devenir une sorte de sainte). C’est une fable morale sur la culpabilité. Le poids de la religion sur la conscience des personnages, et certainement sur celle du narrateur (lui-même descendant des Puritains fondateurs de Salem), tel qu’il existait dans l’Amérique du XVIIe siècle, a laissé, sans aucun doute, des traces dans l’Amérique du XXIe siècle…
L’ambiance de La Lettre écarlate est très particulière, oscillant entre mysticisme, fantastique et ésotérisme. Hawthorne peint un monde en clair-obscur, un monde où s’opposent l’ombre et la lumière : le rouge éclatant de cette lettre écarlate, symbole de la passion, et la tenue grise, très austère, portée par Hester. S’opposent aussi la ville, royaume de la loi humaine et de la faute, et la forêt, sanctuaire qui n’a pas encore été perverti par l’homme.
En lisant La Lettre écarlate, j’ai souvent pensé à La Princesse de Clèves : deux grands romans sur la passion et les tourments qu’elle engendre !
Bénédicte Savelli ; mai 2009