LE ZAZOU

 

La cheville entravée, l'épaule retombante,
Le cheveu hérissé, l'oeil bleu, l'ai idiot
Le zazou se redresse, et son crâne-grelot
Flamboie, tempes serrées par la gomme adragante.

Depuis midi, d'une démarche nonchalante,
Laissant traîner ses pieds et suçant un mégot,
Il erre, allant de bar ou de swing-cabulot
En d'autres bars, noyer le chagrin qui le hante.

Oui, depuis l'heure où triompha, date funeste,
Le petit col anglais, depuis que toute veste
Doit descendre au genou, depuis que le chapeau

Moulera l'occiput en laissant le front libre,
Le zazou ne vit plus, car il cherche la peau,
Pour se chausser, d'un daim qui soit de son calibre.

Boris Vian