
LE NOUVEAU FOLKLORE MAGIQUE DE LA CORSE
De ROCCU MULTEDO
Edition : STAMPERIA SAMMARCELLI ; 1998
J’espère qu’on le trouve encore ou qu’il a été réédité ; sinon, il faut s’adresser à l’auteur ou à son éditeur
Cet ouvrage est présenté sur la quatrième de couverture comme une « véritable encyclopédie des mœurs et des coutumes du pays corse » et il l’est malgré l’apparente dispersion des remarques ; l’auteur étant passionné par son sujet, le merveilleux et le fantastique sont à l’honneur véhiculés par des légendes, des récits anecdotiques, des témoignages, des études scientifiques, l’étude d’œuvres d’art ou de ce qu’il en subsiste…
Tout est interrogé, la toponymie, les pierres, les noms et surnoms, les proverbes, jusqu’au végétal et à l’animal ; pour Roccu Multedo, tout signifie, au vrai sens du terme.
Plus que de folklore, je parlerais d’idéologie car au fil de ces 441 pages, c’est le regard sur le monde, sur le pourquoi des choses, sur le sens de la vie, sur l’essence du mal, les moyens de se rassurer, ou encore sur le rapport avec l’animal en et hors de nous qui dominent. Les hommes ont ainsi mis en place leur propre théorie de la causalité, parfois surprenante mais qui nous est si familière dans le cas présent ! L’auteur ne cesse d’ailleurs d’insister sur les similitudes existant entre nous et bien d’autres peuples dans l’appréhension de l’univers et de ses phénomènes.
Roccu Multedo explique quelques unes de nos « habitudes » et de nos expressions et il y a bien des passages de ce livre que j’adorerais vous faire lire ici ; il y est question de mazzeri, de symbolique des pierres, de moutons qui volent, d’orcu, d’animaux fabuleux, de villages abandonnés car attaqués par les insectes, d’eau maléfique, d’herbe dite « sainte »…Tout un imaginaire !
En voici un passage au hasard : « Malgré leur beauté, les fées, même les bonnes, comme devait l’être la fata mammana connue dans le Boziu, devaient avoir quelque chose d’inquiétant à en juger par le verbe infatamassi qui, dans le cap, veut dire s’inquiéter. D’ailleurs dans la ligne traditionnelle corse, la fée est plus souvent jalouse que compatissante. Chilina ou Ghilina mise à part, on ne connaît pas d’autres noms de fées corses. » (p.229)
A découvrir ou redécouvrir, car c’est un recueil d’analyses de notre patrimoine mental riche et dense, parfois un peu brouillon car bouillant de références. On le retrouve toujours avec un œil neuf.

P.Fiori, avril 2009