LE TUEUR DE DOULEUR de Marie Hélène Ferrari


Armand Pierucci est commissaire de police à Bonifacio :
la cinquantaine, le verbe haut, aimant la bonne chère et les femmes ; ce personnage truculent , jovial et rodé à la mentalité insulaire, va devoir élucider une série de crimes atroces, mis en scène avec ostentation, qui vont le faire basculer dans une autre dimension, celle de l’horreur et du fantastique ;
Tout commence par des fièvres, des rêves violents et glauques qu’il doit apprendre à décrypter : en fait, il devient « mazzeru »… Rien de moins !
Et pire … au fur et à mesure de ses « chasses » nocturnes et des indices volontairement semés par le meurtrier, il découvre qu’il est lui-même la clé de l’ énigme.

Ce cartésien dans l’âme va devoir oublier ses convictions d’être bien pensant et connaître ainsi la peur, le doute et la culpabilité. Ses certitudes s’effacent à mesure qu’il devient le jouet de forces occultes car
ses rêves vont lui révéler le lien entre le présent , la réalité , la folie d’un homme et l’histoire des « ghjuvannali », ( Société secrète née au 15ème siècle à Carbini composée d’hommes et de femmes, des croyants au cœur pur qui avaient fait vœu de pauvreté et qui oeuvraient seulement à répandre la foi ;apparentée au catharisme, persécutée et réprimée de manière impitoyable par l’église romaine officielle qui n’y voyait qu’ hérésie, son histoire s’est transmise oralement, laissant libre cours à un imaginaire collectif qui l’a plus ou moins diabolisée ).

J’ai aimé ce roman pour plusieurs raisons :
Le registre fantastique mêlant la réalité au surnaturel et servi par la surprenante simplicité de l’écriture ;
La progression du récit : au départ kaléidoscopique, il revêt au fil de la narration, une cohérence implacable.
L’évocation d’une corse médiévale et mystérieuse souvent méconnue;
Les personnages soumis à la fatalité rattrapés par leur passé.
Le tout, saupoudré d’un zeste d’ humour et de psychanalyse.

En bref, on lit un roman policier sombre et fantastique qui contient tous les ingrédients d’un vrai polar : Tout participe d’une atmosphère inquiétante où le lecteur, en même temps que Pierucci plonge par degrés dans un malaise oppressant.

Anne-Marie Albertini


 

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