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L'univers de Barbara Pym

 

Chez 10/18"Domaine étranger" sont traduites peu à peu les oeuvres de cette anglaise qui surprend en ne racontant pas grand chose mais en le faisant si bien ; des quadragénaires se résignent à la médiocrité ou à la solitude, d'autres résistent en cherchant auprès du jeune nouveau pasteur fraîchement affecté par ses supérieurs, dans sa petite cinquantaine, un peu de réconfort qui tarde à venir...


On promène en petits groupes ou à deux dans la campagne, à la recherche de papillons ou pour déclamer quelques vers ; dans de jolis salons dont les tentures et autres tissus sont la fierté des habitants, on livre au crépuscule ses considérations sur la vie et la mort, l'Etiquette et son respect, l'attitude attendue d'un homme d'église, tout cela autour - of course - d'une tasse de Ceylan, de plateaux fleurant bon le scone ; les demoiselles de compagnie, ni les égales de ceux qui les rémunèrent, ni domestiques, nous étonnent par leur sereine acceptation de leur statut bancal, pour nous inadmissible, pour elles finalement rassurant.

Lorsque "l'intrigue" se déroule à Londres, le lecteur suit la vie de personnages médiocres qui se rendent tels mister Bean à leur bureau et regagnent au crépuscule leur petite maison bien insignifiante et leur terrible solitude ; pour tromper le temps, on fait ses comptes, désespérants souvent, on épie ses voisins, on rend des livres à la bibliothèque, on fait des projets d'amélioration de son intérieur... Le Londres décrit est étonnamment crédible, médiocre et singulier à la fois.

La fuite du temps, la frustration affective, la hiérarchie sociale et ses effets dans ces coins perdus de province où l'on fait toujours partie d' une paroisse, jamais loin d'un clocher...Voilà ce qui fait le sujet et le charme de ces romans presque sans intrigue.

Lisons pour mieux appréhender cette oeuvre un extrait de critique* parue à l'occasion de la traduction, à l'époque aux éditions Christian Bourgois, de Les ingratitudes de l'amour * :

"On y retrouve son art d'assaisonner le quotidien comme personne, de donner du piment aux pires banalités, de créer un certain suspense dans des vies qui n'en connaissent aucun, sans oublier la pointe d'humour sans laquelle la littérature anglaise serait plus fade" *.

mf BC (mai 08)

* publié en 1961 en Angleterre ; traduit en français en 1988

* Pascale Frey ; in La Tribune de Genève

* quatrième de couverture ; donnez votre avis sur le forum ou ici

Extrait de Les ingratitudes de l'amour, 10/18, domaine étranger. p.37

"La femme qui l'aidait pour le ménage de la maison [...]Miss Lord était une grande vieille fille aux cheveux gris qui avait autrefois travaillé au rayon mercerie de l'un des grands magasins de Kensington. Mais elle avait trouvé les longues matinées à rester debout sans avoir grand chose à faire ennuyeuses et épuisantes, et elle s'était tournée vers les travaux de ménage, pour lesquels elle avait un talent naturel et qui ne semblait plus aujourd'hui considérés comme aucunement dégradants. Probablement à cause de son lien avec la mercerie elle vouait une passion aux petits objets et à "tout ce qui est délicat"-c'était sa propre expression-tendanceencouragée par les publicités télévisées qui insistaient énormément sur cet aspect de la vie. Elle ne s'intéressait pas aux hommes, avec leur grossièreté et leur manque de délicatesse : seuls les hommes d'église étaient épargnés, à condition qu'ils ne fumassent pas la pipe. Quant à elle, elle ne disait pas non à une cigarette à bout filtre pour accompagner une tasse de thé ou de café, et elle était justement en train d'en fumer une, tranquillement assise, pendant que Dulcie préparait du Nescafé".
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