Et l’odeur des narcisses
Maria Casanova
Galaade éditions
118 pages ; lu en mars 2010
Un premier roman qui promet !
Ce livre se lit vite, on ne le lâche pas parce qu’il y a de la ressource en l’auteure et du mystère en Thérèse, son personnage. Bien sûr il faut avoir le goût de ce type d’histoires dans lesquelles les personnages féminins ont beaucoup de relief.
« Il était une fois une femme qui s’appelait Thérèse et qui, dans son village, était détestée. Accusée de tous les défauts de la terre et qui même faisait peur. Est-ce qu’au Moyen Age on l’aurait brûlée ? Très certainement, oui. » (page 87)
Des personnages méditerranéens tout autour , des gens du soleil et du froid, une vie un peu difficile, avec des hauts pourtant, et un solide appétit de vivre !
Ce roman se passe en Corse, dans une maison désertée, pleine de souvenirs et comme envahie par la nature qui l’environne. Une femme regarde en arrière, revoit avant-hier et hier et le récit semble vraiment être , pour reprendre une image de Stendhal, un miroir promené le long d’un chemin, celui d’une vie peu commune, du petit village de Reccio au petit village de Reccio où à la fin de son existence, elle revit auprès de quelques étranges et avides visiteurs ce qui l’a rendue solitaire. Elle n’est pas aimée, pas fréquentable, si ce n’est par des exclus, comme elle. Qui sont le Rouge, Ainsi soit-il, Bella ? On veut savoir…
Une famille : le roman s'ouvre sur la figure du grand père, italien corse et qui sait faire naître le feu dans l'âtre comme personne sous les yeux de l’enfant qui n’oubliera pas. Puis la mère Madeleine, la niçoise, est présentée, résignée, secrète, bienveillante, portant trop de choses sur ses épaules. Sa mélancolie, sa nostalgie, sa culpabilité…
Thérèse, la protagoniste, a été l’enfant qu’on a dû mutiler à l’adolescence, à qui la science médicale, impuissante, a choisi de couper une jambe gangrénée alors même qu’elle ne pensait qu’à courir : l'enfant à la prothèse, différente mais préservée, vit sa vie aménagée entre des parents qui veulent lui faire oublier, ou au moins supporter avec moins de douleur, son handicap. Une jambe en moins n'empêche pas de grandir, de rêver, d'aimer.
Thérèse a été si belle ! des magnifiques yeux qui ne lui ont rien facilité, au contraire ! Elle séduit. Sa fille Juliette aussi est belle .
« Mais Juliette, avec ses cheveux longs et noirs, sa bouche rouge, ses yeux turquoise, sa peau blanche, sa chair de jeune fille, Juliette et sa manie de parsemer ses draps de pétales de roses, ce qui fait que la tache de sang, on ne la voit pas tout de suite » (page 115)
Thérèse se souvient et explique pour son dernier public ; elle a voyagé ! Elle a connu l’exil, toute jeune . Son père, un peu fantasque, tardait à abandonner ses chimères : pour lui, la famille s’installa à Cayenne, pour qu'il se réalise enfin... mais on le voit s'étioler, il surveille au bagne et trop c’est trop ; on croit s’habituer, dans sa petite vie rabougrie, avec pour événement une mise à mort à l'autre : les jours d’ exécutions, il conduit les condamnés à l'échafaud ; la narratrice livre des détails crus sur le sort fait à ceux qui périssaient alors là-bas.
L’enfant regrette son pays, son village ; la Corse est sa terre, son repère : avec Madeleine, elle pense au retour, au grand-père seul là-bas...Elles n’osent le formuler mais voudraient tant rentrer et quand le père, presque sur un coup de tête, leur annonce leur départ pour Saint-Raphael , elles sont soulagées.
Thérèse jeune fille aime ; du visage du jeune Ange, mythifié, à ceux de Roland, le mari, ce continental qui en étonnera plus d’un pour aimer une anormale, avec qui elle fera scappetta (s’échappera de façon à forcer ses parents à accepter de les laisser se marier) et de Nardo le jouisseur, le profiteur, elle ne cesse d’évoquer l’amour fantasmé, assouvi, comblé, blessé, frustré, horrifié…
« Nardo avait tous les défauts qui font la vie plus belle. Un bandit au grand cœur, pas d’interdits, très peu de scrupules, c’était bon pour Thérèse toujours partante pour le pas vu pas pris, pour le risque, l’aventure, pour tout, sauf l’ennui » (page 114)
Dans ce livre par tous les pores de sa peau, un être ose aimer à se perdre ; les détails peuvent étonner mais il me semble que faire l’impasse sur certains sujets comme la sexualité d’un être infirme aurait été plus choquant. Thérèse n’a pas vocation à être chaste : elle évolue, grandit, se livre, endure , ce jusqu’à l’insupportable, la trahison inattendue, irrémédiable !
« Le ciel de minuit vaporisé d’étoiles est bien loin des choses humaines »
Ce livre est un premier roman que j’ai vite lu, pour savoir…puis que j’ai repris je ne sais combien de fois, pour savourer la beauté des images ou pour partager un aphorisme ; et puis la Corse…Et le style de Maria Casanova !
« Aujourd’hui les gens se veulent libres. Légers, pour courir vers l’avenir. Au vrai ils s’en vont s’écraser contre les grandes baies de l’illusion, comme des mouches. Ils sont pressés, agités , tapageurs, Thérèse elle trouve ça idiot. Elle n’aime que l’ordre et le silence où elle recycle sa vie, où stagnent les odeurs de tabac et de narcisses » (page 27)
reçu le 25/03/2010 de Paul M.,
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