"L'enfant" de Jules Vallès
Une lecture marquante de jeunesse
L'Enfant est le premier livre de la trilogie de Jules Vallès (avec Le Bachelier et L'Insurgé), écrivain du milieu du 19ème siècle. C'est une œuvre autobiographique qui décrit la jeunesse pauvre et malheureuse de l'auteur à travers le personnage principal, Jacques Vingtras (mêmes initiales). Jacques subit une oppression très forte de la part de ses parents.Son père est intransigeant. Il est d'abord professeur de collège puis agrégé dans un lycée de province. Il doit montrer l'exemple, alors il brutalise son fils qui souffre en silence. Il le punit souvent à l'école avec des "retenues" régulières dans des pièces exiguës. En outre, il vivra un véritable drame quand il apprend l'infidélité de son père. Il est surtout le souffre-douleur de sa mère qui est possessive, tyrannique et violente. Elle le fouette tous les jours car elle part du principe "qu'il ne faut pas gâter les enfants sous peine de leur rendre mauvais service". A cet effet, les toutes premières lignes de son œuvre sont significatives: " Ai-je été nourri par ma mère ? Est-ce une paysanne qui m'a donné son sein ? Je n'en sais rien. Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit; je n'ai pas été dorloté, tapoté, baisoté; j'ai été beaucoup fouetté. Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures."Il dédie son livre:
"A tous ceux qui crèvent d'ennui au collège ou qu'on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents". En parlant de la maison de ses parents il dira: " C'est dans cette prison que j'ai passé les heures libres de ma vie d'enfant".A l'école, ce n'est pas mieux. Constamment puni pour des broutilles, il y mange très mal. Il s'y ennuie. Ses professeurs sont d'affreux pédants. Devant tant d'injustice, son seul échappatoire sera ses moments passés à la campagne ou chez ses oncles. Ce manque d'éducation et d'affection, aura pour effet d'en faire un révolté permanent contre l'injustice sociale. Il va donc se battre sans relâche pour "défendre les droits de l'enfant". Il exprime ainsi sa révolte contre cette société bourgeoise. Car, pour lui, l'enfant est un paria de cette société en n'ayant aucune possibilité de revendication. Il dénonce le caractère superficiel de l'univers scolaire où tout est imposé, abstrait. Aucune réalité par rapport au monde où il vit. Mais cette vie misérable est le reflet de la vie en province au 19ème siècle. Sa mère a honte de ses origines paysannes. Elle veut fréquenter les gens de la haute société. Elle défend à son fils de donner aux pauvres parce-qu'ils font un mauvais usage de l'argent. On a l'habitude d'épargner et non de dépenser. Mais Jules Vallès se sentira toujours proche des catégories modestes et pauvres. Dans son livre, se dégage fortement ce lyrisme révolutionnaire, mais aussi la satire, l'ironie que son enfance ont forgé. Il y baigne une atmosphère de réalisme à l'état brut et d'humour permanent. C'est en cela qu'il se différencie du "Petit Chose" d'Alphonse Daudet. Il ne suivra donc pas les traces de son père: " Je ne serai pas enseignant, mais ouvrier !", dira-t-il. Son œuvre recèle un important intérêt historique: celui d'un écrivain engagé qui exprime sa révolte contre la société bourgeoise de la Monarchie de Juillet mettant en cause les deux institutions fondamentales de cette société: la famille et l'école. Tristesse et compassion seront donc les sentiments forts de ce livre. Une tranche de vie de ce milieu de siècle. L'histoire de Jacques est celle des mal-aimés de tous les temps.
Raymond Mei janvier 2010