SUITES IMPERIALES,
BREAT EASTON ELLIS


Je connaissais American Psycho de Bret Easton Ellis, véritable livre « générationnel », situé dans les années 80, et relatant l’histoire d’un jeune yuppie de Wall street doublé d’un tueur psychopathe ! Je n’ai jamais lu un livre aussi violent et je dois avouer qu’il m’a fallu sauter les ultimes scènes de torture pour parvenir à la fin de l’ouvrage. Mais il est indispensable d’aller jusqu’à cette fin, pour pouvoir procéder ensuite à une relecture et réinterprétation du texte. La rentrée littéraire de septembre, marquée notamment par la sortie du dernier roman de B.E. Ellis, Suites impériales, me donnait l’occasion de me replonger dans l’univers de cet auteur. Avant d’entamer cette lecture, j’étais partagée entre fascination et appréhension …

Suites impériales est la suite du premier livre d’Ellis, Moins que zéro, publié en 1985, à l’âge de 21 ans. On y retrouve donc les mêmes personnages : les étudiants nantis et désœuvrés qu’ils étaient sont devenus …. des adultes nantis et désœuvrés ! Bref, les personnages n’ont pas grandi. Clay, le narrateur, écrivain et scénariste, revient à Los Angeles après avoir passé quelque temps à New York. Il retrouve ses anciennes connaissances et se met à fréquenter une jeune actrice, Rain Turner, prête à tout pour obtenir un rôle dans le film dont il est le scénariste. Le retour de Clay à Los Angeles vire rapidement au cauchemar : il est en effet plongé dans une sorte de complot, avec SMS anonymes, filatures, réseau de prostitution et meurtres ignobles. Pourquoi en veut-on à Clay ? Qui est cette Rain Turner, insipide en apparence, mais désirée par tous ? Qui manipule qui ? A quelles fins ? Le lecteur est plongé dans l’univers noir du polar (en exergue, se trouve d’ailleurs une citation de Chandler) et il comprend rapidement qu’il n’existera pas d’issue pour ces personnages finalement tous monstrueux.

C’est un roman qu’on lit vite : l’écriture est efficace, enlevée, découpée en petites séquences. Ellis maîtrise l’art du dialogue. On pourrait reprocher à l’auteur de céder à une certaine facilité en ressassant les stéréotypes hollywoodiens. On est à Los Angeles et on y retrouve tous les éléments attendus : l’alcool, la drogue, le sexe et surtout la vacuité ! Des stéréotypes, oui - qui plus est, très présents dans la littérature américaine ou les séries dont je suis, pour ma part, nourrie - mais renouvelés par l’écriture de B.E. Ellis et qui viennent servir le propos du livre. Au-delà de ce qui peut sembler superficiel, se cachent des indices destinés à nous permettre d’appréhender ce propos. Il nous est partiellement dévoilé lorsque le narrateur décrit l’un des personnages, auteur d’un livre sur ses amis et lui lorsqu’ils étaient jeunes, allusion évidente à Moins que zéro : « C'était simplement quelqu'un qui flottait au milieu de nos vies et n'avait pas l'air gêné par sa perception stéréotypée de chacun de nous ou par le fait qu'il dévoilait nos échecs les plus secrets au monde entier, préférant glorifier l'indifférence juvénile, le nihilisme rutilant, donner l'éclat du glamour à toute l'horreur du truc ». Les mises en abyme constantes, les difficultés, voire l’impossibilité, à faire la différence entre la fiction et la réalité, les interrogations sur la part autobiographique du roman et finalement l’absence de réponse  à toutes ces questions, en complexifiant la lecture du texte, constituent l’intérêt du livre. On comprend que les livres d’Ellis aient souvent été rapprochés de l’univers du cinéaste David Lynch.

Le miroir qu’il nous tend est d’une incroyable noirceur : il n’y a pas d’issue, aucun être humain ne semble pouvoir en racheter un autre. Dans une sorte d’acmé, le livre se clôt sur une scène ultra-violente qui peut sembler inutile, mais qui amène finalement sur la question centrale posée à la fin du livre : « Où vit le diable ? » …


Bénédicte Savelli Novembre 2010


 

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