
La littérature corse
Interventions de :
Patrizia Gattaceca : A barca di a Madonna, de G. Thiers
V. Ricci : L'Apparition, d'Yves Goulm, publié chez Albiana
Bénédicte Savelli : Pégase 51...de M. Biancarelli
I. et N. : Aspects de l'oeuvre de G. Fusina
Marie Limongi-Marchetti : autour du voyage de S.Viale en Italie
Anne Malka-Puccini : Les mille et une vies du Roi Théodore, lecture de l'oeuvre de JC Rogliano
Josepha G.: lecture de l'ouvrage de Nicolas Mattei "Le Baroque religieux en Corse"
A-X. Albertini : "Nimu"de jean-pierre Santini


V. Ricci

"L'Apparition", d'Yves Goulm, publié chez Albiana




A-X. Albertini

"Nimu"de jean-pierre Santini
Quelques mots sur Nimu, de Jean-Pierre Santini – Editions Albiana – 2006 –
La Corse en 2033. Après un cataclysme toutes les communications sont interrompues « Il n’y avait plus aucune nouvelle du monde » La lumière du jour a disparu. Quelques clartés giclent ça et là comme des soleils. Ambiance de fin du monde assez angoissante. On entre dans le livre avec précaution, sur la pointe des phrases. On fait la connaissance de trois personnages importants : Paolo, Alice et le commissaire Caramusa dont la maison tient encore debout parmi les ruines. L’auteur nous parle de la scène du crime, en effet il y aura plusieurs crimes, mais le plus grand crime est celui exercé sur cette terre qui meurt et qui montre du doigt la résignation. La résignation conduit à renoncer progressivement à ses vrais besoins, à son authenticité, à taire sa révolte et à accepter l’inacceptable.
L’histoire se passe dans le Cap Corse et particulièrement sur la côte ouest. Les adultes sont partis, il n’y a plus d’enfants et les rares vivants oublient de vivre. Ils s’évitent, ne se parlent plus. Ils se sont rangés prudemment dans le circuit du manège social, castrés par le capitalisme triomphant. Dans ce livre étrange où le lecteur patauge dans la mort et le désastre, l’écriture est envoûtante et le mot juste. Mais on cherche l’ouverture vers la vie pour respirer une coulée d’air. On y rencontre également une certaine organisation, le FASCI, dont les pratiques pour se débarrasser des dissidents relèvent de l’horreur. L’un d’eux, Petru Santu Casta s’étonne. Il a remarqué que les couleurs de l’Organisation correspondent avec les couleurs des rites religieux : le rouge, le blanc, le noir ( page 358 ) – Dans cette Organisation, on « travaille » par équipe. Chaque équipe désignée exécute ceux qui dénoncent, crient la vérité, et remet ensuite un rapport à l’Assemblée des Témoins.
Imagination ? Scènes surréalistes ? Pas tant que ça, car elles nous ramènent à de funestes réalités dont nous avons le souvenir . Parfois, on est en plein polar, mais le lecteur est vite ramené à une profonde interrogation sur le devenir de la Corse. Quant au passé, à toute la pourriture qui s’en dégage, à tous les mensonges gobés, le crime est justement de n’avoir pas eu le courage de faire aboutir une situation honnête, juste et cohérente. De tous temps la vérité a avancé masquée, cagoulée, nourrie de profits dérisoires et humiliants, jusqu’à en perdre sa langue et son âme.
Le livre refermé, les images restent imprimées devant nos yeux tellement l’écriture est visuelle. Ce livre pèse lourd. Ce que j’ai lu me colle à la tête. Un renouveau est-il possible ?
Jean-Claude Loueilh, philosophe, a résumé sûrement mieux que moi, ce récit : « et tout le roman est transi de ces faux-semblants et de ces évitements qui désolent le village et le vident de sa tessiture humaine » Pourtant, pense –t-il, toute désolation peut aussi façonner un sol et un volcan nouveaux. Espérons.



Josepha G.: lecture de l'ouvrage de Nicolas Mattei "Le Baroque religieux en Corse"



I. et N. : Aspects de l'oeuvre de G. Fusina
Jacques Fusina R
Retour sur Images éditions STAMPERIA SAMMARCELLI 2005
On ne présente plus Jacques Fusina. Il est unanimement reconnu en Corse et même de façon tout à fait inconsciente on a pu fredonner quelques uns de ses textes.
Auteur incontournable, on ne pouvait que l’évoquer lors de cette soirée consacrée à la littérature corse. C’est bien modestement que j’en parlerai. Je me suis donc intéressée à un recueil de poésies intitulé Retour sur images publié en 2005 aux éditions Stamperia Sammarcelli. Les textes sont écrits essentiellement en français ce que n’avait plus fait l’auteur depuis 1969. Œuvre mosaïque, elle regroupe des textes protéiformes qui ne sont pas présentés de façon chronologique.
Sa poésie est parfois proche du lecteur qui peut retrouver au hasard de quelques bribes des souvenirs enfouis. Je vous renvoie par exemple au poème Enfance qui quoique très court sait parfaitement évoquer ce moment particulier de l’existence. On sera aussi sensible au texte Tristesse qui personnifie ce sentiment le rendant presque palpable aux yeux du lecteur.
Le travail sur la langue ne nous laisse pas insensible : j’ai beaucoup pensé à Apollinaire en lisant les textes de Jacques Fusina et bien que les influences néo-surréalistes soient manifestes, j’ai plutôt apprécié sa poésie mélodieuse, nostalgique qui vient des racines, de la terre.
La partie intitulée Brefs m’a interpellée. Elle figure le travail du poète et en corse et en français. On réalise alors tout le sens qui est donné à la traduction qui est un véritable travail de recréation. On peut percevoir la force de la langue corse et la dimension musicale qu’elle possède de façon intrinsèque.
Enfin j’ai particulièrement apprécié le poème Face aux rayons ou In ochju à e spere présenté avec un collage de Jean-Jacques Torre. Puissance des mots, puissance de l’image, interrelations entre les deux expressions artistiques.
Finalement le recueil fut pour moi une lecture enrichissante et surtout elle m’a encouragée à aller vers d’autres textes de Jacques Fusina car il s’agit là forcément d’une facette de l’auteur. Je ne compte pas en rester là…
Nathalie MALPELLI





Marianghjula Antonetti Orsoni auteur du recueil de poèmes
"Sfoghi"




Anne Malka-Puccini : Les mille et une vies du Roi Théodore, lecture de l'oeuvre de JC Rogliano




Bénédicte Savelli : Pégase 51...de M. Biancarelli
51 Pegasi, astre virtuel, Marcu Biancarelli
51 Pegasi… , est le premier roman de Marcu Biancarelli, écrit en langue corse et traduit par Jérome Ferrari.
En parler est difficile dans la mesure où c’est un livre foisonnant : les pistes de lecture sont nombreuses et je n’en donnerai ici que quelques-unes.
Ce roman se présente comme le journal d’un écrivain provocateur, sulfureux, « looser » qui revient, après dix ans d’absence (exil ou fuite ?), dans sa Corse natale alors qu’elle a accédé à l’autonomie. Il retrouve par hasard un ancien élève, Yannick Franceschetti, « nationaliste fasciste » comme il le caractérisera, inventeur d’une machine capable de vous plonger dans un univers virtuel…
Le narrateur est un personnage cynique, désabusé, pris dans une sorte de spirale auto-destructrice, qui, par son regard, nous oblige à une confrontation directe, crue et violente avec une Corse qui n’a pas su évoluer. Il ne faut pas attendre de ce livre une vision édulcorée de la Corse, ni une plongée nostalgique dans les traditions.
C’est une vision incontestablement « trash » (alcool, sexe et violence rythment le quotidien des personnages et sont omniprésents dans le livre). C’est une Corse sans fards, sans nostalgie et sans misérabilisme qui nous est présentée ici, une sorte d’électrochoc appelant le lecteur à la réflexion ; le narrateur s’interroge sur le nationalisme, sur la violence, sur l’identité et la langue corses… Les réponses, ou tout du moins les pistes de réflexion amorcées par Marcu Biancarelli, sont salvatrices, tous ces problèmes étant pris à bras le corps, avec une très grande honnêteté et lucidité.
Est-ce qu’il ne s’agit donc que d’un roman pessimiste voire nihiliste ? Je ne le crois pas. Il semble en effet y avoir des échappatoires : l’amour (même si cela peut sembler surprenant !), la distanciation rendue possible ici par l’autodérision dont est capable le narrateur, par le rire qui est très présent dans l’œuvre et aussi par l’acceptation de se regarder tel que l’on est, même si la confrontation avec ce reflet peu glorieux de soi-même s’avère parfois douloureuse.
Le style de Marcu Biancarelli est parfaitement maîtrisé, avec des digressions contrôlées, l’imbrication de plusieurs histoires et donc de plusieurs genres littéraires : la fable, l’autofiction, le mythe…
51, Pegasi dépasse la spécificité de la Corse pour engendrer un questionnement plus « universel », autant sur l’individu que sur l’identité d’un peuple.
Bref, un premier roman réussi !












Patrizia Gattaceca

A barca di a Madonna, de G. Thiers






Marie Limongi-Marchetti : autour du voyage de S.Viale en Italie

