
La Nuit Du Marcheur Qui Avait Du Mal A Dormir.
L'air est froid.
Le trottoir infini s'étale sous les lampadaires sévères et disciplinés qui semblent surveiller les pas du marcheur émerveillé, effrayé, humble.
L'air s'entremêle dans un dégradé clair-obscur assourdissant, le marcheur noyé par cette masse magmatique se laisse porter par le lent courant sans y penser.
Ses pas parfois le mènent au devant d'un bar embrumé de fumée brillante et colorée. Du bruit séant. Un beauf rugissant. Un ancien radotant. Un décolleté fascinant. Un amant. Un brigand. Des paroles, du vent. L'patron pas content. D’l’alcool dans l’sang. S’éloigne le passant, marchant, marchant, marchant ....
Il avait beau ne pas dormir, le marcheur s’enfonçait, sans y penser, dans les tréfonds d’un rêve.
Au détour d’un traiteur chinois,
Une voiture surgit en criant;
Les fêtards, ivres morts au volant,
Prennent leur envol pour l’au-delà.
Peut-être avaient-ils forcé sur l’eau-de-vie...
Plus loin, l’on entend un bruit
De feu, proche du bâti
En fer....
Paradis. Car oui,
La ville est le Paradis,
Quand dessus sont les bras de la nuit,
Que les fanaux, comme des îlots de vie,
Attirent à eux les papillons de nuits,
Saoulards, clochards, péripatéticiennes,
Ombres et rôdeurs, âmes en peine,
Tous cherchant à se distinguer,
Sur cette toile noire tachée;
La fée du vingtième siècle,
Fait de la nuit un deuxième jour,
Tout est mort et tout vit... tout est sourd. On déambule, noctambule notoire, quand attiré par la chaleur d'une enseigne, on entre dans un nuage rosâtre; alors! L'air n'est plus mort, il vibre du rythme écrasant d'une techno nouvelle vague, et le barman nous adresse des paroles vagues. Vous commandez un alcool fort, et vous plongez dans la noyade de patates distillées; excité, mort. De fatigue; sinon oui... pourquoi pas? Que j'aille là-bas? Tout de suite mon ange, laisse juste voir tout cela: ne fais donc pas ta timide !
On passe du noir au rose, du rose au rouge, du rouge au noir, de l'alcool sec à la chair humide, de la nuit à la nuisette, et tout cela se confond, les couleurs et les sensations s'entrechoquent,
S'embrassent, comme dans un Pollock,
Et seul se distingue un large bock
De patates liquéfiées, de vin rouge bolchevik;
Une moustache au crâne chauve vous embrasse,
Et soudain, le houblon, la sueur, tout se brasse,
Et vous ouvrez les yeux: qu'est-ce que votre table basse
Fabrique dans un lieu pareil !
Mais alors vous réalisez, émergeant du sommeil,
Par des visions de votre torpeur tout droit sorties,
Que ce n'était que le rêve éthylique des marcheurs de nuit ....
JEREMY CASCIO, Lettres Supérieures
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Poésie
Antoine de Saint-Exupéry
CONCOURS DE POESIE
A FLEUR DE MOT
Une manifestation a eu lieu, dans le cadre du Printemps des Poètes, au Lycée Giocante de Casabianca, le mardi 24 MARS 2009.
Organisée par la Classe Préparatoire Littéraire de ce Lycée, elle est venue clôturer le Concours de Poésie lancé quelques mois plus tôt dans trois établissements bastiais (Giocante, ainsi que les Lycées Paul Vincensini et Jeanne d’Arc), la collecte nous ayant permis de réunir plus de cent soixante poèmes dont la qualité et la grande variété ont frappé le jury.L’après-midi poétique du 24 MARS s’est déroulée dans l’amphithéâtre de Giocante :
- Un micro trottoir a ouvert l’après-midi (sondage réalisé par les élèves qui s’enquièrent d’une définition de la poésie auprès des passants), immédiatement suivi de la proclamation des résultats du Concours avec lecture (et bref commentaire) des treize poèmes primés.
- S’en est suivie une discussion à bâtons rompus entre le public, les jeunes poètes et le jury, occasion pour chacun d’exprimer sa vision de la poésie à travers ses impressions sur les poèmes entendus.
- Après un intermède musicalo-pictural (sur fond musical, le public est invité à investir la scène et l’installation picturale), ce fut le final théâtral : quelques textes poétiques d’auteurs connus (Verlaine, Apollinaire, Eluard, Michaux, Roubaud) mis en scène à travers un scénario original et joués par deux comédiens (Diana Saliceti, une ancienne élève de Classe Préparatoire, et Jean-Louis Graziani).
Le piano à queue, véritable personnage campé dans le décor (présence poétique visuelle et sonore), rythmant l’après-midi à travers des intermèdes musicaux, est intervenu à plein dans la parole poétique, notamment pour le final où les compositions originales de Danièle Bernus-Raffaelli s’intercalaient dans les textes.
L’exposition photos/tableaux (réalisés par des lycéens et le peintre Louis Schiavo) installée sur scène et mise à la disposition du public, est venue illustrer le caractère transversal du poétique, présent dans toutes les formes d’expression artistique.
Le jury était d’ailleurs composé d’un poète (Jacques Fusina), mais aussi d’un peintre (Louis Schiavo) et d’une musicienne (Danièle Bernus), ainsi que de lycéens et d’enseignants.Cette après-midi fut riche en émotions, le public lycéen (quelques deux cents élèves), tout particulièrement attentif et enthousiaste, observant un silence éloquent à la lecture des poèmes et réservant aux poètes en herbe de véritables ovations !
Les trois textes du Podium (dix autres pièces ayant reçu des prix spéciaux) reflètent l’engouement des adolescents pour une forme littéraire que d’aucuns jugent obsolète (Dieu sait qu’ils la remettent au goût du jour en la modernisant parfois considérablement), révélant par ailleurs la sensibilité, l’imaginaire et la maîtrise formelle de leurs auteurs.Né de la rencontre avec une classe et dans la spontanéité d’une heure de cours, ce Projet a vu le jour de manière impromptue et non préméditée. Nous espérons pouvoir le pérenniser, élargir son champ d’action, de manière à créer une dynamique autour de la poésie, puissant vecteur d’émotion (on l’a vérifié pendant le spectacle).
Un « Journal Poétique », recueil des pièces marquantes du Concours, est en cours de création et nous espérons qu’un site viendra bientôt ponctuer la manifestation.Cécile Trojani
Nous vous invitons à lire les 3 premiers beaux textes primés
PASSIONS ET REVERIES
Aux lames tranchantes du jour,
Rayons égarés, voyageurs cruels
Qui de leurs mains effilées découpent les rêves,
Je préfère le voile éthéré du mystère,
Inconnu poussiéreux, habillé tout de nuit,
Racontant sans trêve, sans répit, la passion,
L’épopée peu commune, le destin irréel
De celui qui naguère par audace, folie pure
Se prit à écrire jusqu’à la déraison.
N’est-il pas tentant d’oublier ses principes,
Toute sagesse, sens commun, de n’obéir qu’à l’impulsion
Inspirée par les lettres, ces chimères, les matrices
De bien des fadaises, fantaisies ou chefs d’œuvre ?
De n’en plus dormir, et quelquefois s’en sustenter.
Car elles sont, des mets, les plus curieux, les plus fantasques,
Quand d’envie il leur prend de se faire malléables
Elles prennent la forme arrondie du palais,
Et quand par malheur elles se veulent hostiles
Elles se font voraces, aiguisées, incisives
Et ne laissent au sol que des miettes d’assurance,
De bonheur, d’espérances, d’illusions dérisoires.
Qui sait un jour sur ce radeau peut-être
Je m’en irai voguer, défiant les flots tumultueux
De l’inspiration volatile, de l’angoisse tenace.
Et sur les pages blanches de mon esprit embrouillé,
Attelé à la tâche, j’inscrirai sans relâche,
Mes impressions, mon vécu, la beauté et l’horreur.
Et des sujets plus nobles, dépourvus de fierté
Orneront encore ces recueils nébuleux.
EUGENE DAMI, TL2.
SOUVENIR
Dans la profonde rizière de mon chagrin
De la déception promènent les grains;
Au fond de ce marais, cette eau boueuse,
Patauge toute ma vie amoureuse.
La voila qui court et m’éclabousse
Avec un grand sourire malicieux ;
J’oublie ma plaie béante pour ses yeux
Et follement me lance à ses trousses.
Je plonge dans la candeur de sa nuque :
Ma fée et moi roulons dans l’herbe fraîche
L’humidité céréalière imprègne sa crinière
Dont l’effluve m’emporte vers un rêve dupe.
Nos doigts se rencontrent et mon regard
Se pose sur son bijou ostentatoire.
Mes lèvres ne peuvent s’empêcher,
De faire de quatre vers un poème récité :
« Un cou ne saurait être orné
D’un plus joli collier,
Dont les perles enfilées
Sont tes pupilles ambrées. »
Un bras me secoue, une voix m’appelle.
Un ange, sous son parapluie vermeil,
Me saisit et m’enlève au flot torrentiel.
Guillaume Luciani, 1°S