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Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Murakami 

     Murakami nous conte l’histoire d’Hajime, fils unique, une situation très rare dans le Japon des années soixante. Cet enfant, qui se sent différent, rencontre à l’âge de 12 ans Shimamoto-san, une jeune fille de son âge, également fille unique. Elle sera son premier amour : une très grande complicité, une véritable communion d’âme semblent les unir. Puis Shimamoto-san déménage et les deux jeunes gens finissent par se perdre de vue. On suit alors l’évolution d’Hajime au rythme de ses conquêtes amoureuses : son adolescence (cette période en clair-obscur où l’on découvre des émotions très intenses), ses études à la fac, un premier emploi peu gratifiant, puis la rencontre avec Yukiko, qui deviendra sa femme et lui donnera deux enfants. Grâce à la fortune de son beau-père, Hajime ouvre un club de jazz. Il mène une vie paisible, heureuse mais un peu léthargique, jusqu’au jour où Shimamoto-san réapparaît.

     C’est à partir de ces retrouvailles que le livre m’a vraiment captivée. Avec le retour de Shimamoto-san, Hajime « change » : alors qu’il donnait jusque-là l’impression de se laisser vivre, il commence à perdre cette passivité. Il a le sentiment de retrouver ce qui lui avait manqué pendant des années sans en avoir toujours eu clairement conscience : Shimamoto-san semble pouvoir combler une sorte de vacuité.  Hajime s’interroge alors sur sa vie : que serait-il arrivé s’ils ne s’étaient pas perdus ? Le bonheur n’est-il pas auprès de Shimamoto-san dont il est toujours amoureux ? Dans le même temps, Murakami invite le lecteur à la réflexion : Hajime ne court-il pas après un fantasme ? N’a-t-il pas idéalisé cette femme ? Et finalement qui est-elle ? Ni Hajime ni le lecteur ne le sauront. Shimamoto-san reste entourée de mystère, à tel point que l’on finit même par s’interroger sur sa réalité.

     Ce livre est donc centré sur une quête de l’identité : qui sommes-nous ? Que faisons-nous de nos vies ? C’est aussi une réflexion sur la quête du bonheur : est-il celui que l’on construit ou celui auquel on veut croire ? Est-il dans la réalité ou le fantasme ? Murakami ne répond pas ; à chacun de mener sa propre introspection.

     Murakami est un traducteur de Fitzgerald ; or, le jazz, présent en filigrane dans l’œuvre insuffle au texte son rythme particulier : celui d’un blues parce que l’on est constamment dans une sorte de mélancolie, de nostalgie. Le rythme est lent et on se laisse prendre au mystère de cette Shimamoto-san qui fascine.  Murakami conclut sur une fin troublante qui peut en dérouter certains mais qui m’a définitivement séduite …. 
 
 
 
  B.Savelli 09
 

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