concours musanostra textes courts 2010 :
le jeu
Un extrait de « Angélique ou le livre égaré »
C’est un café où ils font des soirées musicales, littéraires, des animations…Ah, oui , c’est une association qui essaye de faire revivre le vieux Montreux…Bon, moi, je veux bien aller boire un verre là-bas..Sympathique le quartier, je ne connaissais pas du tout. Tout en hauteur, quelle vue sur le lac, dis donc ! Le café est à côté du Théâtre du Vieux Quartier. Les filles qui tiennent le café sont super sympathiques. Je leur ai parlé d’Angélique, elles ont vu tout de suite qui c’était. Il paraît qu’elle est caissière à la Migros, à Lausanne, qu’elle est seule, un peu dépressive, qu’elle ne rigole pas trop dans son boulot et dans sa vie. Mais qu’elle vient souvent aux soirées de l’Ange Boiteux. Elles n’avaient pas son adresse, elles m’ont bien proposé de prendre le livre pour le lui rendre quand elle repasserait, mais bon, moi, j’ai commencé, je finis. Cette histoire commence à me plaire. Et je sens que je vais aller aussi passer des soirées à l’Ange Boiteux. Bon, à part ça, je la trouve comment, l’Angélique ? La Migros à Lausanne, hein ? C’est sur ma route…Bon, le temps d’aller voir mon cousin Yohann, et dire bonjour à Jacques et Aurélie à Montreux, et j’y passe.
Bon, il y a de la place sur le parking de la Migros, à cette heure-là, il n’y a pas trop de monde. Une fin d’après-midi en semaine. Par où commencer ? A l’accueil ?
-Pardon, madame, je cherche une Angélique, qui est caissière chez vous…
-Qu’est-ce que vous lui voulez ?
Ouah, pas l’air aimable la dame à l’accueil. Bon, faut inventer quelque chose.
-Bein, c’est une parente éloignée, j’ai appris qu’elle travaillait chez vous… (Et zut, je ne connais même pas son nom de famille, si elle m’en demande trop, je vais avoir l’air fin. Ah, elle sourit quand même).
-Veuillez attendre un instant, je vous prie.
Bon, elle prend le téléphone.
-Oui, monsieur le directeur, il y a là un monsieur qui cherche Angélique. Oui…D’accord…pas de problème.
Bon, elle raccroche, elle me sourit, ça s’arrange.
-Monsieur le directeur va vous recevoir, c’est lui qui avait engagé Angélique il y a cinq ans. Si vous voulez bien me suivre.
Bon, faut que je trouve une histoire plausible pour le directeur. La dame de l’accueil ouvre la porte pour me laisser entrer. Hé, pourquoi elle la claque derrière moi. Et c’est qui ces types ? J’ai l’impression que ça va se gâter…
-Police, monsieur ! Monsieur ? Je suppose que vous avez des papiers d’identité ?
-Mais je n’ai rien fait !
-Si vous permettez, nous allons l’établir ensemble ! D’abord, qui êtes-vous ?
Compris, c’est mal parti, il vaut mieux obtempérer. Je sors mes papiers.
-Je suis Jean Delache, j’habite Vevey, je suis chauffeur de bus postal…
-Et vous cherchez les caissières de la Migros qui disparaissent ? Intéressant ! Monsieur Faral, qui est directeur de ce centre aimerait bien savoir aussi ce qu’elle est devenue, elle ne s’est pas présentée à son poste depuis une semaine, sans prévenir, voyez-vous. Alors, pourquoi la recherchez-vous ?
Je me sens pris au piège. Alors, je raconte tout, le bus, mon métier, ma passion du théâtre, ce fichu livre trouvé sous le siège de mon car, que je leur montre, la dédicace, le petit message d’Angélique à la suite de la dédicace, le café l’Ange Boîteux de Montreux, qui m’a aiguillé sur la Migros…
Extrait de « La chandelle »
L’espoir est traitre. Il vacille, trébuche, modifie ses contours. Comme s’il se distinguait à part entière. Comme s’il avait sa propre existence, ses propres humeurs. Sa logique. Non, l’espoir n’a pas de logique. Pas en apparence du moins. Il est là, il nous tend la main, nous regarde de ses yeux attendris. Et puis il disparaît. Nous abandonnant à notre sort. Tiens, en voilà un autre ! Le sort. Le sort est-il frère de l’espoir ? Le sort ne se jette pas _ à l’exception pour les fées et les sorcières, bien sur _, il n’est même pas palpable. On le subit. Voilà tout. Conneries. Le sort n’existe pas. Chacun d’entre nous est maître de son existence. Alors à quoi sert-Il, Lui, là-haut ? A ceux qui ne sont pas leur propre maître. Le sort serait-il donc intimement lié à Lui ? Et l’espoir en découlerait de facto ? Hum…. Certains sont leur propre maître et ils croient. Ils croient en Lui et ils espèrent. Tout le monde espère. Tout le monde espère quelque chose. Sans exception. Non, certains n’ont plus d’espoir. C’est pour cette raison que les cierges restent éteints. Que c’est laid ! Un cierge sans flamme est à ce point laid qu’on l’allumerait rien que pour faire joli. Alors pourquoi ma main tarde-t-elle tant à accomplir le geste ?Je ne vais pas mourir de sitôt. Je ne suis même pas malade. Je ne porte pas d’amour singulier mais je l’ai connu. J’ai un boulot, une voiture, un ordinateur et même un téléphone portable. Sans compter l’abonnement internet aux nouveautés chez Ikea. A peine le nouveau tabouret voit-il le jour dans l’esprit infiniment génial d’un designer suédois que j’en suis personnellement informé. Alors pourquoi provoquer autrement le destin ? Et pourquoi par la flamme sur la corde au bout de la cire ? Si je le savais, sans doute n’aurais-je pas la nécessité de le faire. On tourne en rond, n’est-ce pas ? Oui, on tourne en rond. Je vais allumer ce putain de cierge et déguerpir aussitôt. A moins que l’effet ne se produise point dans ce cas. Peut-être faut-il y croire. La chose est moins aisée qu’elle n’y paraît. Peut-être faut-il accomplir le geste avec la foi. Ou le sentiment sincère du « au cas où ». Au moins cela. Oui mais alors, quel est le plus important, la foi ou la flamme ? Aucune des deux. Ou autant l’une que l’autre. Oui, c’est cela. L’une ne va pas sans l’autre dans ce genre d’action. Alors je vais croire très fort en la pertinence du feu et vais faire briller cet objet immaculé.
Premières considérations...(25 novembre 2010)
Cette année 2010, le thème était « le jeu » (oui, j’emploie le passé car c’est terminé depuis le 8 novembre) et voilà venue l’heure des premiers bilans :
Tout d’abord je veux féliciter tous ceux qui ont envoyé un texte ;
il y en a tant qui m’ont si longtemps et si souvent demandé de les prévenir de l’ouverture du concours, de son thème, qui nous ont écrit ou téléphoné que leur envoi ne tarderait guère pour finalement ne rien envoyer !
Bravo donc, courageux auteurs qui avez mené à bien , même si ça a été difficile, même si vous avez douté et doutez encore, même si parfois une légère rougeur vous vient aux joues, vous faisant vous demander « pourquoi n’ai-je pas renoncé ? » ! Parce que l’écriture est tout sauf un jeu, que cela engage, que ça demande du travail, des remises en question, que c’est parfois impudique, que n’avoir aucune garantie d’être reconnu, que le texte soit « the winner » peut décourager ;pourtant vous avez persévéré et faites partie de ceux que nous lisons aujourd’hui et serez peut-être ,je vous le souhaite, le lauréat de notre concours 2010Parmi vos textes, certains n’ont pas le nombre de pages voulu ; si nous avons pu admettre ceux qui n’étaient pas trop hors contraintes (4 ou 6 pages au lieu de 5 ), il va de soi qu’au moment du décompte final , ils seront privés d’un point, ce qui peut tout changer à ce stade…Mais ils sont pris en compte…Pour en finir aujourd’hui, je voudrais vous faire lire un texte trop court, une page, qui a retenu notre attention ,(mais ne peut bien entendu concourir) Bonne lecture ; vous serez pratiquement chaque jour informés de ce qui se passe
Mf Bereni Canazzi
Extrait 1
Que faire à présent ? Où aller ? A cette heure-ci il y avait peu de chance de trouver une partie… Perdu dans ses pensées le pianiste n’avait pas vu la jeune femme qui se dirigeait vers lui.
- Alors, bel ange, on s’est perdu ?
L’homme la regarda. Sans doute était-elle belle sous l’épaisse couche de fond de teint. Les yeux étaient entourés d interminables cils recouverts d’un épais mascara noir. La bouche pulpeuse vulgairement peinte en rouge se voulait désirable. Le cheveu teint et apprêté lui donnait une allure presque ridicule. Elle sentait le parfum bon marché. Une poupée Barbie, pensa t-il. Perchée sur d’improbables talons aiguilles, elle le regardait d’un air goguenard.
- Alors mon chou, la solitude te pèse ? J’pourrais te faire passer du bon temps. Y a qu’à me demander et t’as tout ce que tu veux chéri.
Marcus la considéra silencieusement. Elle se balançait devant lui provocante et pleine de certitudes. Pourquoi pas. Après tout il s’ennuyait et il savait pertinemment qu’il ne trouverait pas d’autres parties pour cette nuit. Alors autant s’occuper…
- On va où ?
- Dis donc mais c’est qu’on est rapide. On va où tu voudras mon chou. L’important c’est le pognon. C’est 50 de l’heure et 200 la nuit. Payable avant la livraison.
Ses paroles furent ponctuées d’un éclat de rire cristallin qui brisa le silence de la ruelle. Elle rejeta la tête en arrière découvrant un cou d’une extrême délicatesse qui tranchait singulièrement avec son allure débauchée. Marcus sembla troublé et déjà il la regardait différemment. Fasciné, il ne voyait plus que ce cou. La peau lui paraissait à présent diaphane. L’envie irrépressible de la toucher le saisit. Une sorte de fièvre s’empara de lui. Cette blancheur virginale lui rappelait inévitablement les longs moments de silence durant lesquels il méditait. Cette pureté qu’il avait subrepticement entrevue le gêna tout à coup. Cette créature souillée endossa alors une autre dimension. Lorsqu’il lui répondit il reconnut à peine sa propre voix :
- Allons au coin de la Vingtième, il y a là un petit motel. Il ira très bien.
- On ira où tu veux, bébé. Mais d’abord l’oseille.
Il tira de sa poche la liasse qu’il avait gagnée au poker suscitant un sifflement d’admiration vénale chez la jeune femme.
- Eh ben, mon gars, tu dois être quelqu’un de rudement important. J’ai tiré le gros lot cette nuit. Les filles vont pas en revenir quand je vais leur raconter ça. Un ange venu du ciel ! Pour une bonne nuit c’est une bonne nuit !
- Tu ne crois pas si bien dire ma jolie.
Elégamment il offrit le bras à la jeune femme. Ils s’enfoncèrent dans la nuit. La guidant d’un pas assuré, Marcus s’engagea dans une rue très étroite.
- Chéri, t’es pas dans le bon chemin. Cette rue là j’la connais. Elle mène nulle part. Ya juste un vieil hangar désaffecté. Ça pue et c’est plein d’rats !
Il s’arrêta et la regarda fixement. Un sourire enjôleur apparut sur son visage. Il enroula autour de son index une boucle blonde et de l’autre main il entoura avec douceur sa nuque.
- Sais-tu que je n’ai jamais vu un cou aussi finement ciselé ? Un vrai travail d’orfèvre, des courbes parfaites, délicates, si délicates qu’on y verrait presque au travers.
- Eh tout doux mon gars ! tu serais pas un de ces mecs un peu frappés, un peu fétichistes ? J’comprends rien à ton bagout. Allez viens, allons au motel.
Extrait de « Ainsi soit-il »
Extrait 2
Ces scènes faisaient mon cinéma. Elles se déroulaient souvent aux alentours de minuit, elles enflammaient mon imagination, et je pouvais, une fois couché, les prolonger, mieux : me les passer en boucle, satisfaisant ainsi mes fantasmes. Bien entendu, je pouvais aussi me rappeler ma liaison avec Martine avant qu’elle ne tombât dans les bras de Bob. La Martine, dix ans plus jeune, pas encore amoureuse de sa beauté, pas encore corrompue. Je me souvenais, oui, je me souvenais quand Martine disait « oui » quand je l’étreignais…
Avançons donc dans mon histoire : nous étions le lendemain, et la seule activité durant cette journée ensoleillée, mais sans argent pour dissiper mon ennui, était d’aller valider ma grille de loto au tabac du coin, puis de retourner dans ma chambre. De nouveau devant le petit miroir, j’avais un moment l’impression de devenir enfin riche et, par voie de conséquence, libre de quitter ou pas ce maudit endroit. Je ne saurais vous dire exactement pourquoi j’eus la certitude de gagner au loto, oui, pas des millions, mais quelques milliers d’euros, juste de quoi rembourser Bob, flamber quelques gros billets pour me faire remarquer dans le quartier, et pour enfin disparaître aux yeux de mes amis comme du reste du monde. Je passais l’après-midi affalé sur mon canapé à attendre le moment du tirage. L’heure arriva : 20 heures 45, et je posai une grille neuve sur la table pour, à mesure que les numéros tombaient et s’inscrivaient sur l’écran, cocher les cases. Le tirage terminé, j’éteignais la télé, ouvris le tiroir de la table, sortis cérémonieusement le duplicata de ma grille, comparai les deux grilles. Je constatai que les numéros étaient identiques. J’avais donc gagné.
Quel fut mon sentiment à cet instant ? Eh bien, cher lecteur, un sentiment terrible, quelque chose comme un mélange détonant de honte et de vengeance. Je me sentis surpuissant, décidé, dans un élan de ressentiment, à me venger. J’eus souvent cette intention mais me manquaient, en chair et en os, mes ennemis, ceux qui allaient passer du statut d’ennemis à celui de victimes, mais comment dire, je ne les voyais pas, je ne les percevais pas. Il me manquait justement toute la puissance que procure l’argent. Le manque d’argent, comme on le sait, pousse au crime, chez moi c’est plutôt le trop d’argent qui décuple mes forces, je deviens un monstre. Je passais en revue les gens que je connaissais, les uns et les autres, qui traînaient dans mon existence passée, toutes ces personnes encore vivantes ou peut-être mortes. Les mortes, bien évidemment, je les éliminais, pour ne garder que les vivantes, les nombreuses personnes vivantes qui peuplent notre planète.
Je faisais le tour de mes relations amicales, et à chaque fois que ce tour était terminé, je retombais sur les mêmes personnes, de la même manière que les numéros du loto écrits sur les deux grilles étaient les mêmes numéros. Bob et Martine étaient donc les noms que mon esprit avait pour ainsi dire tirés au sort.
« Mémoires d’un joueur »
Voici un de ces textes qui n'ont pu être retenus mais que nous tenons à vous faire découvrir ; il nous vient de Corse et a été envoyé par Laurent
"Depuis la nuit des temps, on s’est longtemps interrogé : sur nos passions, sur nos envies, sur nos désirs, sur nos besoins, sur tout ou presque tout. Souvent il nous est venu à l’esprit d’essayer de nous décharger d’un inexorable fardeau ou de tenter de nous détacher de l’inséparable. Que l’on soit vénal ou épicurien, quoique l’on fasse, dise, pense, où que l’on soit et qui que l’on soit, elle sera toujours présente.
Jusqu’au dernier jour, jusqu’à notre dernier souffle elle nous obsèdera. Non, ce n’est ni la conscience, ni l’âme, elle est bien plus sournoise, taquine et maligne. Elle ne tient pas à se faire connaître, elle veut toujours garder l’anonymat, elle est aussi mystérieuse qu’anecdotique. A la fois polissonne, friponne et souvent malveillante c’est une comédienne dans l’âme. Elle te persécutera, te narguera, t’intriguera.
Tu as beau te cacher ou te voiler la face, elle te trouvera car elle déteste jouer à colin-maillard.
Tu as beau t’enfermer, te renfermer, elle s’immiscera jusqu’aux confins de ta tanière.
Tu as beau t’isoler ou te replier sur toi-même afin de faire le vide dans ta tête, elle te harcèlera pour ne pas te laisser sombrer dans le désarroi, elle te relancera pour te rappeler à ses bons souvenirs en occultant les mauvais instants qu’elle t’a fait partager.
Las de toutes ses turpitudes et de son acharnement, tu vas essayer de lutter pour te battre avec elle, pour la vaincre afin d’affirmer ta puissance, ta supériorité et ta détermination. Mais malgré ta force, ta hargne et la haine viscérale que tu éprouves à son égard, tu t’épuiseras. Et de nouveau tu céderas au chantage de sa mélodie, de sa parodie et elle te terrassera sans le moindre effort. N’oublie pas qu’elle est patiente, attentive, attentiste et sereine de surcroît. Elle te ronge l’esprit, malaxe ta matière grise, jusqu’à te lobotomiser.
Alors surpris par la complexité de sa puissance et par la domination qu’elle prend sur tout ton être, tu choisis la ruse, la douceur et la tendresse. Tu affiches la carte de la sentimentalité auprès de tes proches. Tu sollicites divers organismes en leur envoyant des messages de détresse, tu participes, comme les alcooliques anonymes, à des réunions de groupe, dans l’espoir de te séparer de ses contraintes et de la fascination qu’elle exerce sur toi.
Surtout ne perds jamais de vue qu’elle t’observe, elle est perpétuellement sur ses gardes et elle ressent une pointe de mignardise dans tes brusques changements d’attitude. Tu tentes de la froisser en portant atteinte à son intelligence et c’est avec une certaine exaltation qu’elle observe, incognito, ces malicieux rictus sur ton visage lorsque tu l’évoques. Elle reste muette aux efforts que tu déploies pour l’atteindre. Mais silencieuse, elle sait pertinemment que le temps est son meilleur allié, elle sait que l’élève ne peut dépasser le maître et se sent maîtresse de tes sentiments enfouis. Elle boit tes paroles quand tu parles, elle t’écoute attentivement, elle fait semblant de faire la sourde oreille afin que tu continues de t’intéresser à elle.
Chaque fois que tu l’évoques elle se réjouit, car elle sait qu’elle existe toujours et encore et tu la confortes dans sa main mise. Elle te guette, t’épie, t’effleure, mais tu ne la sens pas, bien trop absorbé pour la déchiqueter auprès de ton entourage. Mais à vouloir la fuir, inconsciemment tu te rapproches encore plus d’elle, c’est ce qu’elle pense en son for intérieur. Elle te sait égoïste et injuste envers elle, pourtant elle s’imagine que tu lui dois tant et plus encore. De son côté il ne lui est jamais venu à l’esprit de te fuir, de t’abandonner, si méchant et rude sois-tu parfois dans tes propos. Loin de l’effrayer, bien au contraire, elle se joue de toi sans même que tu ne la soupçonnes, tel un clown qui pleure de bonheur en plein spectacle lorsque les larmes de joie déferlent sur les joues des spectateurs.
Elle peut être aussi belle que laide, mais ça l’indiffère, car toi et tes semblables l’intéressent. Elle n’a pas besoin d’apparats pour te sublimer, elle te désire tel quel. Elle l’a compris dès le premier jour où tu lui as cédé. Dans ses bras tu t’es jeté, dans sa luxure tu t’es vautré, et tel un étau, ses terribles mâchoires t’ont emprisonnées. Elle est très expressive et théâtrale, le mime marceau est son idole, et sur ton visage elle dépose l’expression de ses faits ou méfaits.
Elle se plait à faire battre la chamade de ton cœur et plus souvent qu’à l’accoutumée elle parvient à le faire saigner de douleur sans mot dire. Elle adore quand tu penses, quand tu réfléchis, quand tu te concentres. Assise sur un nuage, elle t’observe du coin de l’œil, malicieuse et perverse, elle te vénère t’admire et t’encourage à sombrer lentement mais sûrement. Quand tu dors profondément, c’est l’extase, elle caracole au sein de tes rêves afin de susciter l’émoi jusque dans ton subconscient. Elle s’incline très humblement sur certaines de tes qualités, notamment sur le désir que tu éprouves à vouloir divorcer du pacte moral qui vous lie.
Elle est consciente que parfois tu lui échappes. C’est une des raisons qui l’intrigue et qui la pousse à s’accrocher pour ne jamais te perdre. Peut être un jour parviendra-t-elle à élucider le mystère du détachement et à combler les carences de son opiniâtreté. Elle soupçonne ton infidélité, mais son amour pour toi est si fort qu’elle accepte de partager tes autres passions, toujours dans la discrétion, dans la dignité et dans le plus grand respect. Certains pourraient croire ou voir dans cette attitude une certaine forme de perversité ou d’abnégation. Mais non, l’amour a ses raisons, dit-on, que la raison ne connaît pas, mais elle, elle connaît la raison de la déraison. Vous l’avez certes deviné, je ne suis pas réellement « Le Jeu », je suis encore plus fort que le jeu. De toutes les maladies, ceux ou celles que je gangrène, auront du mal à panser mes plaies, car mon invisibilité me rend impalpable et donc difficilement guérissable.
Je suis la complice et la maîtresse du jeu, en quelques mots, je suis « L’Emprise du Jeu »."
Nous vous en proposerons d'autres qui ont aussi beaucoup de charme, poèmes, essais, récits...
Tiens, en voilà un autre qui nous a beaucoup plu ! Mais à nouveau une seule page !
Il n’y a plus de rois !
Les petits enfants ne jouent plus au cerceau
Il n’y a plus de caniveau, ni de ruisseau
Il n’y a plus de Prévert
Encore moins de Molière
Pffutt…, c’est la langue d’hier
Dans les jardins du Roi , c’est l’hiver
Et d’ailleurs, il n’y a plus de rois !
Les oiseaux dans ma gorge
Ne veulent plus paraître
Dans les rues des matins tristes, ils se sont perdus
Plus de jardins et plus de rouges-gorges
Encore quelques moineaux peut-être
Dans un square sec, planté là, tout nu
Les petits enfants ne jouent plus au cerceau :
Il y a,..des seringues dans le ruisseau !..
Alain Wacogne, le 19 janvier 1998
Rappel des consignes de cette année 2010
Comme d’habitude, une version envoyée par mail à amusanostra.fr
Et 7 versions papier anonymes (avec une enveloppe fermée jointe qui ne sera ouverte qu’après
les délibérations et dans laquelle se trouveront vos coordonnées)Adresse : Musanostra 2 place de l'hôtel de ville 20200 Bastia
Cette année, vos textes ne devront pas dépasser 5 pages, les caractères en taille 12
Le prix est encore de 500 euro (avec possibilité de partage si deux œuvres
nous semblaient de même qualité et emportaient l’adhésion du même nombre de lecteurs)
le prix sera remis en Corse et le lauréat doit participer à la cérémonie de
remise de prix, à la date qui lui convient
(période propice, moindre coût des transports...) ; notons
l'aide apportée lors des éditions précédentes par la ccm !
Le texte élu est mis en ligne comme tel sur le site
Notre jury ? Top secret, renouvelé chaque année, choisi par la Présidente de notre association. Il est composé
de lecteurs qui avec sympathie lisent et rendent compte du plaisir pris ou pas à découvrir les textes. Ils appartiennent
à des univers parfois bien éloignés mais ont en commun le goût de la chose écrite. Les deux précédentes éditions ont montré la qualité de cette structure puisque les lauréats , dans les deux cas, sont des personnalités riches à l'écriture appréciée lors d'événements d'importance . On peut regretter (mais c'est juste un épanchement...)que les lauréats n'aient livré sur aucun media (ou alors ça nous a échappé) leur sentiment face à ce concours, aux critères, à l'accueil de leurs textes, à leur accueil en Corse...Ils sont toujours à temps ; nous en serions ravis ! (Sylvie Dubin nous a écrit : sur le forum fil "concours" )