Au pays de la Pléonasmie

 

Désireux de changer d'air, je suis enfin parti en un lieu secret, dont sans cesse, je différais à une date ultérieure le départ et dont le but ultime consistait à ajourner à plus tard tous mes soucis quotidiens. Un hasard imprévu que je ne pouvais prédire à l'avance, m' a décidé à agir : un voyage d'affaire truffé d'étapes intermédiaires. J'ai du m'y prendre à plusieurs reprises différentes pour me convaincre de la bonne aubaine. L'idée était celle d'un ami à l'apparence extérieure des plus banales. C'était son apanage exclusif auquel j'applaudissais des deux mains. J'ai d'abord commencé à réfléchir silencieusement, puis, on s'est concerté ensemble. Placé devant une double alternative, la conjoncture actuelle m'invitait à franchir le pas. Le pouvoir de persuasion de mon ami acheva complètement de me persuader pour ce consensus commun. L'écho sonore de sa voix juste arriva à mes oreilles. Je n'avais pas besoin d'une paire de jumelles pour lire dans ses yeux. J'étais décidé à appliquer ses consignes strictes. Je criais fort mon heureux bonheur.
Nous partions un jour, après une accalmie passagère, sous un ciel constellé d'étoites à vingt heures du soir. L'avion dans lequel nous avions embarqué à bord volait à haute altitude à cause du ciel bas. Je pensais à la chute verticale si nous venions à manquer de carburant. Bien sûr, on s'est cotisé à deux pour faire face aux frais onéreux. Nous logions dans une petite maisonnette proche d'une dune de sable, au bord de mer. Gelé de froid, je n'avais emmené avec moi que peu de pulls chauds : une erreur involontaire que j'ai vite regretté.
Mais cependant, le milieu ambiant était au beau fixe.
De sa belle calligraphie et en un bref résumé, mon ami me montrait les gains bénéficiaires qu'on pouvait tirer de ces affaires. Je ne pus m'esclaffer de rire. Le mauvais cauchemar que je redoutais tant se transformait en rêve chimérique. Il ne s'agissait pas d'une illusion trompeuse. On confrontait mutuellement nos points de vue pour convenir ensemble que son idée s'exportait à l'étranger de façon idéale. Son point de vue s'était avéré vrai. De plus, on devait avoir le monopole exclusif du projet. La preuve probante de son intelligence. Mal fagoté, avec de vieilles hardes, il savait néanmoins jouer au grand maximum d'instances décisionnelles malgré les méandres sinueux de cette opération. Pour lui, le moindre petit détail avait son importance. Il semblait constamment nimbé d'une auréole. Lui opposer mon véto n'aurait servi à rien. Le mirage était trompeur. Avec lui, jamais d'oubli involontaire, jamais de perspectives d'avenir faussées, de paroles verbales jetées en l'air...
Dehors il pleuvait. Les rafales de vent redoublaient de violence. Je me préparais à l'avance à un futur projet mirobolant. Rencogné dans un coin, je renvoyais à plus tard d'autres projets. Celui-ci faisait l'effet d'une secousse sismique. Le statu quo actuel me convenait. Tous les deux, étions unanimes pour convenir d'une nouvelle vie dans ce paradis d'eden. Nous décidions d'y construire une maison neuve pour un dernier baroud d'honneur. Pourvu que cette situation dure longtemps.
Mais comment s'appelait ce paradis ? Vous l'aurez tous deviné, nous étions au pays de la Pléonasmie.

 

 

Raymond Mei
reçu le 5 mars 2010




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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