La lettre écarlate
de Hawthorne


de l'art de transformer la marque de l'infamie en force ! Une belle leçon.

La Lettre écarlate fait partie de ces livres dont j’avais toujours entendu parler mais que je n’avais jamais lus.

     Traditionnellement considéré comme le premier roman de la littérature américaine, il se déroule au XVIIe siècle en Nouvelle Angleterre, dans la ville de Boston, récemment fondée et marquée par un terrible puritanisme.

     J’ai lu ce livre comme une véritable tragédie, celle de trois personnages qui ne peuvent échapper à leurs passions. Le roman s’ouvre sur une scène édifiante, et d’une grande force dramaturgique : Hester Prynne, qui vient de donner naissance à un enfant, alors que son mari est absent depuis plus de deux ans, est mise au pilori durant trois heures sur la place publique, son bébé de trois mois dans les bras. L’humiliation est totale et les femmes se montrent particulièrement cruelles. Hester est condamnée à porter sur sa poitrine la lettre A, symbole de l’adultère, donc du péché. On lui demande de révéler le nom du père mais elle s’y refuse. Dans la foule, elle reconnaît son mari, qui avait été enlevé par les Indiens : il décide de s’installer à Boston sous une nouvelle identité et fait jurer à Hester de ne jamais révéler qui il est réellement. Mais désireux de venger son honneur, il se met alors à torturer psychologiquement celui qu’il soupçonne d’être l’amant d’Hester.

     La Lettre écarlate est souvent qualifié de roman historique : c’est exact dans le sens où l’auteur décrit avec précision cette colonie engluée dans son puritanisme, son obscurantisme religieux et ses superstitions. Mais c’est avant tout une plongée dans la conscience humaine que nous propose Hawthorne en reprenant le « trio classique » (la femme, le mari et l’amant) et en décrivant les conséquences désastreuses de la passion. L’amant, qui ne parvient pas à avouer sa faute, est rongé par le remords ; le mari est dévoré par sa jalousie et son désir de vengeance ; quant à Hester, elle assume avec beaucoup de grandeur sa « faute », peut-être parce qu’au fond d’elle-même, elle ne la percevra jamais comme telle. Pearl, la fille d’Hester, petite fille ambiguë, est perçue à la fois comme l’enfant de l’amour et l’enfant de la honte, voire du démon. Autant de personnages torturés par ce conflit permanent entre le bien et le mal auquel leur conscience est livrée. C’est donc un roman psychologique sur le mensonge, le secret, et plus généralement sur la nature humaine : on s’aperçoit rapidement que ceux qui souffrent le plus, qui sont perçus comme les pêcheurs, ne sont certainement pas les plus condamnables (Hester finit ainsi par devenir une sorte de sainte). C’est une fable morale sur la culpabilité. Le poids de la religion sur la conscience des personnages, et certainement sur celle du narrateur (lui-même descendant des Puritains fondateurs de Salem), tel qu’il existait dans l’Amérique du XVIIe siècle, a laissé, sans aucun doute, des traces dans l’Amérique du XXIe siècle…

     L’ambiance de La Lettre écarlate est très particulière, oscillant entre mysticisme, fantastique et ésotérisme. Hawthorne peint un monde en clair-obscur, un monde où s’opposent l’ombre et la lumière : le rouge éclatant de cette lettre écarlate, symbole de la passion, et la tenue grise, très austère, portée par Hester. S’opposent aussi la ville, royaume de la loi humaine et de la faute, et la forêt, sanctuaire qui n’a pas encore été perverti par l’homme.

     En lisant La Lettre écarlate, j’ai souvent pensé à La Princesse de Clèves : deux grands romans sur la passion et les tourments qu’elle engendre !

Bénédicte Savelli ; mai 2009






 

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