
"Les désarrois de l'élève Torless "
de R. Musil
Les Désarrois de l’élève Törless, le premier livre de l’auteur autrichien Robert Musil, publié en 1906, est l’analyse psychologique de l’adolescence par excellence. Ici, pourtant, pas de jeunes filles aux rêves démesurées, à la candeur naturelle, mais un milieu purement masculin, dans un pensionnat pour fils de bonne famille, à la frontière est de l’Autriche.
Nous « survolons » le village situé dans une plaine, la forêt qui jouxte, dans la forêt une auberge malfamée, un peu plus loin les bâtiments du pensionnat. N’oublions pas la gare, où les parents font leurs adieux au jeune Törless, un garçon intelligent et discret. Puis nous « plongeons » dans cet univers fermé, plutôt glauque, et nous suivons, comme à la loupe, les péripéties de quatre élèves. Au début, Törless est inconsolable, mais une sorte d’indifférence le gagne bientôt : l’enfance est derrière lui et il s’attache étrangement à deux camarades de classe, plus âgés que lui : Beineberg et Reiting, deux fortes têtes qui ne cessent de terroriser leurs camarades. Le duo s’acharne notamment sur Basini, un adolescent de condition plus modeste dont ils menacent de divulguer les petits larcins. Devant l’attitude ignoble de ses deux camarades, Törless reste impassible… La brutalité, la perversité le répugnent, elles lui serviront pourtant de prétexte à distinguer la raison de l’instinct. Le moment-clé sera la découverte de l’homosexualité.
Ce roman d’initiation très cruel, qui n’a pas pris une ride, ne tentait pas d’influencer positivement l’éducation des jeunes, mais avait un but quasi philosophique : Musil est, avec Paul Valéry, le dernier représentant (littéraire) du rationalisme. Et en 1936, Musil a lui-même constaté que ses protagonistes Beineberg et Reiting étaient des « dictateurs in nucleo », semblables ainsi à certains personnages du film Le Ruban blanc de Michael Haneke.
Volker Schlöndorff a adapté le roman pour le cinéma (prix de la critique à Cannes en 1966), Le Jeune Törless, avec dans le rôle de Törless : Mathieu Carrière.
Silke