Le train en marche
Il était écrit quelque part qu'il fallait qu'on se fasse à nouveau remarquer. La question était de savoir dans quel domaine. Ce sera celui du réseau ferré.
Le réseau corse, avec ses 232 km et ses 57 tunnels devait enfin être mis sur de bons rails. Tout était trop beau. On allait voir ce que l'on allait voir. On y croyait dur comme fer.
En 2008, la Corse allait être dotée d'un plan de restructuration avec le renouvellement de la voie ferrée, la mise en sécurité du réseau avec des travaux de modernisation et l'achat de matériel roulant dernier cri et prendre ainsi le train en marche du renouveau économique et social dans le domaine des transports.
Les nouveaux autorails Métriques Grand-Confort AMG 800, avec leur climatisation, leur immenses baies vitrées à la vue panoramique et leur aspect ultra confortable, devaient révolutionner le réseau ferré insulaire.
Le trajet Bastia-Ajaccio, grâce aux performances des nouvelles motrices, allait être effectué en moins de trois heures.
Les premiers ennuis techniques commencent dès 2007. Les rames commandées ne passent pas dans les tunnels. Est-ce le fait de tunnels trop étroits ou de trains trop larges ? Encore eût-il fallu se poser la question avant !
Par la suite, il a fallu se rendre compte que notre réseau n'était pas assez "rectiligne" pour de tels machines et qu'il fallait réduire considérablement la vitesse par mesure de sécurité, se privant ainsi de leurs performances. L'objectif principal de la réduction du temps de parcours était ainsi réduit à néant.
Puis, "un nouveau souci technique posant problème dans les courbes" apparait. L'AMG 800 n'est pas adapté au réseau ferroviaire corse. Il faut donc y apporter de nouvelles modifications. Il sera dit que la date de première mise en service au deuxième semestre 2008 ne sera pas tenue.
Plus tard encore, on réalise que les AMG ne sont pas configurés pour être attachés entre eux. Nouvelles modifications.
Aujourd'hui, deux ans après, un nouveau problème se pose. Celui de..."signes prématurés d'usure" dans les roues. Vous avez dit bizarre ? Comment des autorails rutilants neufs peuvent-ils présenter des problèmes d'essieux et de freinage et ainsi rester en gare pour cause de freins défectueux ?
Pourtant, les délégués syndicaux avaient crié haut et fort: " Nous avons à maintes reprises alerté publiquement la direction sur le problème d'usure rapide des semelles de freins, mais personne ne nous a écoutés !".
La direction des CFC indique stoïquement que " les nouveaux autorails sont mis à l'arrêt jusqu'à nouvel ordre pour raison de sécurité".
Pendant que les voyageurs rongent leur frein, les vieilles "micheline" datant des années 70, nos TGV ( Trains à Grandes Vibrations) ont refait leur apparition. Le petit Trinichellu est de retour. Le train-train habituel aussi. Gare à la station debout. Et tant pis si beaucoup resteront sur le quai. Les passagers pourront ainsi continuer tranquillement à regarder passer les vaches quand celles-ci traversent la voie ferrée.
Au train où vont les choses, le modernisme n'est pas prêt de s'installer dans le chemin de fer corse.
En toute chose, il faut savoir prendre le train en marche...mais difficile à tenir le pari quand ce dernier ne marche pas.
Dans les hall de gare de Bastia et Ajaccio, on a omis d'enlever les panneaux faisant l'éloge des AMG 800 : " Ces nouveaux autorails permettent aux usagers de profiter d'un service public performant dans leurs déplacements".
Mais on n'est plus à une gabegie près ni à une erreur d'aiguillage aux CFC.
Il est loin le temps où le chef de gare avait voix au chapitre et pignon sur voie.
Gare à la saison touristique si les signaux restent au rouge.
A propos, à combien s'élève l'investissement total de l'opération ? 380 millions d'euros ! une paille !
Raymond Mei
reçu le 18 mars 2010
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