SUR LA PLAGE DE CHESIL, IAN McEWAN, 2008


Le dernier roman de cet auteur britannique relate la nuit de noces d’Edward et Florence dans l’Angleterre du début des années 60 ; quasi unité de temps, de lieu et d’action, cinq chapitres très denses (180 pages) : Sur la plage de Chesil est une tragédie.

Edward et Florence s’aiment chastement depuis des mois et cette première nuit est une épreuve redoutée par les jeunes mariés : Edward craint d’être submergé par le désir et de ne pas être à la hauteur de la situation ; Florence, quant à elle, est « habitée par une terreur viscérale, par un dégoût incoercible aussi palpable que le mal de mer (…) dès que lui venait la pensée d’une étreinte. » Le « fiasco » est inévitable mais pourrait être sans conséquence pour ces deux jeunes gens qui n’ont jamais fait l’amour. Or, tout bascule cette nuit-là, parce qu’au-delà de l’amour sincère qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, les différences sont trop grandes. Florence est une jeune aristocrate, violoniste, qui ne parvient finalement à être elle-même que lorsqu’elle joue Beethoven ou Schubert ; Edward, d’un milieu moins aisé et moins cultivé, fait des études d’histoire et ne jure que par le rock. Ce rapport à la musique témoigne de deux conceptions de la vie radicalement opposées et sans doute, dans ce contexte-là, inconciliables. Edward semble incapable de comprendre Florence, éprise d’absolu et de perfection, décidée à consacrer sa vie à l’art.

Ian McEwan alterne les points de vue : le lecteur entre tour à tour dans la conscience d’Edward et de Florence pour montrer qu’un même événement peut être perçu de façon très différente. Des détails en apparence anodins laissent entendre l’échec de leur relation, des « petits riens » que ni l’un ni l’autre ne sauront interpréter. Edward et Florence ne parviendront pas à communiquer : peut-être sont-ils nés trop tôt (juste avant la libération sexuelle) et les inhibitions, les craintes et les traditions sont encore trop pesantes. L’océan, très présent, suggère en filigrane, l’abîme insurmontable qui sépare les deux êtres. Pourtant n’aurait-il sans doute pas fallu grand-chose pour qu’ils puissent être heureux.

L’art de Ian McEwan tient à la précision et à la finesse de l’analyse psychologique, à la réflexion sur la complexité du sentiment amoureux, à la peinture d’une époque, à la simplicité du style.

L’auteur conclut son roman sur cette observation : « Voilà comment on peut changer radicalement le cours d’une vie : en ne faisant rien ». Mais l’on sait combien il peut être parfois difficile d’agir, difficile d’interpréter, quand il le faut et comme il le faut, ces riens qui peuvent néanmoins faire basculer une existence….


Bénédicte Savelli


 
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