: Caligula de Camus

 

Caligula (1944) est une pièce d’Albert Camus qui s’inscrit dans « le cycle de l’absurde » avec L’Etranger (1942) et le Mythe de Sisyphe (1942). L’histoire de Caligula fut relatée par Suétone dans sa Vie des douze Césars et Camus s’en est inspiré même s’il affirmait très clairement ne pas vouloir faire « œuvre historique ». La pièce de Camus s’ouvre sur la disparition de Caligula, disparition qui fait suite à la mort de sa sœur et maîtresse ( !) Drusilla et qui l’amène à une prise de conscience : celle de l’absurdité de la condition humaine. A son retour, Caligula explique à Hélicon, son fidèle confident, qu’il était allé « chercher la lune » mais que sa quête a été vaine, ce qui ne l’empêchera pas de continuer à « vouloir l’impossible ».
On est véritablement happé par cette pièce : la monstruosité de Caligula
qui tue, viole, humilie, nous horrifie et nous fascine à la fois. Tout en lui relève de l’excès mais il s’agit d’une démesure délibérée ce qui la différencie de la folie et rend le personnage encore plus monstrueux mais aussi plus complexe : la folie rassure, et Caligula, lui, n’a pas cette « excuse ». Il est monstrueux mais lucide et capable de se révolter contre son destin. Il s’attachera à détruire toutes les valeurs, art, religion, amour, vie humaine (y compris la sienne puisqu’il ne fera rien pour empêcher  le complot qui se met en place contre lui et dont il a connaissance), pour en affirmer de nouvelles : la vérité (celle de l’absurdité de la condition humaine), et la liberté (celui qui reconnaît l’insignifiance de ce monde est libre). Aussi provoque-t-il les patriciens, usant de façon abusive de son pouvoir pour leur « ouvrir les yeux » et les amener à la révolte.
Caligula est fascinant parce qu’il est un tyran qui nous dit des choses « affreusement vraies » sur l’homme et l’existence. Il est un être révolté contre la société et l’ordre du monde (rappelant en cela le Dom Juan de Molière), mais c’est aussi un individu qui se trompe : sa révolte et sa prise de conscience sont justes, mais sa liberté n’est pas la bonne parce que la révolte individuelle est vouée à l’échec. « Caligula consent à mourir pour avoir compris qu’aucun être ne peut se sauver tout seul et qu’on ne peut être libre contre les autres hommes », écrira Camus dans la préface à l’édition américaine : ce n’est pas par l’action individuelle que l’on peut dépasser l’absurde, mais par l’action collective.

Bénédicte Savelli


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