L'ENSEIGNEMENT EN CORSE AU DEBUT DU 19EME SIECLE

 

La progression de l'enseignement du français en Corse devient véritablement une préoccupation à compter des années 1820 alors que l'île est française depuis déjà un demi siècle ( Traité de Versailles du 15 mai 1768). Pour ce faire, on commence à décerner des prix aux élèves et aux enseignants des villes d' Ajaccio et Bastia.
L'enseignement primaire se réorganise. Ainsi, en atteste cet arrêté signé conjointement par l'inspecteur chargé des fonctions rectorales en Corse (M. Mourre) et le Principal de Collège, secrétaire de l'administration de l'instruction publique (M. Pinelli) :
- " Les Instituteurs primaires et Maîtres particuliers de latin, du département de la Corse, non encore autorisés, continueront d'exercer provisoirement leurs fonctions jusqu'à ce que les Comités cantonaux aient été organisés. A cette époque, ceux des Instituteurs ou Maîtres qui seront reconnus avoir la moralité et la capacité nécessaires, recevront une autorisation définitive".

Il sera distribué au nom du Conseil royal de l'instruction publique, des récompenses honorifiques et pécuniaires aux Instituteurs et des prix aux élèves des écoles qui se distingueront par leur succès dans l'étude de la langue française.
Tout Instituteur devra rédiger par écrit et en français, son plan d'étude, en ayant soin d'indiquer la grammaire et les exercices en usage dans son école. Il sera fait une inspection à la suite de laquelle aura lieu la distribution des récompenses aux Maîtres (médailles d'argent portant l'effigie du Roi et un don pécuniaire de cent francs) et des prix aux élèves (bons livres d'histoire, de morale et de religion).
La commission chargée de faire subir un examen sur la langue française à tous les élèves ecclésiastiques a tenu sa première séance le 19 juillet 1821 à Ajaccio.
Les résultats sont les suivants:
- Approuvés :
MM. Carusci Vincent (Bonifacio); Arrighi Jean-François (Urbalacone); Poggiononvo Jean-Baptiste (Calvese); Giammarelli André (Lano): Fieschi Jean-Felix (Petretto); Casabianca Jean-Antoine (Calvese).
- Rejetés:

MM. Leca Felix-Augustin (Arbori); Perini Xavier-Antoine (Coggia); Massoni Pierre-Marie (Orto), comme n'ayant aucune teinture de la langue française.

En 1823, trente écoles cantonales, destinées à propager la connaissance de la langue nationale vont être ouvertes pour y apprendre les principes de la sainte religion, la grammaire française, l'arithmétique, la calligraphie ou belle écriture.
A compter de 1827, la classe de Rhétorique dans chaque Collège du Département, est séparée en deux sections: la séance du matin, consacrée à la littérature moderne; la séance du soir, à la littérature ancienne.
D'aucuns ont cru qu'on voulait anéantir la langue italienne, mais il s'agissait, avant tout, de mettre en évidence les lacunes de la langue françaises dans les esprits des gens. Si l'on commence à apprendre Corneille et Racine, les poètes italiens Vittorio Alfieri et Pietro Metastasio ne sont pas oubliés pour autant.
L'Ecole Normale Primaire est créée à Ajaccio en 1829 pour les Instituteurs déjà en exercice, afin qu'ils puissent maîtriser l'instruction.
Au collège de Bastia, la distribution des Prix du premier semestre de l'année scolaire 1828-29 donne les résultats suivants :
Prix d'excellence,
Philosophie Antoni Antoine
Mathématiques Antoni Antoine
Rhétorique Multedo Jean-Luc
Seconde Fabrizi Fidel
Troisième Filippi Antoine
Quatrième Sagnier Joseph
Cinquième Marchal Charles
Sixième Sagnier Antoine
Septième Piazza Joseph-Antoine
Langue française 1 ère section Filippi Jean
Langue française 2 ème section Guasco Henri-Raphaël
Langue française 3 ème section Sisco Dominique

Pour bien prouver que l'enseignement est une affaire sérieuse, par jugement du Tribunal correctionnel de Bastia, en date du 7 avril 1829, "le nommé Taddei Jean, laboureur demeurant à Ortiporio, a été condamné à 100 Frs d'amende et aux frais, pour avoir tenu école et enseigné publiquement sans être pourvu de l'autorisation nécessaire".

En 1838, le département de la Corse, cessera d'être compris dans la circonscription de l'Académie d'Aix et formera une Académie à elle seule. Elle sera composée d'un recteur (traitement de 5000 Frs), d'un inspecteur (2000 Frs) et d'un secrétaire (1500 Frs).
Cette année-là, un an avant sa mort, le Cardinal Fesch propose de fonder un établissement d'études supérieures (sciences, arts, physique, bibliothèque...) à Ajaccio. Le collège Fesch verra ainsi le jour en 1845 célébré en grandes pompes.
L'ouverture de l'école Paoli à Corté, a lieu le 4 janvier 1848. Le recteur, entouré de l'inspecteur général Ozaneaux, du directeur de l'école, du sous-préfet, du maire et du curé Castelli, a rendu un vibrant hommage à l'illustre grand-maître de l'Université, Pascal Paoli par une louange glorieuse du héros national.
En 1849, l'Assemblée Nationale, reconnaissant le faible salaire des instituteurs, porte leur traitement à 550 Frs. Cette augmentation donne le droit et impose le devoir de se montrer plus sévère dans le choix des instituteurs primaires.
Toujours en 1849, une seule élève (Melle Pozzo di Borgo) est candidate au Brevet Supérieur. Elle a été reçue. Il y a 35 candidats au Brevet élémentaire (le BEPC d'aujourd'hui), 17 seulement sont conservés après la première épreuve.

 

 

Raymond Mei
Publié le 11 frévrier 09




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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