Quand le requin dort
Milena Agus éditions Liana levi

 

"J’avais comme beaucoup de monde apprécié le « Mal de pierre », le premier livre de Milena Agus, et sa rencontre lors d’une table ronde sur les femmes écrivains en Méditerranée, avait été un moment marquant. J’ai donc naturellement acheté son dernier livre
« Quand le requin dort ! »
J’ai fermé l’ouvrage, vaguement nauséeuse, et en colère.
Non parce que je suis d’une pudeur et d’une pruderie vengeresse. Nullement.
Mais je n’aime pas qu’on me prenne pour une andouille.
Pour ceux qui ne l’ont pas vue, l’auteure est une petite femme grassouillette emballée dans d’improbables robes à fleurs qui tiennent davantage du tablier que d’autre chose, je n’ai pas moi-même un goût parfait, chacun fait ce qu’il veut. Je le dis parce que le vêtement ici fait le moine, ou du moins tente d’en convaincre le lecteur.
Le fait est qu’à longueur de pages, elle répète qu’elle attend que les Autres, les siens, soient couchés, pour aller avec un cahier d’écolier, noircir des pages sur un coin de sa table de cuisine en contemplant le port de Cagliari, de sa fenêtre haute. Tout, absolument tout est fait pour qu’on soit certain qu’elle est elle-même unedes femmes de son livre.
Dans le premier, le personnage de la simplette est touchant, se transformant en prostituée polymorphe le soir, pour les belles nuits de son amour. Un secret qui se découvre dans les dernières pages, déjà ce sentiment de regarder par le trou de la serrure. Mais touchant.
Ici, un état de grâce est transformé en recette de cuisine aux pâtes, sauce stupre et sang, merde aussi ; et la recette est indigeste.
Clairement l’auteur a compris que son succès était de la même eau que celui de la télé-réalité et qu’un trou de serrure rend le spectacle plus croustillant. Ainsi au lieu d’une courge nous en avons trois qui démultiplie les trois versions du sado masochisme : celui du sexe, de l’intellect et du cœur –la fille, la mère et la sœur- ces trois personnages vont jusqu’au bout de leur chemin de croix, et la fin convenue et expédiée, dit assez combien l’auteur a sacrifié au happy end qui détonne sur l’œuvre, comme une veste Dior le ferait sur ses robes.
Nous sommes les voyeurs des sévices infligés à cette gamine, décrits minutieusement et par elle-même, pour plus d’effet. La langue est pauvre, elle est celle que le point de vue interne rend obligatoire et interdit toute distance avec le sujet. Le sujet est pauvre. Depuis que le monde est monde, on a assez glosé sur la volonté de soumission et ce n’est pas La Boétie qui me contredira, pas plus que les visiteurs des sites de bondage ou autres qui font recette. Les lecteurs destinataires sont bien ciblés, l’auteur maîtrise son public et son sujet.
Moi je n’aime ni les caricatures, ni les recettes, ce plat sarde me colle mal au cœur. Parce que les ficelles sont trop grosses. Les épices trop lourdes, et le verbe plat. Les fonds de culotte ont toujours eu leurs gourmets, pas de souci. Mais le marquis de Sade à Disneyland ce n’est pas ma tasse de thé. Pas de sentiments "bien pensant" ici, croyez-le. Juste la conviction d’avoir été prise par une imbécile par un cabinet d’étude de marché.
Au revoir donc, Madame, et tant pis pour vos futures œuvres, même si elles sont magnifiques. J’aime l’amour physique, pas les trous de serrure."

Marie-Héléne Ferrari

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