
CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCEE, Gabriel Garcia Marquez, 1981
Garcia Marquez est un auteur colombien né en 1927, lauréat du prix Nobel de littérature en 1982. Il est connu pour son chef d’œuvre Cent ans de solitude écrit en 1965.
Chronique d’une mort annoncée est un roman qui nous livre immédiatement sa fin : Santiago Nasar va être assassiné. Les frères Vicario viennent de marier leur sœur mais, au cours de la nuit de noces, le mari ramène la jeune femme chez elle parce qu’elle n’est pas vierge. Elle donne le nom du responsable : Santiago ! On est quelque part en Amérique du Sud, là où les coutumes demeurent archaïques, et les frères Vicario doivent sauver leur honneur et donc tuer Santiago.
Chronique d’une mort annoncée est une véritable tragédie avec une unité de lieu (le village), une unité de temps (le lendemain de la noce) et surtout une fatalité omniprésente puisque Santiago n’échappera pas à son destin, ce dont le lecteur est averti dès le titre, dès la première ligne.
Mais comment ce drame peut-il avoir lieu alors que les frères Vicario ont annoncé clairement leur intention, et que, dès lors, tout le monde est au courant ? C’est ce que le narrateur, ami de la victime, cherche à comprendre en se penchant sur les heures qui ont précédé le drame. Le lecteur se trouve pris dans cette sorte d’enquête et s’interroge : pourquoi certains se sont-ils tus ou ont-ils semblé ignorer les menaces des deux frères ? Par lâcheté ? Parce qu’ils n’y ont pas cru (les frères sont trop ivres pour commettre un crime) ? Parce que certains estiment finalement que les frères Vicario sont dans leur bon droit ? Quelques-uns vont même tenter de s’y opposer mais le hasard (le destin ?) semble en avoir décidé autrement. C’est par toutes ces interrogations, qui restent en suspens, par cette mort que l’on sait inéluctable, que le narrateur nous tient en haleine. On est pris par un malaise croissant, plongé dans l’ambiance moite de la Colombie, de plus en plus oppressé par cette menace dont on connaît l’issue irréversible ; cependant, et c’est là tout le talent de l’auteur, on se prend à penser que le meurtre n’aura peut-être pas lieu.
J’ai aimé l’originalité de cette construction narrative basée sur la multiplicité des points de vue. Le narrateur collecte en effet les différents témoignages des habitants : chaque personnage raconte sa version des événements, ce qui amène le lecteur à revenir sans cesse sur les quelques heures qui ont précédé le meurtre, pour finalement reconstruire le parcours de Santiago et des frères Vicario, faisant de nous les témoins impuissants de cette tragédie.
J’ai aimé la vision sans concession que Marquez nous offre de ce village, de cette micro-société victime de ses préjugés, de ses non-dits et de ses bassesses hélas tellement humaines !
J’ai aimé Chronique d’une mort annoncée, un roman original et intrigant.
Bénédicte Savelli
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