L'HOMME DE CŒUR
Nicole Massé-Muzi
(Editions SEGUIER, janvier 2010 ; 214 pages)Dans ce livre, l'auteure est animée d'une vraie démarche de retour aux sources.
C'est l'histoire d'une longue lignée de la famille Hectori, originaire de Piobetta en Castagniccia qui, s'étant exilée en Tunisie, découvre un ancêtre corse. L'origine de cette histoire vraie est une simple recherche d'état civil ayant permis de remonter plusieurs générations jusqu'au milieu du XIX ème siècle.
Le lecteur est plongé littéralement dans les méandres de la filiation de Gian Silvio Hectori, ancien maire du village dont la perte de son statut en 1851 lié au récent suffrage universel sera le début d'une longue série de meurtres que la vendetta aura à cœur d'alimenter.
En parallèle à cette histoire, il est beaucoup question de la fierté de l'homme corse, de la dignité de la femme, d'hospitalité, de convivialité. Mais aussi d'austérité, d'orgueil, d'honneur, de rancune.
C'est aussi la description minutieuse d'une région autrefois riche et peuplée. Celle d'une Corse à la magnificence et au grand éclat de sa nature.
L'homme de cœur est Cesare Hectori dont le père Filippo, instituteur et jeune père de famille sera tué à l'âge de 21 ans. Il sera captif d'un espace affectif où le sens de l'honneur et de la famille est la principale raison d'être. Il apprendra bien plus tard par son grand-père le tragique destin de la lignée: l'assassinat du Père Oresti dont la famille ne ressent que de la haine pour la sienne; le meurtre de son père Filippo; la prison de Bastia et les assises pour ses deux grand-pères; la condamnation de Muvrasi reconnu coupable; l'agression mortelle du frère de ce dernier par le frère du prêtre; le traité de paix pour arrêter le massacre...
Le dernier maillon de la famille, Lucas, qui veut se réapproprier le passé et éluder les zones de silence en faisant revivre la mémoire de sa lignée par l'intermédiaire de son bisaïeul Cesare, a rencontré, dit-il, le vrai sens de la vie.
On rentre dans ce livre que l'auteure, par sa virtuose, a su transcender en nous donnant l'envie impérieuse d'en connaître le dénouement. On est vite pris dans le tourbillon de cette famille corse au destin unique où se succèdent les malheurs, les souffrances, les deuils perpétuels.
Le tableau semble toutefois un peu réducteur devant une vision d'une corse privée de fêtes, de joies, livrée seulement aux prières, à la dévotion, aux couleurs vestimentaires tristes et sombres et surtout à la vengeance. L'indivision y est comparée à une religion.
L'auteur semble vouloir nous délivrer une leçon par son ouvrage. Ne rien perdre de notre passé car c'est avec lui qu'on construit notre avenir.Lu par R. Mei (avril 2010)