biographie de Virginia Woolf par Alexandra Lemasson
Nathalie Malpelli janvier 2011A l’occasion de la lecture de la biographie de Virginia Woolf écrite par Alexandra Lemasson publiée chez Folio biographies, j’ai redécouvert cette romancière hors norme. Très réticente à l’idée de lire une biographie, j’ai été rapidement captivée par la vie de cette auteure. Elle naît en 1882 et elle est la troisième fille de Julia et Leslie Stephen. Elle subit à l’âge de six ans les sévices sexuels de la part de son demi-frère alors âgé de 18 ans Herbert Duckworth. A treize ans elle perd sa mère bien-aimée. Elle gardera à jamais les souffrances provoquées par cette perte dont elle ne se remettra jamais. Elle subit à la même période les agressions sexuelles de son autre demi-frère Georges. C’est à cette époque qu’apparaissent les premiers symptômes de la dépression qui la hanteront durant toute son existence.
Son mariage avec Léonard Woolf va au-delà de la simple union puisque son époux sera son plus fidèle lecteur mais aussi la personne qui veillera consciencieusement sur elle. Union très particulière mais qui permettra à Virginia de s’épanouir au niveau littéraire. Avec Léonard, elle monte une maison d’édition ce qui l’assure d’une certaine indépendance. En 1917, le couple refuse le manuscrit d’Ulysse de James Joyce. Voici ce qu’elle en dit dans son journal : « C’est un livre inculte et grossier, le livre d’une manœuvre autodidacte et nous savons combien ces gens sont déprimants ! Egoïstes, insistants, rudimentaires, stupéfiants et pour finir dégoûtants ». Le jugement est sévère mais il révèle en même temps l’intérêt qu’il a éveillé chez la romancière car oui l’entreprise de Joyce l’interpelle car son idée est d’affranchir les canons de l’écriture romanesque. En 1922 paraît Ulysse et voici ce qu’elle écrit dans son journal : « J’ai terminé Ulysse de Joyce et je trouve que c’est un coup manqué. Le génie n’y manque pas certes mais il n’est pas de la plus belle eau. Le livre est diffus. Il est saumâtre. Il est prétentieux. Vulgaire et pas seulement au sens ordinaire mais aussi au sens littéraire ». Elle est fascinée car l’idée de raconter l’histoire d’une femme en une seule journée remonte à 1920. Joyce le réalise et elle entrevoit les possibilités qui s’offrent à elle. Elle écrit Mrs Dalloway avec ce qu’elle appelle le « procédé de sape » qui consiste à inscrire le récit du passé à l’intérieur de la journée de son personnage. Tout commence par la recherche d’un bouquet de fleurs dans Wetmister. Les pensées de l’héroïne prennent le pas sur l’action, la reléguant au second plan dans le roman. Le roman est un franc succès. Il figure incontestablement un tournant dans l’œuvre woolfienne.
Au crépuscule de sa vie, Virginia Woolf réfléchit à une entreprise littéraire nouvelle chez elle : raconter l’histoire d’une famille sur trois générations. Dans son journal elle explique qu’elle veut mêler habilement temps intérieur et extérieur. Une gageure ! Le livre suscite les plus grands doutes et les plus vives souffrances (comme c’est toujours le cas chez elle !). Pour la première fois, à la lecture du roman Léonard Woolf est dubitatif et peu enthousiaste. Le roman est un grand succès. Ce qui intéressant dans Les Années c’est que finalement on apprend peu de choses mais c’est une traversée des émotions tout à fait riche et variée. On suit les Pargiter de 1880 à 1936 à travers les points de vue intérieurs des personnages. Les années est un grand roman.
En 1941, épuisée et découragée elle se suicide en laissant deux lettres : une à Léonard son époux et l’autre à Vanessa sa sœur. Elle laisse derrière elle une œuvre abondante et novatrice qui fait d’elle une des plus grande romancière anglaise.