beethoven

 

Un certain regard sur  Ludwig Van Beethoven

par Lionel Sisti ( décembre 2008)
avec l'aide de
:
Jean et Brigitte Massin  Ludwig Van Beethoven  Editions Fayard
Lire aussi Ludwig Van Beethoven Carnets intimes  Editions Buchet-Chastel

" Muss es sein ? Ess muss sein !"

Si Beethoven avait vécu dix ans de plus, il aurait vu naître l'œuvre de ses fils spirituels : Berlioz, Mendelssohn, Schumann, Liszt. Peu avant sa mort, il affirmait se réjouir d'avoir encore quelque chose à apprendre de Haendel, mais il ne s'est jamais reconnu de maître.
La même année, 1685, avait vu naître Bach et Haendel, Rameau n'était que de deux ans leur aîné. Beethoven, né en 1770, sera le seul génie musical de sa génération.
 
Beethoven est un homme doué d'une sensibilité exceptionnelle, mais c'est aussi un homme qui pense philosophiquement. " Et l'acte de pensée n'est jamais chez lui curiosité désintéressée ou indifférente, contemplation idéaliste ou manière de passer le temps. Du même mouvement qu'il pense, Beethoven a besoin d'agir sa pensée. Il pense sa vie, et il la veut telle qu'il la pense; c'est pourquoi sa vie, qui aurait pu être facile, sera une vie difficile. il pense son œuvre, et il la veut telle qu'il la pense, c'est pourquoi son œuvre ne sera ni aussi spontanée, ni aussi  abondante qu'elle aurait pu l'être". (Jean et Brigitte Massin)
 S’il est un héros pour s'être accompli malgré sa surdité, il l'est aussi avant tout pour s'être affirmé comme un philosophe dans un environnement où on aurait voulu qu'il ne le soit pas.
Il refuse de se plier aux conventions sociales, car cela l'oblige à revêtir une personnalité d'emprunt. Il se donne tel quel, à prendre ou à laisser. Ce n'est ni par mépris envers autrui, ni par indifférence, ni par fantaisie, la raison en est que pour lui, la liberté et la vérité sont inséparables. Il veut la sincérité dans les relations humaines. Il veut le respect de la réalité dans l'activité spirituelle.

 S'il est devenu socialement aigri, ce n'est pas parce qu'il a mauvais caractère. Il s'est construit le caractère nécessaire pour résister à une mauvaise situation sociale.
Beethoven pense qu'il n'y aura pas de révolution en Autriche, "tant que les autrichiens

auront de la bière et des saucisses." Peu soutenu et désarmé contre la réalité sociale, il n'adopte pas pour autant une attitude de révolte utopique, il ne cherche pas à vivre au maximum en autarcie, et surtout n'essaie pas non plus de lui mendier une place au prix d'une série de compromissions et de capitulations. Il restera totalement présent dans un monde social qu'il ne cessera de combattre.
"' Pour Beethoven, la lutte est la donnée fondamentale de la vie, et le héros est celui qui, acceptant cette donnée fondamentale, assume le combat de la vie jusqu'à la victoire. Cette victoire n'est pas nécessairement le succès, l'obtention du but proposé, mais de n'avoir jamais renoncé au combat, ni reculé dans la bataille, c'est parfois le triomphe d'Egmont à l'instant de sa mort."(Jean et Brigitte Massin)
Il a été privé de l'action politique; mais il a porté la passion de la liberté, la haine de l'inégalité, le désir de la fraternité.
La fraternité est aussi importante pour lui que la liberté et l'égalité, mais il sait que pour ne pas être le plus dangereux des mensonges, la fraternité ne peut être sans la liberté et l'égalité effectives.
S’il revient si souvent sur les problèmes financiers, c'est parce qu'il sait aussi la nécessité de données économiques justes à la base de toute vie humaine. Il affirme que la liberté de penser et d'agir n'est qu'un leurre idéaliste si on n'obtient pas d'abord la possibilité de se procurer tout ce dont on a besoin pour vivre vraiment. La liberté n'est pas si, pour subsister, on doit s'épuiser en calculs sordides, en travaux ingrats, en expédients.
Beethoven travaille à susciter un monde humain, libre, égal, fraternel, éclairé par la paix et la joie. La neuvième symphonie est peut-être celle qui exprime le mieux cette espérance.
Schubert dit que pour bien le comprendre, "il faut être indiciblement malheureux en amour, ou simplement être malheureux."
Il y a pour Beethoven, au cœur de la vie une dialectique de la souffrance et de la joie, de l'obstacle et du dépassement. Il déclare :
" Nous, êtres limités à l'esprit illimité, nous sommes nés seulement pour la souffrance et pour la joie, et on pourrait presque dire que les plus éminents s'emparent de la joie à travers la souffrance."
Il est l'héritier du classicisme viennois et l'éveilleur du romantisme germanique. Avec ses neuf symphonies (Ecouter en priorité la 3ème dite héroïque,  de 1804, la 6ème dite pastorale, de 1808, la 9ème avec chœurs  de 1824), ses sonates et ses concertos pour piano, ses quatuors à cordes, il nous laisse une œuvre musicale majeure, mais il n'est pas seulement un compositeur génial, il est aussi un penseur et ses pensées toujours d'actualité méritent aussi de l'attention.




 

 

 

 

 

 

 

 

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