
L'Apparition, oeuvres d'Isaac Celnikier
Yves Goulm, éditions Albiana, 2007
Yves Goulm est membre du jury du Livre insulaire d'Ouessant. Il est également critique littéraire, participe à la revue littéraire A Pian d'Avretu, vient régulièrement en Corse "se ressourcer" et a fait éditer son premier roman - celui que nous allons présenter - chez Albiana en 2007.
Ceci étant dit, ce roman ne parle absolument pas de la Corse.
Il s'agit de l'histoire d'un peintre, Piotr. Enfant, il est extrait du charnier d'un camp de concentration. Au tout début du roman, une exposition lui est consacrée, exposition qu'il quitte pour disparaître et réaliser une oeuvre unique, finale, l'Apparition.
Cette histoire a été inspirée à Yves Goulm par la rencontre, dix ans auparavant, d'un peintre juif polonais, Isaac Celnikier, et de son oeuvre, une série de peintures et de gravures ayant pour thème la Shoah - et en particulier la série des têtes dont il sera question dans le roman. Goulm a en partie repris l'histoire personnelle de Celnikier, sauvé enfant par des soldats américains, alors qu'il était enseveli dans un camion empli de cadavres. Goulm s'inspire également d'un autre peintre, russe cette fois, Alexandre Ivanov, contemporain et ami de Gogol, qui se réfugie dans un monastère orthodoxe pour peindre une apparition du Christ aux disciples d'Emmaüs - une oeuvre qui ne verra jamais le jour.
L'Apparition d'Yves Goulm est une oeuvre à l'approche difficile, proche de la prose poétique par ses jeux sur les sonorités, les répétitions, les effets de refrain. C'est une écriture de l'accumulation, de la métaphore. une écriture dense, intense.
L'originalité de ce roman réside tout autant dans son écriture que dans son schéma narratif, et un changement constant de point de vue, de regard posé sur les faits et les évènements. Composé de huit chapitres, il débute par "Les Têtes", où le point de vue est celui d'Edouard, l'ami qui a organisé l'exposition. Témoin à la fois de cet étalage de mondanités vulgaires et de la fuite de Piotr.
Puis "Le Cri", où nous suivons Puils, l'officier qui sauve un enfant du charnier.
Le troisième chapitre, "La Mémoire" est une incursion dans la mémoire de Piotr.
"L'image" est celle de Puils sauvant Piotr, le regard est celui de l'enfant cette fois-ci.
"Le Regard" nous confronte au point de vue d'un moine, portier du monastère qui va accueillir le peintre, et dont il ne voit, à travers la fente du portail, que le regard hanté.
Le sixième chapitre; "L'Un et l'autre' est une sorte de poème en vers libres relatant la rencontre de Piotr avec le Père abbé.
Enfin, "L'Apparition" et "La Mort".
C'est un roman profondément original, surprenant, d'un abord difficile, aussi dérangeant que touchant. son style haché - proche des hachures dont Celnikier strient ses visages émaciés - tente résolument d'imiter le peintre dont il s'inspire.
Isaac a lu le roman. Il en aurait dit que, s'il avait dû écrire son histoire, il l'aurait écrite de cette manière-là.
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