L'histoire des cinémas à Bastia.
Le cinéma(tographe) art populaire par excellence, dont on attribue la paternité (à tort ou à raison) aux Frères Lumière en 1895, commence son aventure à Bastia en 1905. En juin de cette année, l'exposition universelle bat son plein sur la place Saint-Nicolas. C'est l'occasion que choisit Pluviaux pour une toute première séance intitulée " Le jeu du tonneau", suivie par "l'Avaleur de pièces" le 3 juin en plein air, au son des Trompettes grenobloises.
Les jours suivants, les pellicules présentées se nomment "Militaires et nourrices", "Un besoin pressant", "l'Enterrement méphistophélique". Pour la soirée de clôture du 29 juin, le thème est le voyage d'Alphonse XIII à Paris.
La toute première salle de cinéma, au nom rêveur de Splendor-cinéma de Toussaint Maestracci,est ouverte au 20 boulevard Paoli le 15 août 1908. Les premiers titres se nomment " Les Verres enchantés", "Les Dés magiques", "La Veuve du marin" et " Le Cheval emporté" film hilarant. Les ^projections sont accompagnées au piano par Maria Dindin. Une annonce précise que "la salle sera parfumée" et un panneau indique : " Toute tenue trop négligée sera refusée au contrôle".
Une grande soirée de bienfaisance est organisée le 29 octobre de la même années. Les films présentés s'intitulent " Le Comble de la distraction" (film comique), "Le Papillon japonais", " La Chasse au daim au Canada", "Le Chat botté"...
Prix des places : un franc en première; 60 centimes en seconde.
Cette première salle fermera ses portes presque 20 ans plus tard, en 1926.Ce fascinant théâtre d'ombres fait vite des émules. Ainsi, l'année suivante, en 1906 le cinéma Edison-Concert appartenant à Madame Bonifacio, ouvre ses portes rue Miot, entre une boutique de repasseuse et le cordonnier Caluri. Des artistes locaux se produisent entre les séances. En 1913, le local qui a changé de propriétaire, deviendra "La Samaritaine", tenu par la famille Biancarelli, tailleur pour hommes.
Le cinéma-théâtre Femina est inauguré en juillet 1913 dans les locaux de l'ancienne poste, 4, rue Salvatore Viale par son propriétaire, Vincent Fragassi. La salle est rudimentaire. Elle contient 110 places payantes (des chaises). Elle est meublée par un piano qu'utilise l'artiste aveugle Cristofari, grâce aux indications du directeur, pendant une quinzaine d'années.
Malgré la guerre, les représentations continuent. En 1916, V. Fragassi est mobilisé et son épouse Angèle s'occupe de sa boutique de mode. La gérance de Femina est confiée à François Bernardi. Le cinéma survivra jusqu'en 1935.En septembre 1916, T. Maestracci, directeur du Splendor-Cinéma, ouvre une deuxième salle dans son local du "Grand Café français", place Saint-Nicolas, à l'angle du Cours Sebastiani. Les Pouvoirs Publics sont unanimes pour dire que le "septième art" est un merveilleux agent de propagande, une véritable industrie du rêve. - " Il fournira à la jeunesse de nos petites villes et de nos campagnes, les saines distractions pour arrêter l'émigration vers les grands centres urbains", disent-ils.
Le 8 septembre 1922, rue de l'Opéra (actuelle rue C. Campinchi), s'ouvre un "établissement chic", le Régent-Cinéma avec ses 900 places payantes, huit fois plus que le Femina. Le Directeur se nomme M. Amoni. L'accompagnement est assuré pat l'orchestre d'Henri Reginensi. Le cinéma dispose d'une grande scène, une fosse d'orchestre et des loges d'artistes. Au programme, pour la soirée d'ouverture du 9 décembre, "Le Fils de Madame Sans-Gêne", "Séraphin ou les Jambes nues". L'engouement pour le cinéma est d'autant plus grand que le théâtre est provisoirement mais souvent fermé pour des travaux de réfection.
Aujourd'hui, le Régent possède quatre salles pour un total de 660 places et un nombre d'entrées annuel moyen de l'ordre de 80000 à 100000 personnes alors qu'en 1971, une seule salle faisait 176000 entrées. Les salles sont classées " Art et Essai".Dans les années trente, le Quai des Martyrs verra l'ouverture de deux nouvelles salles de cinémas encore plus modernes.
Ainsi, l'Eden ouvre ses portes le 8 décembre 1934 en donnant "un super-gala", spectacle sans précédent avec le célèbre ténor Jean Kiepura dans "Tout pour l'amour". Les propriétaires,la sonorité Madame et Melle Battegay privilégient le plaisir des yeux, l'installation moderne, la sonorité limpide.Le " Palais du cinéma", Le Paris, à quelques dizaines de mètres, est inauguré en grande pompe le dimanche 15 janvier 1939. Le tout Bastia parle d'événement. Les fauteuils sont confortables, moelleux, la salle est climatisée, d'épais tapis ornent le sol. "Robin des Bois", d'Errol Flynn sera à l'affiche ce jour-là. Il reçoit des manifestations d'envergure, tels des combats de boxe, des chanteurs d'opéras de renom comme César Vezzani, des groupes folkloriques...
Le dernier-né des salles de cinéma est le Studio-Cinéma qui ouvre ses portes le 8 octobre 1958 au 1, rue de la Misericorde. Au tout début, son but est la défense du cinéma d'auteur, une salle d'avant-garde. Ses rencontres du cinéma Italien, Britannique et Espagnol l'amène à participer au Festval du Film depuis 1982. Aujourd'hui, avec ses deux salles d'une capacité totale de 530 places, il demeure, avec le Régent, le seul cinéma bastiais encore en activité.
Raymond Mei
Publié le 1 juin 2010
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