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Un diamant brut de Yvette Szczupak-Thomas
éditions Métailié Paris 2008
Ce livre m'a attiré, par son titre, plutôt précieux, par le drôle de nom imprononçable de l'auteur, dont je n'avais jamais rien vu ni lu, qui s'étalait en lettres capitales blanches ; en plus l'inconnue prétendait vendre une autobiographie et j'ai trouvé ça osé, impudique, prétentieux.... Mais finalement je l'ai posé dans mon charriot de supermarché parce qu'il y a sur la couverture une photo de belle jeune fille, aux cheveux clairs et raides qui, comme elle le dit elle même à un moment donné de cette oeuvre, ressemble à Madeleine Sologne, la blonde pécheresse de "l'éternel retour"qui ne savait résister au jeune amoureux chargé de la garder.
On apprend vite à saisir entre les lignes sa souffrance, on devine son désarroi, fillette sans parents qui cherche à s'attacher à des êtres qui l'aimeraient mais qui va connaître, du fait des incohérences assassines de l'Assistance Publique, chargée de l'amener à ses 14 ans pour la placer au travail, des mamans d'amour (comme Blanche, affectueuse et jamais oubliée), des mamans monstres (Germaine et sa haine de l'humanité), jusqu'à ce qu'un couple d'éditeurs parisiens décide de l'adopter, presque sur un coup de tête, comme on fait une fixation sur un bel objet, parce qu'ils l'ont vue travaillant dans une cour de ferme, qu'elle est belle, sans famille, qu'elle a un beau coup de crayon, qu'elle parfait la panoplie du couple branché des années précédant la deuxième guerre mondiale.
A Paris, ces intellectuels esthètes n'en finissent pas de travailler à l'élaboration du prochain numéro de leur revue d'art, ce qui les occupe ; le "père", M.Zervos, riche grec, cynique et égoïste, a du goût et reçoit les peintres importants de l'époque, les aidant ; il héberge Picasso, que la jeune fille va adorer tant il est franc, solaire, original et talentueux, puis d'autres, amis et rivaux, peintres, poètes, mégalo, orgueilleux, toujours exceptionnels. C'est le Paris artiste, aux amours outrés, aux relations terribles telles celle d' Eluard et Nush qui ont habité quelques temps chez les Zervos et qui sont décrits d'une façon étonnante, (ce qui casse quelque peu le mythe pour ceux qui, comme moi, ont adoré les poèmes dédiés à la belle étrangère brune, tôt disparue, qui ne pouvait faire oublier Gala, la traîtresse partie avec Dali).
Malheureusement, la petite fille à qui on donne un étage (ses quartiers), qu'on laisse s'ennuyer des heures durant, dont on néglige parfois l'éducation, qui aime dessiner et étudier, ne réussit pas à tisser un lien suffisamment fort avec ceux qu'elle veut aimer comme des parents et qui la voient comme le bel accessoire, docile et agréable, qu'on ne regrette pas d'avoir acquis, sauf lorsqu'elle se mêle de faire venir chez eux, les Zervos, si riches, si connus, à la maison si grande, qui recoivent tant...alors qu'il est laid, ce petit frère, presque simple, parce qu'on l'avait mille fois tué. Et puis il y a d'autres soucis, d'autres malheurs, la perte de bien des illusions, l'abus, la prise de conscience d'être un pantin dans un monde malsain, sans aucune protection car tous l'utilisent à leur façon...
Bien écrit, poétique, dur et à la fois intéressant puisqu'il nous fait découvrir autrement notamment le grand René Char, Fernand Léger ou le fougueux Miro, ce livre est celui d'une femme qui semble avoir gagné sa guerre sans aide, avec ses armes, forte, droite, intelligente ; pour oublier les drames de l'enfance, entre maltraitances morales et physiques, elle s'est faite poète et peintre, elle a changé de religion et a fini sa vie dans une certaine sérénité en Israel qui véritablement l'avait adoptée, elle la petite française au certificat de conversion n°6. Pour une autobiographie, c'est par bien des côtés convenu, versant un peu dans le pathos ; pour des mémoires, il y a à apprendre par le regard et la mémoire de l'ancienne enfant qui a connu de grands créateurs ; oeuvre inclassable, prose poétique souvent, un style, un rythme qui s'adapte aux évocations. J'ai bien aimé, même si je préfère d'autres genres, et j'aimerais voir quelques unes de ses toiles, puisque l'auteure, dès le début, parle de son coup de crayon et dit enfin qu'elle peint..
P. F. 09-08
auteurs