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L’immeuble Yacoubian
de Alaa El Aswany
roman de 2004, traduit de l’arabe (Egypte) par Gilles Gauthier pour Actes Sud
Collection Babel ; 325 pagesLe Caire, centre de la ville : un grand bâtiment datant des années 30 révèle les multiples facettes de la société égyptienne moderne. Les familles s’y entassent, des femmes s’y prélassent en attendant leur mécène, certains s’y délassent dans des amours clandestines, d’autres encore bafouent lois et tabous , faisant fi de la politique, de la morale, des normes sociales…et les injustices, la corruption, l’indigence règnent. Les visages de Taha, gentil jeune homme intelligent victime de discrimination, celui d’Hatem, journaliste homosexuel ou celui de Soad qui se voit interdire de n’être autre chose que la maîtresse du Hadj, de Malak avec ses manigances, d’ Abdou…Il y a Zeki, Boussaina et tant d’autres. Le sexe, la famille, le mariage, l’héritage, les affaires, la hiérarchie sociale, la politique et la religion avec ses aspects les plus terribles sont saisis à travers les pensées et actes des personnages.
On suit donc une dizaine de personnages présentés puis oubliés au profit d’autres mais qui reviennent régulièrement , comme pour donner de leurs nouvelles : des hauts et des bas, les fortunes d’une vie ou d’une nuit, la peur de la mort, le goût de l’amour notamment leur vie sexuelle qui est très présente, le vol, l’intimidation, l’abus de faiblesse, ils connaissent et dévoilent donc à tour de rôle les zones d’ombre de l’Egypte contemporaine. On finit par les superposer et comprendre qu’il faut de tout pour faire un monde, qu’avec leurs rêves, les forces et leurs faiblesses, ils sont attachants et qu’on veut en savoir plus. Et surtout que dans cet immeuble Yacoubian, c’est de nous tous qu’il s’agit !
C’est un roman à lire dans lequel les émotions voire le sentiment d’assister à une tragédie l’emportent sur le goût pour l’exotiqueFlore Amati
Juin 2010