cafe


Nous avions rendez-vous à Piedicroce entre 14 et 14h30, histoire de ne pas en perdre en chemin en allant vers Carchetu, pas trop bien indiqué quand même ; un beau soleil ce jour-là, un samedi ! Quelques-uns avaient
déjà rencontré notre hôte, d'autres le connaissaient particulièrement parce qu'il est de leurs proches et tous nous assuraient qu'il ne fallait pas tarder, eux avançaient déjà, tout au bonheur de retrouver un fantastique village et des gens exceptionnels ! Nous on a attendu et guidé le plus grand nombre et vers 15 heures nous étions tous réunis au fond de ce petit village, aux tours de Tevola, sur une placette (cf photos) où Jean-Claude, entouré des siens, a fait à chacun un accueil très amical. Après un petit tour dans ce microcosme du coeur du village où chaque pas conduit à rester bouche bée, nous sommes entrés dans la demeure des Rogliano, réchauffée par un feu magnifique; sur la grande table, victuailles en tout genre, boissons ; un bon café et le café littéraire a pu commencer, nous tous confortablement installés dans le grand salon familial d'où la vue sur les montagnes est panoramique.

 


 

Jean-Claude Rogliano est un conteur ; comme Antoine Ciosi, quand il parle, on l'écoute. Que ce soit en corse ou en français, il possède le mot juste, il sait imposer son verbe, sa pensée : son dernier ouvrage
consacré à Théodore de Neuhof "Les mille et une vies de Théodore, roi de Corse" chez J.C.Lattès éditions connaît un grand succès tant en librairie, dans les médias qu'au cinéma puisqu'Hollywood s'en empare ! Avec passion notre hôte a révélé un peu de la complexité et de la force
de ce personnage qui a réussi à mettre en oeuvre l'idéal des Lumières. Ce livre se lit d'une traite, comme bon nombre des oeuvres des Rogliano : je pense bien sûr à l'inoubliable Mal Conciliu qui ne doit
pas masquer l'évolution de cet homme écrivain et militant pour qui, notamment, la symbolique régit la vie et donc la praxis. Pour lui par exemple le Mazzeru est politique ; il participe à la vie de la cité ,
la polis et doit être à ce titre présent là où a priori, de façon passéiste, on ne l'attend pas !
Visa pour un miroir, son excellent livre malheureusement épuisé (espérons une nouvelle parution) traduit bien son engagement ! Pour être plus exhaustif dans la présentation de ce grand monsieur qui nous a tous conquis,
je vous laisse lire la bibliographie préparée par sa filleule, Maryline :


 

A stregha

 


 






Joseph, Agnes, Jean-Claude...

 



 

 

 

 



Stéphanie, Jean-Claude




une des tours de Tevola


Joseph, Camille, Jean-Claude...

 



 

 


 

 

Jean-Claude et Pierre-Louis



Camille, Anne-Marie, Fabienne






"J'ai été touchée par la grâce en ce samedi 07 novembre où j'ai entendu parler pour la première fois de "l'étrange dans la littérature corse" :
D'abord, parce que c'était EUX :
- le maître des lieux, M. Rogliano et toute sa famille, si gentils, si touchants;
- la maîtresse de cérémonies, Marie-France , si professionnelle, si accessible;
- les intervenants qui ont su partager leurs coups de coeur : coup de coeur pour les livres, coup de coeur pour ceux qui les écrivent.

Ensuite, parce que c'était LA :
Un feu qui crépite dans la cheminée, un enfant qui prend la têtée, dehors on le sait, les chataigniers sont là et le lierre grimpe sur le mur de la vieille batisse.
Un moment dense - à renouveler"


Martine Le Cam

 

 

 

 

Une vue magnifique sur nos montagnes

 

Maryline présentant le fameux manuscrit de J.C. Rogliano "Mal'concilio"

"avec Mal Conciliu
on entre dans le secret de la Corse tourmentée, on devine des siècles
d'héritages de tous ceux qui sous nos pieds nous parlent...Le fou, le
marginal, connaît des vérités dérangeantes car il lit l'inédit et
passe d'un monde rationnel à un autre, dont les frontières sont si mal
définies. Pas si fou, donc, juste un peu différent ! Il émeut car il
est fragile et épris de justice mais effraie car il est fort et semble
protégé; il adore la belle Lesia, la fille d'un riche propiétaire et
comme la jeune fille a soif de comprendre ce qui se joue dans
l'univers, elle choisit ce jeune homme, ce messager, pour lui
permettre d'appréhender l'Ailleurs...
C'est sous le châtaignier au nom inquiétant "Mal conciliu" ,si souvent
asile pour le fou, que ces 2 êtres, incompris et assoiffés de
connaissances que nul ne peut leur apporter, se retrouvent . C'est un
roman d'initiation et la fin vous surprendra
"

Paul V.

 





Première intervention


J’ai choisi deux genres littéraires différents de la production insulaire pour montrer à quel point ce thème est transversal et diachronique :
Le roman policier de M Hélène Ferrari LE TUEUR DE DOULEUR et
L’essai de Roccu Multedo LE MAZZERISME UN CHAMANISME CORSE.


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LE TUEUR DE DOULEUR de Marie Hélène Ferrari


Armand Pierucci est commissaire de police à Bonifacio :
la cinquantaine, le verbe haut, aimant la bonne chère et les femmes ; ce personnage truculent , jovial et rodé à la mentalité insulaire, va devoir élucider une série de crimes atroces, mis en scène avec ostentation, qui vont le faire basculer dans une autre dimension, celle de l’horreur et du fantastique ;
Tout commence par des fièvres, des rêves violents et glauques qu’il doit apprendre à décrypter : en fait, il devient « mazzeru »… Rien de moins !
Et pire … au fur et à mesure de ses « chasses » nocturnes et des indices volontairement semés par le meurtrier, il découvre qu’il est lui-même la clé de l’ énigme.

Ce cartésien dans l’âme va devoir oublier ses convictions d’être bien pensant et connaître ainsi la peur, le doute et la culpabilité. Ses certitudes s’effacent à mesure qu’il devient le jouet de forces occultes car
ses rêves vont lui révéler le lien entre le présent , la réalité , la folie d’un homme et l’histoire des « ghjuvannali », ( Société secrète née au 15ème siècle à Carbini composée d’hommes et de femmes, des croyants au cœur pur qui avaient fait vœu de pauvreté et qui oeuvraient seulement à répandre la foi ;apparentée au catharisme, persécutée et réprimée de manière impitoyable par l’église romaine officielle qui n’y voyait qu’ hérésie, son histoire s’est transmise oralement, laissant libre cours à un imaginaire collectif qui l’a plus ou moins diabolisée ).

J’ai aimé ce roman pour plusieurs raisons :
Le registre fantastique mêlant la réalité au surnaturel et servi par la surprenante simplicité de l’écriture ;
La progression du récit : au départ kaléidoscopique, il revêt au fil de la narration, une cohérence implacable.
L’évocation d’une corse médiévale et mystérieuse souvent méconnue;
Les personnages soumis à la fatalité rattrapés par leur passé.
Le tout, saupoudré d’un zeste d’ humour et de psychanalyse.

En bref, on lit un roman policier sombre et fantastique qui contient tous les ingrédients d’un vrai polar : Tout participe d’une atmosphère inquiétante où le lecteur, en même temps que Pierucci plonge par degrés dans un malaise oppressant.





LE MAZZERISME, UN CHAMANISME CORSE de Roccu Multedo

Cet ouvrage est l’une des références de la littérature insulaire en matière de mazzérisme : il permet aux profanes dont je suis, de mieux cerner le sujet, ensuite… à chacun de se forger une opinion… car il faut un temps oublier ses convictions rationnelles…
Car on nage en plein fantastique, dans la mesure où la réalité devient elle-même le support de l’étrange et de l’inexplicable : le mazzeru est un voyant, c’est un homme ou une femme qui a le don de voir en rêve la mort imminente de quelqu’un : C’est un chasseur qui découvre le visage de la personne qui va mourir dans la gueule de l’animal qu’il vient de tuer.
Mais mon propos est si réducteur par rapport à la richesse de ce texte !
En fait, on apprend ici l’essentiel :
Ce qu’est un mazzeru, comment on le devient et pourquoi, selon quel(s) rite(s), quelles sont les particularités et les singularités des pratiques d’une micro région à l’autre, d’un village à l’autre ; mais aussi combien le thème est universel et intemporel, d’où les nombreuses comparaisons avec d’autres cultures, pays ou époques.
Cet essai, est un véritable ouvrage didactique : les expériences personnelles, les témoignages divers alliés à la sobriété du propos en font, selon moi, LA référence en matière de mazzérisme

Anne-Marie Albertini

 

 

 

 

 

 

Intervention de Patricia Pringuet

"Croyances-corses.net" de Jean-Louis Moracchini est l'adaptation française,réalisée par l'auteur,du recueil de nouvelles"www.mazzeri.com",publié en langue corse en 2004 aux éditions Albiana.Cet ouvrage a reçu le prix de la Collectivité Territoriale de Corse.

Pourquoi une telle modification de titre pour l'adaptation française? Le mot de "mazzeru" est hermétique pour les gens de l'extérieur de l'île,et difficile,voire impossible à traduire.Ce changement a donc permis d'élargir le "cercle de lecture" aux non-initiés!De plus,ce titre(qui est aussi celui d'une des sept nouvelles du recueil) est peut-être d'avantage représentatif du contenu global de l'ouvrage,qui évoque de nombreuses croyances magico-religieuses de Corse,et pas seulement les mazzeri.
Donc,un titre moins identitaire et percutant mais plus marketing? Une comparaison des textes en corse puis en français serait intéressante...

Ces nouvelles,de longueurs diverses,s'inscrivent plus ou moins dans le registre du fantastique (Errances),du réalisme magique (La compagnie des Mazzeri),voire même du merveilleux(Un cortège dans la brume).L'anticipation (croyances-corses.net) et l'absurde (Harry) sont également utilisés,avec beaucoup d'humour et d'autodérision.On apprécie la grande érudition de l'auteur,son analyse fine et fortement teintée d'ironie du microcosme universitaire (Droit de première nuit;Barzakh).De nombreuses interrogations surgissent sur la société corse,ses ambiguités,ses inquiétudes,ses incertitudes.

S'il fallait en choisir une? Pour moi ce serait "Un cortège dans la brume":

Le lieu:Un village inconnu,qui pourrait être le vôtre,à une époque indéterminée mais pas si lointaine.Le narrateur est apparemment un adulte,se souvenant du temps où il était un petit garçon insouciant.Avec la fillette qui deviendra plus tard sa femme,il réussit,un matin à "capturer" le brouillard,que personne n'a jamais vu,et à le ramener dans une boite.Mais le brouillard s'echappe et va peu à peu tout recouvrir,isolant le village du monde,le plongeant dans l'oubli,comme le Temps inexorable où se brouille toute mémoire.

"Nous étions des dupes,nous avions attendu,attendu,en pensant que tout irait mieux le lendemain,mais le temps qui passait était notre ennemi...
Je me rendis compte à cet instant que le village allait s'éteindre et que je ne le verrais plus!"

Et votre village? Laisserez-vous le brouillard l'engloutir?

 

 

 


Danielle Rogliano

Recettes Corses De Nos Grands-Mères - Ricette Corse Di È Nostre Mammone

 

 

 

 

 




Stephanie Padovani


 

 



Cosu nostru
J.P. Arrio

Ce livre est un roman policier écrit par Jean Pierre Arrio et édité par Albiana dans la série "Nera". Son originalité tient au fait qu'il traite de deux phénomènes très importants dans la vie des corses: les croyances, à travers le mazzérisme et la politique. La fiction se déroule à Ajaccio.
Mais entrons dans le vif du sujet: Battì Stellini est un inspecteur de police, il est en proie à une terrible angoisse puisqu'il vient de rêver de son grand ami Paulo et le mazzeru qu'il est, sait bien que son ami n'a donc que quelques jours à vivre. La maladie, un accident? Non, après enquête et filature Battì comprend que c'est l'assassinat qui mettra fin à l'existence de Paulo.Mais quel peut bien être le mobile de ce crime? L'inspecteur va tout mettre en oeuvre pour conjurer le sort mais peut on réellement échapper à son destin...? A partir de ce moment nous voici plongés dans toutes les intrigues politiques qui secouent malheureusement la corse: dérive mafieuse, agissements pervers du pouvoir visant à déstabiliser et impliquer les nationalistes...
Suspense, fiction et réalité sont ici étroitement liés.

 





Anne, Maryline


 

 

 

 

Josette Taddei

A Sposata

La légende de la sposata est tirée de l'oeuvre Contes et légendes de Corse écrite
par Jean -Claude et Agnès Rogliano et édité
aux éditions France empire paru en 2000.

Il y a très longtemps, dans le village de Murzu vivait une jeune fille très belle, Milena, dont le coeur était aussi dur qu'une pierre. Elle méprisait sa misérable vie aux côtés de sa mère Signora Maria Madessa. Un jour, qu'elle revenait d'aller chercher du bois dans la forêt, elle annonça à sa mère sa rencontre avec un sgiò de la Cinarca Luciano De Tellano qui désirait l'épouser. La mère, ravie par cette nouvelle, approuva avec grande joie cette union. C'est ainsi que le mariage se fit dans la hâte et sans la présence des villageois.En quittant l'église, le cortège avait fait un détour par sa maison pour que les serviteurs puissent charger sur les mulets la malle du trousseau. Alors que le cortège s'enfonçait dans la montagne, Milena se rappela qu'elle avait oublié le racloir de pétrin.Sur le champ, Saveriu, un serviteur, fut envoyé récupérer cet ustensile. Arrivé devant la demeure de Signora Madessa, celle-ci pensa que sa fille prise de remords avait chargé Saveriu de la conduire elle aussi au château pour prendre part aux festivités. C'est à cet instant que Saveriu lui donna la raison de sa venue. Signora Madessa, dans un élan de rage et de désespoir, sortit sur le seuil de la porte et envoya une malédiction en direction du cortège: "O cattiva figliola, chè tu sia petrificata". Dans un ciel sombre et menaçant la mariée et son cortège furent changés en statues de pierre.
Si vous allez à Vico, regardez la montagne du Libbiu où dort à jamais la mariée...

 

 

 

 

 

Marie Limongi-Marchetti

La Mazzera, André-Jean BONELLI, 2002
préfacé par Roccu Multedo


Si vous vous intéressez aux croyances ancestrales et que vous êtes un peu mystique ou si vous avez une grand-mère corse et que vous croyez à l’ochju, si vous voulez en savoir plus sur les mazzeri ou si, tout simplement, vous avez envie de lire une jolie histoire située dans l’Alta Rocca, La Mazzera de André-Jean Bonelli répondra à vos attentes. Il s’agit en effet d’un roman initiatique - à tous les sens du terme – qui raconte l’histoire de Roccu, mazzeru et donc rêveur de chasses nocturnes, qui voit en songe sa propre mort et celle de sa fille, Laetizia, qu’un destin inéluctable autant que précipité appelle soudain à lui succéder. La jeune fille ne possédant pas les rudiments du mazzérisme part donc, accompagnée d’un mentor, les acquérir auprès d’une mazzera expérimentée et experte en magie blanche…

J’ai apprécié la lecture de ce court roman-témoin sans prétentions littéraires et dont la dimension fantastique est finalement assez mesurée et conforme à la tradition.

 

Piedicroce





Maryline, Agnés, Fabienne en grande discussion!

 

 

 

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