
La Trahison de Thomas Spencer,
Philippe Besson, éd. Julliard, 2009.
C’est d’abord le titre très « romanesque » qui m’a intéressée, la quatrième de couverture m’a séduite et l’auteur (aperçu dans plusieurs émissions télévisées) m’a définitivement convaincue.
Paul Bruder et Thomas Spencer sont deux amis inséparables, nés le même jour, qui vivent à Natchez sur les bords du Mississipi. On suit le parcours de ces deux héros : leur enfance insouciante puis leur adolescence où certaines divergences apparaissent sans jamais mettre à mal leur amitié ; en toile de fond, les événements qui bouleversent l’Amérique, relatés de façon volontairement sommaire parce qu’ils semblent ne pas pouvoir réellement atteindre les personnages, trop occupés à vivre au rythme du fleuve et à jouir de leur amitié. Mais deux événements vont venir troubler la vie de Paul et Thomas : l’arrivée de Claire MacMullen à Natchez, puis l’Histoire qui finit par les rattraper avec la guerre du Vietnam …
Les chapitres sont très courts mais denses ; l’écriture, tenue, parvient quelquefois à suggérer beaucoup en disant peu. J’ai particulièrement apprécié l’évocation de ces moments clés de l’existence, de ces instants, en apparence anodins, qui nous font pourtant basculer vers un autre âge. Ainsi, lorsque l’enfant disparaît pour laisser place à l’adolescent : il suffira à Thomas d’observer le corps de Paul pour se rendre compte que son ami grandit plus vite et commence peut-être à lui échapper. La prise de conscience de Thomas, lorsqu’il part à l’université, qu’il y a de la place pour « d’autres », marquera également une étape décisive de leur histoire.
Certes, Besson sait s’effacer derrière ses personnages, sait peindre une atmosphère, celle du Sud américain empêtré dans son racisme et ses tabous. Mais on peut reprocher à l’auteur d’être souvent trop « didactique », de vouloir expliquer là où il avait su suggérer … On peut aussi lui reprocher une simplicité de style qui tombe facilement dans le simplisme. Et au final, c’est un sentiment de déception qui l’emporte, l’impression que Besson est passé à côté du grand roman qu’aurait pu être cette Trahison.
B.Savelli