
"Sylvie, ou comment S. écrire"
A.L. Bindi
Après "Adresse au père" en 2007 et "Elle" en 2009, A.L. Bindi vient de faire paraître aux Editions l'Harmattan "Sylvie, ou comment S. écrire".
Le titre en lui-même intrigue par sa nature. On y retrouve la personnalité de l'auteur empreinte de subtilité, de jeux de mots.
Le roman est une succession de lettres adressées à Sylvie. Cette correspondance se fait à sens unique. Mais l'auteur donne l'impression d'effectuer un échange épistolaire avec sa correspondante. La chute de chaque lettre revêt un caractère important puisqu'elle fait la synthèse du thème développé.
L'auteur nous livre ainsi le fond de sa personnalité bien ancrée, ses angoisses, ses attentes, ses besoins, en un mot sa rage de vivre. Avec ses très nombreuses questions, souvent sans réponses, il pose avec acuité le problème de l'existentialisme. Tantôt il développe les chemins traditionnels qui mènent à la tranquillité intérieure, tantôt il s'agit de tensions, de révoltes, de discordes, de rébellions dont le but est identique. Celui de la quête de vérité.
Beaucoup de métaphores pour illustrer les sensations et sentiments des personnages. Une recherche permanente de soi; du sens de l'existence, du destin, de l'apaisement du corps, du bien-être.
Au travers de ses lettres, les pensées philosophiques de l'auteur nous transportent au-delà du réel, dans un monde où la soif de comprendre prend le dessus. Le désir de savoir, de trouver des réponses aux sempiternelles questions de la vie. L'écriture pour lui est une des solutions pour apaiser ses angoisses. Il s'y réfugie avec frénésie. L'être humain doit donner sans répit ce qu'il porte en lui.
Pas tout ne s'explique. Tout advient. Cette idée de destin, de voie tracée se retrouve souvent dans ces correspondances.
Qui est réellement Sylvie ? Cette amie qui est tout pour l'auteur? Elle est à la fois sa confidente, son double, son amour, sa soeur, son alter égo...
Le bonheur est par essence le but à atteindre pour tous. Pour l'auteur il est un mélange de rêves, de souvenirs d'enfance, de nostalgie. Mais surtout, l'espoir est présent partout dans cette oeuvre. Espérer c'est être convaincu que seul compte l'instant à vivre. Sans se poser de question, sans rien attendre...Il faut, dit-il, accepter d'aimer la vie, la vivre pleinement avant de la comprendre. sans se soucier du côté matérialiste des choses.
Un livre qui nous permet en somme de nous interroger sur le dépassement de notre conditionnement, de notre pensée; sur la façon de sortir des voies toutes tracées. La vie est un risque qu'il faut prendre pour la vivre pleinement.
Il s'agit donc d'une oeuvre profondément psychologique où le développement personnel et la philosophie ont toute leur place. Une oeuvre empreinte d'amour et sagesse de l'existence humaine. Une oeuvre de recherche de vérité, du sens de la vie, du bonheur, de la réflexion de la pensée.
Par la diversité des sujets, l'auteur nous permet de comprendre que nos dispositions naturelles sont un trésor, certes, souvent enfoui sous les idées convenues depuis notre plus tendre enfance. Mais un trésor constitué par notre être réel qu'il nous faut apprendre à connaître. Il analyse les certitudes, corrige les évidences trompeuses, les erreurs d'interprétation.
Cette critique rationnelle, cette volonté permanente de démontrer par la déduction, permettent de nourrir une réflexion philosophique dans ses retranchements les plus profonds.
Ces lettres nous enseignent une manière de vivre; de se comporter concrètement afin de tendre vers la sagesse, le bonheur.
Chacun d'entre nous devrait s'inspirer de cette "manière de vivre" pour peut-être tendre à ce bonheur d'être soi-même.
Chjara.M.Chjara août 2010