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La duchesse de Langeais, Honoré de Balzac.
C’est le second volet de l’Histoire des Treize : « Ferragus », « La Duchesse de Langeais » et « la fille aux yeux d’or », trois récits tragiques, trois romans d’aventure : une trilogie au sein de la Comédie Humaine dont le thème commun est l’amour au féminin.
Quant aux « Treize », il s’agit d’une société secrète, composée de 13 membres anonymes aux agissements obscurs, souvent au dessus des lois mais dont l’auteur se plait à faire remarquer le succès des entreprises, ceci dit…il n’est pas nécessaire de les connaître davantage pour s’intéresser au roman car ils n’interviennent que furtivement, et à mon sens, que pour nuancer le récit d’une touche d’ombre et de mystère.
Le premier titre du roman fut « Ne touchez pas à la hache » (c’est d’ailleurs le titre choisi par le réalisateur Jacques Rivette en 2007 pour son adaptation de l’œuvre à l’écran, un film dans lequel le personnage de Montriveau est campé par Guillaume Depardieu, dans son dernier rôle) fut débaptisé et renommé « la duchesse de Langeais ».
La duchesse est une de ces coquettes du Faubourg St Germain qui excelle au jeu de la séduction ; manipulatrice, hypocrite, insensible, elle a tout d’une courtisane émérite :
User de ses charmes et sans cesse se dérober à Armand de Montriveau , amoureux d’elle dès la première rencontre est d’une frivolité qui va la perdre… Car tout oppose ces deux êtres.
Cet homme solitaire et austère, ignorant des codes et des usages en vigueur dans la société mondaine, découvre par hasard qu’il est l’objet d’un jeu pervers ; il décide alors de réagir : aidé de certains de ses acolytes (il est en effet l’un des Treize) il enlève la duchesse et la retient prisonnière.
Dès lors le désespoir et la cruauté changent de camp : la coquette s’humanise, avoue des sentiments profonds et exclusifs alors qu’Armand se révèle désormais cynique et impassible.
Où cette passion invivable les mènera-t-elle ?
Les féministes de l’époque ont hurlé à l’imposture, arguant qu’une telle femme ne saurait exister ; Balzac, lui, pleinement satisfait de son récit, avança qu’il avait pénétré la psychologie féminine avec une justesse encore jamais égalée.
Il n’en reste pas moins que, pour nous autres, lecteurs d’aujourd’hui, ce roman excelle à dépeindre la large palette des sentiments : l’introspection révèle les personnages à eux-mêmes et, à chaque page, l’on est témoin de la puissance de l’amour à transfigurer les êtres; Néanmoins, le tableau des passions, fortement empreint de romantisme et animé par la ferveur de l’écriture, ne repose absolument pas sur des clichés.
Le réalisme, également, cimente la cohérence d’un récit lié à un contexte social particulier, celui de la Restauration : ainsi, filtre la critique du comportement dépravé des classes sociales élevées de cette époque;
Et c’est dans ce contraste, entre la Vertu des âmes amoureuses et le Mal social qui les pervertit, que le lecteur est appelé à donner un sens à l’œuvre.
AM Albertini