C’est tout juste à l’age de 23 ans en 1940 que Carson Mac Cullers, jeune romancière américaine publie son premier roman
« le cœur est un chasseur solitaire ».


De cette lecture, se dégage un sentiment de nostalgie, de tristesse pour le monde désespéré et émouvant qu’y est dépeint.

L’action ou plus précisément l’histoire car il ne s’agit en rien d’un roman d’action, mais plus d’une chronique se situe dans une ville du Sud des Etats-Unis, juste avant le seconde guerre mondiale.

Pendant une année, au fil des saisons, nous suivons plusieurs personnages qui se croisent mais sans vraiment se rencontrer, tous en quête de chaleur humaine, d’écoute, de reconnaissance.

Il y a Mick Kelly, une fillette de 12 ans proche de l’adolescence, aux cheveux d’étoupe et semblable à un garçon, dont les parents tiennent une pension de famille. Elle a une passion pour la musique. Son désir le plus grand est d’apprendre à jouer du piano car ainsi elle espère avoir un avenir meilleur;

Biff Brannon, propriétaire du restaurant « le café de New York » homme taciturne, qui reconnaît aimer les anormaux et a une vie conjugale sans éclat;

Benedict Copeland, seul médecin noir de cette ville, écartelé entre son orgueil et sa condition de noir. Il souffre de voir ses frères de couleur méprisés et milite pour qu’ils s’instruisent et accèdent ainsi au statut des blancs ;

Jake Blount, écorché vif, vagabond alcoolique convaincu que le seul le communisme pourra être le salut des pauvres ;

Et enfin John Singer, qui à mon sens, est le personnage phare de ce roman. Il est sourd-muet et habite la pension des Kelly. Singer est une personne très attachante qui semble protéger ceux qui l’entourent. 

Tous se tournent vers lui et recherchent, comble de l’ironie, son écoute. Il leur apporte une chaleur humaine qui les rassure et favorise leurs confidences: ils lui parlent de leurs vies, leurs rêves, leurs idéaux. Ces moments de partage, de mise en parenthèses de leurs solitudes ne sont pourtant qu’illusions.

Leurs relations reposent sur une totale incompréhension. Singer est un homme généreux, rempli d’humanité mais qui ne récolte de leur part qu’estime et respect. Mais lui aussi est seul.

Sa propre solitude est d’autant plus vive et douloureuse qu’il ne peut et ne veut la partager avec personne.  Son seul ami, un grec sourd muet comme lui Antonapoulos, est malade et a été interné dans un asile psychiatrique. Et le lien qui les est uni est si fort que sans lui, il est perdu. La première phrase du roman : « Il y avait dans la ville deux muets que l’on voyait toujours ensemble » retranscrit parfaitement cette amitié infaillible.

Tous sont insatisfaits de leur vie  et se débattent seuls. Ils avancent avec un certain fatalisme et leurs idéaux sont mis à mal ou oubliés par les drames du quotidien. 

Carson Mac Cullers fait une étude poignante de la solitude et des sentiments humains.

Elle nous restitue une peinture intéressante de l’Amérique de l’après récession où la vie des populations ouvrières est souvent miséreuse Plusieurs autres thèmes sont abordés tels le communisme, la religion mais aussi la guerre et le fascisme et surtout le racisme.

Elle a su traduire l’injustice de la ségrégation raciale et donne des pistes d’égalité par la voix du Docteur Copeland.

Un roman dense, à la lecture fluide et au ton très musical. Sa construction fait penser à une symphonie. Les références à la musique sont nombreuses jusqu’au nom provocateur du sourd muet  Singer.

Le dénouement aurait-il pu être différent ? A vous de le dire….. 

par Monique Mondoloni

 

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