Un poète corse
Chaque année, pour l'arrivée du printemps, la poésie est à l'honneur avec deux manifestations qui la célèbrent: le Printemps des poètes qui a lieu du 8 au 21 mars2010 et la journée mondiale de la Poésie le 21 mars.
Cette année le thème du Printemps est " couleur femme ". Le 8 mars était aussi la journée de la femme. Ce calendrier a tout naturellement incité à établir un lien entre la femme et la poésie. Pendant longtemps, la femme y a été présente en tant que muse et inspiratrice. A présent ,elle peut tout autant créer qu'inspirer.
Il est un poète corse dont je voudrais parler, tant il a incarné l'âme de son île pendant la première moitié du vingtième siècle. Il s'agit de Dumenicu Antoniu VERSINI, dit MAESTRALE (1872-1950), pseudonyme endossé après la disparition de Mistral.
Né à Marignana, dans le canton d'Evisa, il a été à la fois journaliste, prosateur et poète satirique de la langue corse.
Fondateur et rédacteur du journal " U muzzicô di giurnale " (le bout de journal), rédigé entièrement en langue corse, il le distribuait gratuitement aux soldats corses sur le front pendant la Première Guerre Mondiale, afin de leur apporter le meilleur réconfort avec une bouffée d'air du pays. Il fut aussi fondateur de l'Academia Corsa ( 1921) et collabora au journal " A Muvra ". Il devint membre du Partitu corsu d'Azzione de Petru Rocca en 1922.
Plus tard, il poursuit sa carrière de barde national dans l'île avec d'innombrables publications : lettres aux journaux, lamenti, poésies joyeuses, almanachs, récits de tournées dans les villages et les foires...
Pour la circonstance, ce personnage pittoresque, à l'esprit vif et créatif, débordant d'initiatives diverses, s'était composé une image, celle d'un homme au costume en velours complété par un vaste chapeau noir. Sa silhouette un peu massive est devenue extrêmement populaire dans toute la Corse. Il incarnait avec ziu Santu ( Santu Casanova) la partie la plus pittoresque et la plus savoureuse de l'âme corse. Ses mots plaisants devant lesquels les suspicieux avaient le tort de faire la moue ne se comptaient plus.
Ainsi, lorsque le Président Millerand vint en Corse, il fut retenu dans la forêt d'Aitone où lui étaient offerts des rafraichissements. Maestrale, invité pour la lecture d'un de ses poèmes, lui fit gouter un gâteau à base de brocciu. Le Président l'apprécia tellement qu'il s'écria : " Je n'oublierai jamais la forêt de ...Fiadone ".
MAESTRALE avait fait ses études au lycée de Bastia et avait conservé dans notre ville des condisciples restés ses amis, comme, par exemple, l'avocat Moretti.
C'était pour lui une joie renouvelée de venir se retremper dans cette atmosphère de sa jeunesse et de chanter la cité bastiaise à l'égal de son " Ajacciu bellu ".
Son oeuvre, par la diversité et l'abondance, mais aussi la qualité, en vers comme en prose, sera une des plus remarquables de son époque.
Recueil: Risa e Canti. Comédies: Una cciucciata, A Cumuna di Parapiglia. Les proses satiriques Lettare à Lumbrigone.
Les chansons U Cuccu, U Sirinatu à i sposi, U Lamentu di u banditu...Poème de Maistrale, dédié...aux poètes:
A I PUETI
Fratelli, chi cantat'in l'alte cime
Cu la cetara, in man e l'armonia,
Voi di a Mus'antica e forte sime,
Prestu femu fangottu; in simpatia
C'invita, cu maner assai curtese,
Bianconi direttor di u Bastiese.
Lestu, piglia e rispondi, o Pampasgiolu,
Ch'in Bastia ci so e belle zitelle,
In rima mett'i fior di lu Niolu
E prestu sbrullaranu le frittelle;
Ch'ellu ci senti ancu lu Capicorsu
Chi, re di li pueti, sè di morsu.
Una voce ne facciu a Sinibaldi,
In Gialla a Ghiasippone Qulichini,
Gran fracassu si senti par si baldi
Cu belle barzulett'e bon tarzini.
In Lumio ci chiamu a Sabianu
Cu tutt'i rusignol di lu Veranu.
MAISTRALE
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