Café littéraire du 22 mai 2010

Spécial "Parc de Saleccia "

 

Interventions prévues à partir de 16h30 :


Joëlle :

La peinture à Ajaccio, de Pierre-Claude Giansily
Bassoul - Canavaggio - Frassati (1890-1950)

Anne-Xavier Albertini :
L'Arabe d'Antoine Audouard
Pierre-Louis :"Des fleurs pour Algernon" de Keyes

Marie-Hélène Ferrari :
" Conversation en Sicile " de E. Vittorini et Onfray/Freud

Noëlle Fraticelli : Le dernier roman de Catherine Pancol

Raymond Mei : 'Lhomme de coeur" de N .Massé Muzi

Vanina Ricci : Les âmes mortes de Gogol

Anne-Marie Albertini :
de C. Singer " Seul ce qui brûle"
, éditions A. Michel, 2006 (prix ALEF 2007)

 

 

Le choix du lieu du Café Littéraire de ce samedi 22 mai, consécutif à celui de la veille au Majestic à Bastia (ce qui démontre sans surprise la vitalité des responsables de Musanostra), s'est porté sur le magnifique Parc de Saleccia, en Balagne. Cela démontre aussi que la culture de l'esprit germe parfois de celle de la quintessence de la terre. Choix d'autant plus judicieux qu'une journée pré-estivale a bien voulu s'y convier.
L'unique parc botanique insulaire avec ses 7 hectares de flore de maquis corse et de la méditerranée resplendissait de ses multiples variétés de fleurs embaumant cette journée particulière.
Les quarante invités présents sous la pergola du Parc, qui n'en demandaient pas tant, surent tirer profit de l'occasion unique en présentant des ouvrages divers.
Des écrivains de renommée, telles M.H. Ferrari, avec "Conversation en Sicile" (Vittorini), "Affubulation freudienne" (Onfray), "Juliet, Naked" (N. Hornby) et A.X. Albertini avec "Une enfance corse" (23 participants), "L'Arabe" (Audouard), grâce à leur talent, ont su convaincre l'auditoire de les découvrir.
D'autres intervenants ont évoqué P.C.Giansily (La peinture à Ajaccio), Gogol (Les âmes mortes), N. Massé-Muzi (L'homme de coeur),C. Singer (Seul ce qui brûle), A. Devi (Le sari vert), les dernières oeuvres de Katherine Pancol...
Cette fin de journée fut marquée par un soleil couchant sur fond de côtes plongeant dans le bleu profond de la mer. Histoire de prouver, si besoin était, que la Balagne est considérée comme le véritable verger de la Corse.

 

 

 

Café littéraire du 22 mai au « Parc de Saleccia », commune de Monticellu, avant Ile rousse
Certains moments de la vie sont des états de grâce ! Nous étions ravis de nous retrouver au parc de Saleccia qui semblait fait tout exprès pour accueillir ce printemps littéraire, aux promesses de livres qui rendant heureux un lecteur donnent envie aux autres de s’y plonger. C’est un endroit intelligent où les sens sont surpris graduellement, avec subtilité et délicatesse. Odeurs en symphonies, concert de fontaines, ombres accueillantes offrant force lieux pour s’asseoir. Nous avons à maintes reprises découvert des paradis, celui-ci ne dépare pas à la collection. Malgré la distance l’assistance se découvre nombreuse, motivée. Pour arriver dans l’espace qui nous est réservé, nous traversons la boutique proposant mille objets de tentation, du livre de conseils pour jardiniers, aux tisanes et thés bio aux plantes corses, passant par les chapeaux et autres jolies choses poétiques et gracieuses, qui n’oublient pas les enfants. Il fait un temps superbe, le jus de pommes corses est délicieux, tout le monde est installé, qui va ouvrir la cérémonie ?
Marie-Hélène Ferrari, auteure bien connue de romans policiers et de Fantasy tout autant que de livres de gastronomie ou de romans dits psychologiques, est arrivée un peu en avance et, faisant le tour de ce parc de 7 hectares, s’est arrêtée ça et là pour garder le souvenir de tant de beauté ; certaines de ses photos se trouvent dans le compte rendu. Elle était resplendissante dans une blanche robe longue, fleur parmi les fleurs, mais comme toujours avec des lectures dans son cabas, argenté cette fois.
Elle a ouvert cette rencontre littéraire bucolique avec « Conversations en Sicile » de Vittorini, qu’elle relit régulièrement. (cf billet dans "auteurs/oeuvres")
« Juliette, naked » de Nick Hornby, paru aux éditions 10/18 dans un nouveau format, lui a beaucoup plu et du coup, elle voudrait qu’on le lise .
C'est l'histoire d'un couple dont le mari vit dans le culte d'un ancien chanteur et la compagne lasse de vivre avec un obsessionnel…Ca a l’air amusant et en même temps, ça fait réfléchir à son quotidien, à ce qu’on est amené à vivre pendant des années et des années !(billet bientôt en ligne)
Après Marie-Hélène, dont le dernier roman paru aux éditions Clémentine « Le trou dans le vent » a beaucoup de succès, c’est au tour de Marie-Blanche qui a beaucoup aimé « Le sari vert » de Ananda Devi, auteur de l’Ile Maurice, aux éditions Gallimard (paru en septembre 2009) ; l’histoire d’un vieux monsieur , un médecin à la retraite, qui tyrannise sa famille, grands et petits ! Sa vilenie est telle qu’on ne peut que le détester…
Catherine Pancol avec « Les écureuils de Central Park …» nous fait encore passer un très bon moment, selon Noëlle Fraticelli , qui depuis l’été dernier a découvert ces livres distrayants et où on retrouve des personnages attachants. A emporter dans son sac de plage !
Anne-Xavier Albertini, auteure des célèbres « Bar à tisanes » , de «Le journal fou d’une infirmière » et de bien d’autres textes, nous a émus et nous a donné matière à réflexion sur nos comportements avec « L’arabe » de Audouard : un homme, un « arabe » cherchant travail et paix s’est installé discrètement dans un petit village de Provence ; il a aménagé une cave, plante quelques légumes, travaille et surtout tente de toujours se faire oublier ; mais tout bascule…
Raymond Mei propose sa vision de « L’homme de cœur » de madame Massé-Muzi (cf son billet dans la rubrique « auteurs ») ; puis Anne-Marie Albertini nous émerveille avec un roman signé Christiane Singer qui s’est inspirée d’un texte de Marguerite de Navarre dans l’Heptaméron pour créer un horrible huis-clos. Le titre : "Seul ce qui brûle".

Joëlle a apporté « La peinture à Ajaccio » de P.C. Giansili (en fait le catalogue des peintres ajacciens; Bassoul, Frassatti, Canavaggio). C’est un bel ouvrage aux nombreuses illustrations ; il doit se trouver assez facilement, en Corse du moins . Il a été édité chez Colonna.

Marie-Hélène lit beaucoup ; écriture et lecture sont essentielles à son bien être et elle a apporté le livre par lequel le scandale arriva il y a peu, celui de Michel Onfray dénigrant Freud ; elle n’a pas aimé, ce fut l’un de ses deux coups de gueule ! " Le Crépuscule d'une idole". Sous-titre : " L'affabulation freudienne".

Pierre-Louis est infatigable : la veille, à Bastia, il présentait « La nef d’Ishtar » d’Abraham Merrit , là c’est de « Des fleurs pour Algernon» de Daniel Keyes qu’il avait choisi de nous entretenir ! De l’anticipation, une tragédie ; un beau livre !

Enfin Vannina Ricci, enfant de cette région, a expliqué pourquoi le roman de Gogol « Les âmes mortes » lui plaît : elle a su nous convaincre ! Cette histoire de vente des serfs mâles décédés sur les grands domaines de la Russie tsariste ne nous étonne pas ; curieux…En plus le livre qu’elle a apporté est illustré par Chagall et est édité au « Cherche midi » : encore plus de saveur!

 

 

 

 

 

 

Marie Héléne Ferrari :
"Conversation en Sicile
"
Elio Vittorini
Traduit de l'italien
par Michel Arnaud
Gallimard/L'Imaginaire
210 pages

Certains livres parlent à l'âme, d'autres non, et cela reste entièrement lié à la personnalité même de l'individu. Umberti Eco parle d'horizon d'attente, cette attente personnelle, que l'on éprouve en fonction de son passé, de sa culture, de son vécu. Je crois que les Corses sont plus à même que quiconque pour aimer ce livre et pour bien des raisons. Il est lent, très lent et s'attarde avec tendresse, respect et un peu de dérision, sur les moindres silhouettes rencontrées. Il parle d'un île qui a bien des points communs avec la Corse, et qui par bien des aspects, nous renvoie à notre existence, notre passé. Il a cette tendresse familiale très spéciale des sociétés méditerranéennes où l'appartenance est si forte. C'est un beau livre, déroutant, envoutant, agaçant parfois.
Un classique, qu'il faut prendre le temps de déguster.

 

 

 

Anne-Marie
"Seul ce qui brûle " de C Singer

Marie-Blanche qui a beaucoup aimé « Le sari vert » de Ananda Devi, auteur de l’Ile Maurice, aux éditions Gallimard (paru en septembre

 

 



Anne-Marie, Michèle, Andrea, Laurence...

Joëlle
de P.C. Giansili
"La peinture ajaccienne"

 

Pierre-Louis

"Des fleurs pour Algernon"

 

 

 

 

 

 

Crépuscule d’une idole
M. Onfray

Les écrivains se faisant boutiquiers et signant chacun de sa colorature, des ouvrages au sujet différent, mais qui disent toujours la même chose (le "moi" devant un sujet)Onfray s’est spécialisé dans le tracto pelle. Il déboulonne. La religion, par exemple, et là on avait bien vu que sa filiation avec Nietzsche était hautement revendiquée. Or, le premier crime qu’à commis Freud est la cryptomanie, il dit qu’il n’a pas lu, pas entendu, pas vu quoi que ce soit qui le renverrait à Nietzsche, alors que ce dernier avait tout compris (selon Onfray). Crime, crime crime ! Ainsi le livre présente une rhétorique très pure, assez semblable au schéma argumentatif de Victor Hugo, qui commence par la présentation de l’auteur, insistant sur sa crédibilité (je suis un surdoué, j’ai tout lu, j’ai toujours beaucoup réfléchi, vous pouvez me croire je ne suis pas un homme ordinaire etc. et.c) puis il annonce sa thèse, en dix points, pour dire dix fois que Freud est un menteur, un raciste, un etc etc…
Ensuite il développe dix fois sa thèse, et comme tout bon rhétoriqueur ne manque pas de le faire en trois parties, trois sous parties, très subtiles, mais bien présentes. Bref, parfait, rien à redire à l’exercice.
Sauf que pour qu’on adhère au propos il faut qu’il soit moins massif, moins pesant, moins marteau pilon. Chaque fois qu’on a envoyé des chars d’assaut on a créé des victimes, voir des martyres. Si la nuance avait été présente, on aurait d’avantage adhéré. Alors oui, le livre pose des questions, et suscite des discussions, ce qui est bien, mais j’aurais souhaité une attaque plus subtile, pour une opinion plus fine… Mais cela n’engage que moi (pour les points précis de l’attaque, mensonge, cryptomnésie, révision du passé, inceste avec sa famille, lire le livre)
Dernier point, je trouve réducteur de penser que démontrer que Freud n’était qu’un homme a pour conséquence que toutes ses théories étaient fausses. Alors Nietzsche était fou, et Nerval aussi et Van Gogh aussi et Musset alcoolique et et et… le génie est la transmutation du plomb en or.

(M.H. Ferrari)

Andrea a présenté "Un koala dans la tête" d'Elise Fontenaille

 

 

des fleurs, des jardiniers, et des livres

  Marie-Hélène Ferrari

Fleurs au milieu des fleurs, l'équipe de Musanostra s'est réunie dans la preuve que la poésie n'est pas réservée à ceux qui manient les mots. Le lieu ! Une merveille, je n’ai pas d’autres mots. L’intelligence de la conception de cet endroit est étonnante, et à tout point de vue. La promenade est conçue pour que les yeux du voyageur s’étonnent graduellement et que le plaisir monte. Au début, on flirt avec la Toscane, ces rondeurs et ses pointes qui dessinent l’espace, ces alternances d’ombres et de lumière invitant à la halte sur des bancs disposés à cet effet. Des plantes étonnantes d’endroit en endroit. Et puis première surprise, un jardin de rocaille à couper le souffle. Des explosions de couleur comme du corail malade, sentiment d’assister à une sorte de miracle, d’être tombé pile au bon moment. Les gens qu’on croise enchantés, émerveillés, on se sourie. La promenade se poursuit, on monte lentement, après avoir longé deux plans d’eaux aux énormes poissons irisés, une libellule énorme vrombit. Deuxième extase, ne riez pas ! Oui, extase ! Quatre espaces en points cardinaux cernés par des murs de granit, au creux desquels s’épanouissent quatre couleurs sous diverses variantes florales. Et puis la surprise de partout on entend l’eau ruisseler, elle fait ses gammes, des bancs sont installés sous une ombre hospitalière, le concert est pour celui qui sait écouter le silence. Chut les touristes !
Après la rencontre, chaleureuse, drôle, vivante, foisonnante comme savent les organiser ceux de Musanostra, qui n’ont pas que le goût des lieux, des mots, mais aussi celui de l’amitié. Un moment long, passionnant, Raymond a parlé des livres présentés, quelques fous rires, quelques grondements, des dames en chapeau s’interrogent… et quels seront les titres des prochains Pancol?
A tous un grand merci. ( photos de M.H.Ferrari)




 

 

 

 

 





 

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