
Réunion poétique
Réunion un peu confidentielle le 24 novembre au centre culturel Una volta à Bastia ; à 18 heures, quelques uns des auteurs qui ont eu l'honneur d’avoir leurs textes dans
la revue « Nue 44 » retrouvent un auditoire de passionnés ou de curieux, d'amis en tout cas.
Jean-François Agostini et Jacques Fusina expliquent la genèse de cette édition de grande qualité, dont le sous titre est "Corse 13 poètes". C'est une revue qui a une certaine audience, qui est connue dans tous les festivals de poésie notamment......Ce numéro, noir, au papier glacé, est magnifique, avec illustrations de M Antoniotti Rodriguez
B.Bonhomme, pour mener à bien le projet d'inviter et promouvoir la poésie corse contemporaine, a fait appel à Jean-François Agostini, chargé donc de coordonner sur place la réalisation
Vaste programme : Qui choisir, fallait-il créer une liste ? Si oui, laquelle ? Selon quels critères ? Quelle langue privilégier...? Autant de difficultés !
Assez rapidement, il s'entoura de connaisseurs et fut assisté par Jacques Fusina et Stefanu Cesari. Avec ces deux maîtres d'oeuvre, il décida de placer la langue corse et la langue française à même hauteur, de faire apparaitre donc les 2 codes linguistiques. Et aussi d'accepter une part de subjectivité dans les sélections ; en effet, comment choisir puisque vu le nombre de pages alloué, il le faut : tout le monde ne peut apparaitre ?
Autant de problématiques auxquelles nous invitent encore à réfléchir, avec humilité, les auteurs présents, Danièle Maoudj, Lucia Santucci, Nadine Manzagol, Jacques Fusina, Jean-Paul Angeli, Alanu di Meglio, Stefanu Cesari...Goûts assumés, précisent les auteurs car les personnalités entrent en compte ; certaines écritures nous touchent plus que d'autres...
Mais il y a d'autres soucis : par exemple, quand on est invité à relever un tel défi, comment offrir un numéro suffisamment complet et présentant une poésie en train de se faire aujourd'hui ? Ce qui nous ramène à l'étymologie, parfois perdue de vue du mot, ce que rappelle j. Fusina. Et comment présenter ? JF Agostini par exemple écrit en français prioritairement, comme tant d'autres personnes qui pensent en corse, vont presque jusqu'à l'encre en corse , jusqu'"au bout du stylo" pour finalement poser sur le papier des mots en français.
Et qu'est-ce d'ailleurs que la poésie corse ? N'y a t-il pas là, comme pour les mots "littérature corse", une vaine interrogation, sans possibilité d'apporter des réponses claires et définitives ? Aujourd'hui en Corse, la réalité, c'est qu'on écrit dans les deux langues ; faut-il s'interroger sur la place de la Corse ? Les contributeurs vivent parfois hors et loin de l'île, qu'ont-ils éprouvé ? Comment la Corse apparaît-elle dans leurs oeuvres ? J Fusina pense par exemple alors à Joel Bastard, à Hélène Sanguinetti, à Marcel Migozzi,
Alanu Di Meglio à son tour dit son bonheur de participer à l'aventure et relate les méandres de son écriture proposée ici : pour répondre à ce qu'il croyait être les besoins de cette édition, il a traduit ses poèmes en français ; apprenant que la parution incluait les textes en corse, il les a retraduits avec, dit-il, jubilation. Il y a de l'invention et du bonheur dans le bilinguisme et dans la traduction !
Ses considérations portent également sur l'écriture en corse qui lui apparait relever d'un déterminisme, puis il se demande à quoi ça rime de se "mettre la pression" en voulant définir la pertinence du choix d'un collectif...Comment pourrait-on penser exclure de la poésie corse des poèmes en français ? Et nos intervenants d’évoquer à nouveau J Bastard qui déclare ne pas vouloir être vu comme un poète corse, ou encore Marcel Migozzi qui lui s' inscrit dans cette lignée.
Pourtant, ajoute t-on, chez J Bastard, c'est la Corse qu'on retrouve et chez M Migozzi, qui travaille plutôt par thèmes, sa présence est souvent moins sensible
S Cesari à son tour insiste sur l'intérêt de donner à lire ailleurs une certaine Corse, un écho de la Corse ; il insiste sur la parenté qui lie ces textes...
Tour à tour les lectures se succèdent, entre coupées de considérations fort intéressantes ; ainsi D Maoudj parle de la belle aventure à laquelle elle a participé sans se demander si elle donnait des poèmes sur la Corse ou pas
Cette aventure a fait sortir de l'ombre des gens de talent : présentation de J.P. Angeli, artisan bijoutier installé à Porto Vecchio qui déclare "j'ai toujours écrit de la poésie" "Je ne me suis jamais posé la question de savoir si je fais de la poésie corse ou pas »
Nombreuses autres interventions, lectures émouvantes, humour aussi : on aura passé un beau moment ce mercredi-là, dirons-nous pour finir car il nous faudrait trop de temps pour en restituer la richesse !
