
SAN GHJUVANNI IN PATMOS / SAINT JEAN A PATMOS
MARCU BIANCARELLI
J’avais lu deux ouvrages de Marcu Biancarelli : 51 Pegasi, astre virtuel et Extrême méridien ; en lectrice un peu présomptueuse, je croyais aller en « terrain connu » avec Saint Jean à Patmos, recueil de sept nouvelles paru en 2001 : or, quelle agréable surprise de découvrir un univers auquel je ne m’attendais pas !
Marcu Biancarelli fait voyager le lecteur dans le temps et l’espace, le plus souvent hors de Corse. La première nouvelle, éponyme, évoque Saint Jean qui selon la tradition aurait été exilé sur l’île de Patmos, véritable antichambre de l’enfer, pour y rédiger l’Apocalypse ; une autre relate la barbarie des Conquistadors à l’égard des Indiens. Le lecteur se retrouve également dans la peau d’un prisonnier algérien, d’un républicain espagnol, de Stefan Zweig décidé à se suicider (magnifique nouvelle, proposant une réflexion très « camusienne » sur le suicide), d’un résistant corse ou d’un simple promeneur dans un village reculé de l’île.
L’unité de ce recueil est évidente : la violence, la barbarie, la monstruosité infligées à l’Autre, infligées à soi. Marcu Biancarelli nous rappelle que l’Histoire, inlassablement, répète les mêmes atrocités parce que le Mal semble inhérent à l’homme. Et la lecture de Saint Jean à Patmos, m’a rappelé cette phrase d’Ionesco : « Le monstre peut surgir de nous. Nous pouvons avoir le visage du monstre ». S’il peint la noirceur de l’âme humaine, Biancarelli ne sombre pas pour autant dans le nihilisme : sans doute existe-t-il des issues.
Les sujets sont abordés de façon frontale, sans pathos, dans ce style simple et percutant qui semble caractériser son écriture. Chaque nouvelle est illustrée d’un exergue qui éclaire remarquablement le texte.
On ne quitte pas facilement un tel ouvrage. Le livre refermé, le questionnement demeure, et c’est exactement ce que j’attends de la littérature.
Bénédicte Savelli