
51 Pegasi, astre virtuel, Marcu Biancarelli
51 Pegasi… , est le premier roman de Marcu Biancarelli, écrit en langue corse et traduit par Jérome Ferrari.
En parler est difficile dans la mesure où c’est un livre foisonnant : les pistes de lecture sont nombreuses et je n’en donnerai ici que quelques-unes.
Ce roman se présente comme le journal d’un écrivain provocateur, sulfureux, « looser » qui revient, après dix ans d’absence (exil ou fuite ?), dans sa Corse natale alors qu’elle a accédé à l’autonomie. Il retrouve par hasard un ancien élève, Yannick Franceschetti, « nationaliste fasciste » comme il le caractérisera, inventeur d’une machine capable de vous plonger dans un univers virtuel…
Le narrateur est un personnage cynique, désabusé, pris dans une sorte de spirale auto-destructrice, qui, par son regard, nous oblige à une confrontation directe, crue et violente avec une Corse qui n’a pas su évoluer. Il ne faut pas attendre de ce livre une vision édulcorée de la Corse, ni une plongée nostalgique dans les traditions.
C’est une vision incontestablement « trash » (alcool, sexe et violence rythment le quotidien des personnages et sont omniprésents dans le livre). C’est une Corse sans fards, sans nostalgie et sans misérabilisme qui nous est présentée ici, une sorte d’électrochoc appelant le lecteur à la réflexion ; le narrateur s’interroge sur le nationalisme, sur la violence, sur l’identité et la langue corses… Les réponses, ou tout du moins les pistes de réflexion amorcées par Marcu Biancarelli, sont salvatrices, tous ces problèmes étant pris à bras le corps, avec une très grande honnêteté et lucidité.
Est-ce qu’il ne s’agit donc que d’un roman pessimiste voire nihiliste ? Je ne le crois pas. Il semble en effet y avoir des échappatoires : l’amour (même si cela peut sembler surprenant !), la distanciation rendue possible ici par l’autodérision dont est capable le narrateur, par le rire qui est très présent dans l’œuvre et aussi par l’acceptation de se regarder tel que l’on est, même si la confrontation avec ce reflet peu glorieux de soi-même s’avère parfois douloureuse.
Le style de Marcu Biancarelli est parfaitement maîtrisé, avec des digressions contrôlées, l’imbrication de plusieurs histoires et donc de plusieurs genres littéraires : la fable, l’autofiction, le mythe…
51, Pegasi dépasse la spécificité de la Corse pour engendrer un questionnement plus « universel », autant sur l’individu que sur l’identité d’un peuple.
Bref, un premier roman réussi !
Bénédicte Savelli dec.09
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