LE DESSERT
Ce fut un jour de grande répugnance
Entre le marteau du besoin et l’enclume
De la faim
Dans le chantage de l’espoir
Qui fait la pute sur le trottoir de la misère.
Quand il s’en va,
Elle, elle reste.
Un temps de vieux chien
Un chien de chômage
Un temps sec comme une morue salée
Avec la peur au ventre et le cœur qui s’emballe.
Ventre vide et cœur en laisse
Laisse tomber
Ce jour de pestilence.
J’avais faim.
Il m’a regardée avec des yeux à hauteur de braguette
Et m’a dit des mots d’élu de la république
Avec des compliments pour électeurs
Qui pensent à genoux.
J’avais très faim.
J’avais besoin,
D’un moment de répit,
D’un nuage de luxe
Dans le remugle des jours.
Evasion d’un quotidien insalubre
Un moment avant facture.
J’avais faim de choses rares.
Une créature aux ordres
Apporte la carte des humiliations
Mijotées par un grand chef
Evidemment :
Rôti de cabri à la Saint-Simon
Châtaignes à la diable
Céleri aux truffes,
Avocats au caviar d’Iran
Tian de pissenlits sauvages
Ronde de desserts
Vins de députés, champagne de bourgeois.
Et pour madame ce sera ?
Byzance. Je veux tout.
L’autre faisait l’important,
Parlait de politique, comme s’il savait,
Comme s’il pouvait
Comme s’il avait le courage
Se rengorgeait comme un gros dindon
Caressait mon bras de sa main courte et grasse.
Il a trouvé ma peau douce
Mon appétit profond
J’ai repris deux centimètres de caviar
Sur une tranche d’avocat,
Puis, j’ai dû m’embarquer sur un océan de galère.
Flottant au fil de mes emmerdes,
Je me suis allongée comme une barque vide.
Lui faisait seul sa balade.
Gros temps et tempête, les cieux étaient noirs.
Je souhaitais qu’il se noie,
Profondément.
Soutenue par Saint-Simon, le céleri aux truffes, la ronde des desserts,
L’ANPE vouée au karcher, la haine entre les dents, j’ai prié la rage
Et la révolution.
Repas complet, tout compris.
J’étais le dessert.
A. X. Albertini
Bribes de vie , A fior di carta, 2010
Choisi par Paul P.
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