Les 8 denari de Cardone


L'histoire ne retient que la Corse est rattachée à l'Etat français en l'an 1768. Mais ce ne fut pas simplement le fait d'un échange spontané entre Génois et le roi de France Louis XVI, comme voudraient le faire croire les historiens.
Les premiers signes de révolte entre Gènes et la Corse datent du début du 18ème siècle. Un événement va précipiter les choses en 1729. Le lieutenant génois de Corté, chargé de recueillir les impôts, se rend dans la pieve de Bozio. Il manque au vieillard nommé Cardone "8 denari " (8 deniers) pour s'acquitter de la "taglia" qui s'élève à 13 soldi et 4 denari. Soit une pièce de cuivre appelée "baiocco", dont l'avers est composé d'une tête de maure sur un écu couronné festonné soutenu par deux anges. Le vieillard est aussitôt mis aux arrêts. De plus, cette "taglia" représente un supplément créé par l'officier lui-même pour ses frais personnels.
Devant cette injustice, toute la pieve refuse désormais de payer ce supplément. A partir de là, les événements vont très vite. Face à la répression génoise, les "paesani", environ 400 personnes, rejoignent Rogliano et Canari où ont été déposées des armes en nombre. Ils y brûlent les chancelleries et attaquent Saint-Florent et Algajola.
De leur côté, les habitants de la Castagniccia et de la plaine orientale, s'en prennent aux symboles du pouvoir génois : les tours de la Padulella, d'Aleria, les grandes propriétés de la plaine...
Malgré la tentative d'apaisement de Monseigneur Mari, le 18 février 1730, les populations révoltées se rendent sur Bastia. Elles s'emparent du poste de Monserato et du couvent de Saint-Antoine. Ne pouvant pénétrer dans Terranova, elles descendent sur Terravecchia par la route de Sant'Angelo (actuel Bd A. Gaudin) et par le carreghju drittu. Entrepôts et tanneries sont pillés. Les "paesani" quittent Bastia le lendemain avec leur butin.
Plus tard, les rues d'accès à la ville sont fermées de barricades. On songe même à construire un mur englobant tout Terravecchia. Le traumatisme à Bastia est important.
On a souvent considéré ces premiers troubles comme une série d'accidents locaux passagers (émeutes spontanées, jacquerie, rassemblements tumultueux...), diront certains historiens. Mais ces évènements sont au contraire le produit d'une lente maturation dans les esprits, un "désamour progressif" entre Gènes et la Corse, inspiré par la guerre entre Gènes et la Savoie en 1682.

Raymond Mei
Publié le 28 avril 2010

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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