Forte houle!

Depuis bonne lurette,la bagarre insulaire entre deux compagnies maritimes dont on ne donnera que les initiales pour ne citer nommément personne (SNCM et C F), faisait des vagues. Aujourd'hui, on peut parler de forte houle tant le malaise est grand et la mer agitée. Il semble que la guerre des...Mers aura bien lieu. Pour assurer leur leader ship, elles ne ménagent pas leurs efforts et semblent prêtes à ne rien négliger.
Il est vrai que le gâteau commercial est de taille et que son arrimage et son découpage promettent d'être succulents. Il convient désormais de lui mettre le grappin dessus par n'importe quel moyen.
La direction de la C F, compas de route dans l'œil, se dit d'accord pour une enquête parlementaire dénonçant toute concurrence déloyale mais rétorque que le système d'aide sociale mis en place par le service public dont elle bénéficie, permet d'établir l'équilibre entre Marseille et Toulon. Elle s'offusque, semblable à un loup de mer, d'être bassement attaquée sur ses holdings. Elle demande, nez au vent, que l'on s'intéresse de près à la recapitalisation de la SNCM lors de son rachat.
Cette dernière, ouvrant son livre de bord,véritable bible maritime, rétorque en réclamant des mesures pour la sauvegarde du service public et emploie sa traditionnelle méthode de persuasion: la grève générale illimitée, menaçant ainsi de paralyser tout le trafic maritime.
Mais il était dit que les choses ne devaient pas en rester là. Un navire, en train d'accoster, a heurté (en terme marin on dit "tossé") un cargo de la compagnie concurrente, amarré dans le port de Bastia. L'abordage fut bref mais sans équivoque. Si constat il y a eu, mais non à l'amiable, on ne déplore aucun blessé à bâbord ni à tribord, et les passagers ont du attendre trois bonnes heures avant de pouvoir débarquer.
Le navire PP, ( sacrilège pour le Père de la Nation), victime de cet arraisonnement, la coque béante, blessé dans son flanc, a longtemps saigné avant de panser ses plaies. Toutefois, tout rentra dans l'ordre trois heures après.
A présent, les fusées de détresse sont de mise entre les deux compagnies. Un air de revanche bien ancré flotte dans l'air. Un fort tangage est à craindre. Parés à la manœuvre, ligne de flottaison au dessus du niveau de la mer, prêt à tout larguer dans leur sillage, souquant ferme, sonar aux aguets, les deux compagnies s'apprêtent à en découdre, anémomètres et apparaux en place, bouées et brassières endossées, baromètre, gouvernail et cabestan vérifiés minutieusement. Des simples matelots aux loups de mers, en passant par les pilotes hauturiers, tout le monde est sur le pont. On ne parle plus d'avarie éventuelle et sans conséquence mais de sabordage avec moult radoubages, renflouages et touages en perspective.
Pour fourbir leurs armes, les uns et les autres se jaugent, se sondent et commencent à installer des pièces d'artillerie sur les tourelles cuirassées. Les écoutilles se referment, on déjauge en vue de prendre le grand large. L'amplitude est à son apogée, la tempête prête à éclater sous le tangage à présent permanent.
Les premières salves tirées, rien ne pourra plus arrêter la machine de guerre. On aura beau emporter quantité de vivres phénoménales, se "terrer" dans les soutes, naviguer à vue...les transports maritimes auront viré de bord, voguant inexorablement dans des eaux troubles, à mille lieues des réalités quotidiennes.
Pendant ce temps ce sont les passagers qui rament. Et tant pis pour eux s'ils ont mal de mer et nausée. Ce qui est sûr, ce sont toujours les mêmes qui restent en rade.
A force de tirer sur la corde...

 

Raymond Mei
Publié le 23 frévrier 2010




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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