Métamorphoses d'un mariage
Sandor Marai Paru chez Albin Michel
Traduit du hongrois
Ceux qui aiment l'écriture et la couleur "Europe de l'Est" de l'oeuvre de Stefan Zweig, qui ont lu avidement La confusion des sentiments ou 24 heures de la vie d'une femme apprécieront ce livre d'un auteur hongrois né en 1900 qui s'est donné mort en 1989 aux USA, encore peu connu en France, auteur culte de la jeunesse de Budapest et de son pays.
Sandor Marai livre dans son roman la même histoire, racontée à des moments et en des lieux différents par les personnes qui l'ont vécue : tout d'abord c'est le récit d'une solitude à deux que livre l'ex femme d'un client de la confiserie où elle s'est installée avec une amie à l'heure du thé ; choisissant pour une autre les meilleurs friandises, il ne la voit pas et elle se dit "guérie" et prête à expliquer comment elle a été acculée à la séparation d'avec celui qu'elle aimait. Elle évoque, ce qui ne peut que rajouter à l'humiliation, l'autre femme, sa rivale toute puissante, son absence d'élégance, sa position d'ancienne bonne au service de leur famille.
Plus tard la narration reprend, avec les mots du mari ; sa situation a été tragique et la raison est impuissante à rendre heureux, bien souvent ; il analyse, presque trop froidement, les facteurs de son changement radical de vie et pose sur les femmes de sa vie un regard sans aménité.
Vient le tour de la deuxième épouse,libérée à son tour mais qui, vieillie, semble avoir perdu tout discernement parce qu'elle aime enfin un petit profiteur et qu'elle lui dit tout, rêvant sans doute d'un retour aux sources, d'une innocence nouvelle....Ainsi peu à peu le drame de ces bourgeois de l'entre deux guerres se joue, rétrospectivement.
L'auteur a dit combien il avait subi l'influence de Dostoievski, compris les douleurs et interrogations exprimées par ce maître ; sans doute faut-il y ajouter l'apport des études de S. Freud qui lui permet de traiter avec brio un sujet apparemment si rebattu et banal, de surcroît.
