Bande annonce
Chet Baker
Let's get lost
- Un film de Bruce Weber

Réédition DVD Deluxe Dispo décembre 08 Fnac

Et si la vérité sortait de la bouche d'une trompette. Une romance de Chet baker efface bien tous ses mensonges.
Durant le film une femme déclare : " On ne sait jamais quand Chet est sincère." Si, quand il joue, il ne triche pas.

Let's get lost, c'est Bruce Weber, photographe de mode, vidéaste et cinéaste américain, dressant un portrait subjectif et sans concession de Chet Baker. C'est un film aux carrefours des passions, celle de la musique, celle de l'image, et celle de la vie, sur celui qu'on a appelé le James Dean du jazz. Une sacrée gueule ce Chet, qu'on voit vieillir et rajeunir aux rythmes des flash-back : tour à tour Dieu grec ou junkie paumé, comme le présentent ses ex-femmes.
Vieilles images : un présentateur de la télévision américaine, annonçant Chet, dit : " Pas besoin que l'alcool coule, la soirée est cool." Pour Chet, l'alcool coulait, et dans ses veines la drogue aussi. Docteur Jackil et Mister Hyde, métamorphose ascendante du cow-boy paumé d'Oklahoma qui devint prince grâce à sa trompette, puis métamorphose descendante du prince qui devint junkie. Mais tant pis, " Allez on s'éclate ", Bruce Weber est là pour nous livrer en noir et blanc, les couleurs de la mémoire, l'image éclatée, tendre et triste, de celui à propos duquel Charlie Parker disait à Miles Davis : " Il y a là un petit blanc qui va nous en faire baver."

Est-ce l'inquiètude, que Bruce Weber traque dans les yeux du trompettiste en multipliant les gros plans, qui explique cette musique pleine de douceur et de légèreté ? Ou la jouait-il comme une trêve dans sa ve déjantée ?

" Je ne suis pas d'accord avec l'idée qui voudrait que les documentaires ne soient pas aussi émouvants que les films de fiction" confie le cinéaste, " j'ai fait ce film, parce que je voulais jouer un rôle dans la vie de Chet." Au fil des clairs-obscurs et des images tournées à vif, il nous promène d'émerveillements en désillusions. Emerveillement quand Chet joue et chante, désillusion quand il se raconte ou quand ses proches le racontent, seules quelques anecdotes humoristiques sont là pour nous faire oublier le personnage irresponsable, mégalomane et égoïste. Il est facile de comprendre, le Dieu Grec, jazzman génial, vedette des magazines des années cinquante. Plus difficile de comprendre le véritable destin de ce visage fatigué par la drogue, qui s'embellit à chaque fois qu'il chante ou embrasse la bouche d'une trompette. Mais pudique, Bruce Weber, découvre au fur et à mesure les vérités de l'homme, alors qu'il épaissit le mystère de l'artiste. Cet amoureux de 57 ans, qui pensait avoir vécu plusieurs vies comme dans un rêve, était aussi un père souvent absent, qui a tout juste trouvé le temps de dire à ses enfants que lorsqu'on prend plaisir à faire quelque chose," il faut le faire avec passion et mieux que quiconque."
Lionel Sisti

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