
La crise existe bel et bien
Prétendre que la crise actuelle n'existe que dans l'esprit de certains pessimistes délirants relève manifestement de la naïveté ou de la mauvaise foi. Loin d'avoir tiré les leçons de cette crise, les maîtres de la finance retombent dans les travers qui ont provoqué cette catastrophe.
Pour en mesurer les effets néfastes, nul besoin de consulter les multiples rapports d'éminents spécialistes ou autres analystes d'envergure qui raisonnent chiffres à l'appui en termes technico-financiers.
La meilleure des preuves est celle du terrain. De tous ces gens qui, comme vous et moi, sont confrontés à la dure réalité de la vie difficile. Qu'on en juge !
Mon boulanger constate que ses problèmes sont de plus en plus croissants.
Mon boucher ne parle plus que de défendre son bifteck.
Un éleveur de volailles précise qu'il n'arrête pas de se faire plumer et en a assez d'être le dindon de la farce.
Aussi éleveur de chiens, il dit être aux abois. Mais ces derniers ne veulent plus écouter la voix de leur maître.
Les pêcheurs, devant les charges qui s'accumulent, haussent le thon pour se faire entendre.
Un viticulteur qui s'est mis à boire pour oublier, me confirme que la profession trinque alors que les brasseurs sont sous pression.
Dans le bâtiment ce n'est pas mieux. Mon plombier qui en a ras-le-bol a préféré prendre la fuite à l'étranger. Il en avait marre de se faire plomber.
Mon électricien, au courant de tout, fait de la résistance mais reconnaît être sous tension en permanence. Il n'est pas à prendre avec des pincettes.
Mon maçon est devenu complètement à la masse.
Mon peintre, en remet une couche et dit se mêler les pinceaux devant un tel marasme.
Les cheminots ont dû baisser leur train de vie car la crise est arrivée sans crier gare.
Les veilleurs de nuit, vivent au jour le jour.
Les ambulanciers sont obligés de ruer dans les brancards car tout le monde tire sur l'ambulance.
Le cordonnier du coin a été mis à pied.
Les pédicures doivent travailler d'arrache-pied.
Les manucures se cachent derrière leur petit doigt.
Les dessinateurs font grise mine.
Les militaires battent en retraite.
Les imprimeurs dépriment.
Les météorologues sont aussi en dépression.
Mon restaurateur refuse de mettre son grain de sel.
Le chocolatier fait la trêve du confiseur.
Le carrossier attend un retour de manivelle.
Mon pharmacien noie son chagrin dans l'alcool.
Mon tailleur est allé se faire rhabiller.
Le vétérinaire veut reprendre du poil de la bête mais sans succès.
Les agriculteurs disent être des vaches à lait...
Bref, vous l'aurez compris, la crise existe bel et bien.
Raymond Mei
Publié le 5 mai 2010
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