Voyage d'une parisienne à Lhassa

Alexandra David Néel.

Le voyage, on en rêve. Il est au cœur de toute littérature.
Et qui pouvait témoigner de ce genre littéraire qu’est le récit de voyage si ce n’est Alexandra David Néel.
C’est une femme d’exception ; Non seulement elle a été une grande voyageuse à une époque où les femmes n’étaient pas encore émancipées mais aussi parce que sa vie a été passionnante et extraordinaire.
Alexandra David Néel est née en 1868 prés de Paris. Très vite elle se démarque de la rigueur bourgeoise de sa famille par un grand individualisme et une personnalité bien trempée.
Dés sa plus petite enfance  elle est fascinée par les voyages et l’ailleurs. A 15ans, elle fugue en Angleterre, à 17 en Suisse et parcourt à 18 ans l’Espagne en bicyclette.
Très intelligente, douée pour les études et les langues, touche à tout (anarchiste, franc-maçonne) elle est surtout attirée par les philosophies orientales et le bouddhisme.
Pour parfaire ses connaissances, à 23 ans,  elle part en Inde où pendant toute une année elle va non pas fréquenter les Anglais et les Maharadjas mais les sages et les ermites.
C’est une femme pleine de ressources : chanteuse lyrique appréciée, elle se produit à travers le monde d’Athènes à Saigon.
De passage à Tunis, elle fait la connaissance de Philippe Néel, ingénieur des chemins de fer, qui deviendra son mari.
Faute de vivre avec lui, elle a entretenu tout au long de sa vie, une correspondance régulière. A sa mort, elle dira que c’était son meilleur ami.
Mais Alexandra, féministe convaincue et éprise de liberté ne s’accommode pas de ce mariage et tombe dans la dépression. Seul le voyage et un départ pour l’extrême Orient peuvent la sauver.
La voilà donc en 1911 repartie pour une absence qui ne devait être que de quelques mois. Elle ne reviendra en Europe que 14 ans plus tard.
Elle visite le Japon, la Chine, l’Asie centrale. Elle étudie le sanskrit, le tibétain, la vie des mystiques.
Elle reçoit comme nom de baptême bouddhiste « Lampe de sagesse » et adopte un jeune lama,  Yongden « Océan de Compassion » rencontré à l’occasion d’un séjour dans un monastère.
Il sera tout au long de sa vie à ses côtés et  l’aidera à traduire de nombreux textes sacrés.
Alexandra depuis son séjour en Inde est attirée par « le pays des neiges », le Tibet. De ce pays fermé aux étrangers, elle en a été refoulée par trois fois.
Elle ne s’avoue jamais vaincue et relève le défi pour y entrer à nouveau et cette fois parvenir jusqu’à Lhassa.
Ce sont les souvenirs de ce voyage qu’elle raconte dans son livre « Voyage d’une parisienne à Lhassa ».
Ce récit est un véritable roman d’aventures. Pas une journée où il ne se passe quelque chose : la ruse du départ, le déguisement nécessaire à l’expédition (une vieille mère et son fils lama), les rencontres et la peur constante d’être reconnue, le vieil homme qu’elle rassure par ses prières alors qu’il va mourir, l’obligation de mendier, la traversée d’une rivière suspendue avec une jeune fille affolée quand la corde se dénoue, la marche des journées entières dans le froid, la pluie, la neige, le passage de cols à plus de 4000 mètres, un mémorable réveillon d’eau bouillie agrémentée de morceaux de cuir, la mise en en déroute de pillards présumés cannibales mais superstitieux, …
Ce voyage on le vit pleinement. Il  nous fait trembler mais nous apporte également toute une palette d’émotions et nous renseigne sur les rites, les superstitions et les modes de vie de ces populations.
Aussi, lorsque Lhassa la ville Soleil tant espérée apparaît enfin après huit mois de pérégrinations, le lecteur est aussi soulagé et émerveillé qu’Alexandra et Yongden. Pourtant une fois satisfaite de son exploit, elle avoue être déçue par la ville trop chinoise.

Monique Mondoloni



 

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