Quand le vent tourne
Comme dans les autres 21 régions, la Corse a voté. Et comme d'habitude, bien plus qu'ailleurs. A 69%, contre 51% en France métropolitaine. 18% de plus ! Excusez du peu !
Est-ce à dire que les Corses ont un sens plus aigu du devoir civique ? Ce qui est sûr, ils sont plus passionnés pour la chose politique.
Les dés sont jetés, la Corse a basculé. Toutefois, au niveau national, certains pourront clamer: " Vous n'aurez pas l'Alsace...à défaut de la Lorraine !".Quels enseignements peut-on en tirer en Corse ?
Il ne faut pas se leurrer, c'est devenu récurrent, personne ne parle d'échec. Tous trouvent dans cette élection des sujets de satisfaction, plus ou moins affichés, il est vrai. Il en est de même pour les quatre partis éliminés au premier tour, proclamant à qui veut bien les entendre qu'ils détenaient la Vérité et qu'ils n'ont pas été compris par l'électorat resté sourd à leur programme.Ainsi certains, dont on annonçait le déclin historique, s'attendaient à pire. Ils craignaient un deuxième tour catastrophique, mais malgré leur perte historique du pouvoir (26 ans), constatent non avec plénitude il est vrai, un bien meilleur score qu'au premier tour, toutefois insuffisant pour renverser la tendance.
Il s'agit plus de l'usure du pouvoir, disent-ils, que d'un Waterloo, synonyme d'échec d'une stratégie. Donc, l'honneur est sauf puisque pour eux le coup de blizzard qu'ils essuient, à défaut de "temps au beau fixe", n'a rien à voir avec la tramontane ou le coup de libecciu tant redoutés.
D'une certaine manière, la traversée du désert qui se profile ne pourrait être que salutaire, le temps de retrouver un deuxième souffle.D'autres pavoisent. N'ont-ils pas déboulonné une citadelle sensée être imprenable, qui a régné un quart de siècle ? N'ont-ils pas prouvé par cette victoire que la désunion du premier tour était la bonne tactique pour gagner au deuxième en faisant l'union ?
Et surtout ne leur parlez pas de succès aux forceps car la victoire, elle seule, est belle. Demain est un autre jour. Et tant pis si le rêve inavoué d'un groupe à 26 s'est arrêté à celui de 24. A défaut de ce nombre de sièges permettant de gouverner en monarque, ce chiffre représente néanmoins la fin d'un règne d'un parti, aujourd'hui dans l'opposition.
La perspective de la majorité absolue à l'issue du premier tour, leur a permis de bomber le torse, mais c'était sans compter sans ce sacré dilemme qu'en politique les additions sont loin d'être parfaites.
Vont-ils alors prôner l'ouverture ( c'est-à-dire le partage du pouvoir) lors du troisième tour qui s'annonce épique ? Et ce, malgré les réticences de certaines tendances de leur groupe, sous peine d'avoir les mains liées !Ce passage (presque) obligé donne au troisième bloc la certitude qu'il est le véritable gagnant de ce scrutin. Si coup de Trafalgar il y a eu, c'est bien à cette force qu'on le doit.
Avec leurs deux jeunes loups à sa tête, à peine sortis de leurs percée de dents, n'a-t-elle pas réussi "la percée de Sedan" en obligeant les uns et les autres à constater qu'elle est devenue, peu ou prou, la première force de l'île ?
Aux yeux de ses membres, cette percée spectaculaire, stupéfiante...loin d'être "modérée", va leur permettre de rester au beau milieu du ring, loin des cordes, les bras levés, les poings en avant. Prêts à décocher crochets, uppercuts et autres directs à ses opposants, en évitant les coups bas si possible.
A défaut des fameux 26 sièges, ils auront atteints le score historique de 26...%.
Ce succès retentissant, ce "coup de théâtre", cette "lame de fond latente" comme ils disent, va leur permettre d'être sollicités par les uns ou les autres. Qui aura les yeux de Chimène pour eux ? L'un ou l'autre des frères ennemis ? A moins qu'il y ait deux Rodrigue !
Ce qui est sûr, si chacun reste sur ses positions, la Corse et les Corses, une nouvelle fois gouvernés par une majorité relative, seront les premiers à en payer les conséquences. Car ses gouvernants, quels qu'ils soient, faute d'avoir les pleins pouvoirs, seront contraints le temps d'une nouvelle mandature, d'assumer seulement la gestion de la collectivité sans perspective de renouveau et de projets d'avenir réalistes.
Et dire que la volonté de l'État, avec le nouveau mode de scrutin de donner neuf sièges de plus au gagnant, devait permettre d'éviter ce scénario !Dès lors, se dirige t-on vers une tradition contestatrice ou bien une alliance contre nature ?
L'avenir tout proche nous le dira !
Raymond Mei
reçu le 22 mars 2010
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