Qiu Xialong
Collection « policier », Points
Un auteur chinois qui écrit des romans policiers ; il y a de quoi être perplexe, s’interroger !La première fois que j’en entendis parler (lors d’un café littéraire Musanostra en 2009, au bar Pigalle à Bastia), je fis la moue « pouah, les chinois imitent ; mais s’ils parviennent en musique ou ailleurs à bien se tenir, en littérature, surtout dans les intrigues policières, qu’ont-ils donc à nous raconter ? »Cependant je me procurai l’un de ses titres, « de soie et de sang » ; belle allitération, raffinement suggéré…Ce fut avec étonnement et plaisir que je découvris un univers si différent du mien, fait de ressassement du temps de la rééducation culturelle et en même temps ouvert et méfiant face aux temps modernes qui sont déjà là.
Le personnage principal, Chen, est un lettré ; diplômé en anglais, il a traduit des textes poétiques ou commerciaux et continue à le faire –sur commande- pour un monsieur « Gros sous» (comprenez « qui a beaucoup d’argent) de ses amis. De ce fait, outre son salaire de policier presque en haut de la pyramide, les avantages liés à cette position qu’il s’agisse d’une voiture et d’un téléphone portable à disposition, il a parfois l’occasion d’oublier la difficulté de se détendre dans une société où on se sur entasse dans des appartements exigus, où on cuisine à plusieurs dans la même cuisine et où tout, là où le libéralisme s’installe après tant de privations, tout parait si tentant.
Bon donc c’est l’histoire qu’un quipao rouge, beau vêtement passé de mode, déchiré sur les deux côtés jusqu’à la taille, qui intrigue la police lorsque des jeunes femmes sont retrouvées au bord de routes, mortes, apparemment respectées sexuellement ; les politiques sont –comme dans la plupart de ses romans- sur les dents et Chen doit faire vite ; pourtant tout est si compliqué !
Il a une arme fatale : il a lu Freud et réfléchit autrement : son second, Yu, admiratif, doute parfois de ses théories mais doit en admettre le caractère opérationnel ; Chen réussit à débusquer le meurtrier en s’expliquant ses motivations les mieux cachées.
Donc je n’en dis pas plus ; j’ai ensuite lu « mort d’une héroïne rouge », « Encres de Chine » et finis « le très corruptible mandarin » ; essayez, il n’y a aucune barrière entre les lecteurs ! Vous crierez parfois en comprenant que Chen nous entraine dans un restaurant où la tortue qui bouge doucement dans une soupière qui chauffe va être mangée dans l’heure…Et pour bien d’autres choses …Mais vous serez vit friand de ces histoires parfois un peu complexes, souvent politiques mais si bien racontées ; la Chine, sa façon d’appréhender l’individualisme, sa façon de rester attachée à ce qui lui fait mal, ainsi que sa gastronomie, ses contradictions, ses traditions…on en redemande quand on en a lu un !
Des romans policiers chinois, donc, mais pas n’importe lesquels : ceux de Qiu Xialong, esprit curieux de toutes les littératures qui nous aide à comprendre combien la poésie et la philosophie sont importantes encore dans la « nouvelle Chine ».
R. Lunardi
Paris mai 2010
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