
Thomas Pynchon
Thomas Pynchon est considéré comme l’un des plus grands écrivains américains et, malgré mon amour pour la littérature américaine, je n’avais lu aucun des ses romans.
J’ai fini par acheter Vente à la criée du Lot 49, seul roman bref de Pynchon. L’étrangeté du titre aurait du me mettre en alerte : plonger dans un livre de Pynchon, c’est plonger dans un univers totalement fantasque, foisonnant et pour le moins déstabilisant.
Résumer celui-ci se révèle ardu : si l’intrigue est simple, ses multiples ramifications et les nombreuses digressions complexifient considérablement le roman. Oedipa Maas, jeune femme de 28 ans, apprend que Pierce Inverarity (une étude onomastique serait certainement très intéressante !), un ancien amant qui vient de mourir, l’a nommée exécutrice testamentaire ; en héritage, il lui laisse une étrange collection de faux timbres. Elle décide alors de se rendre à San Narciso, ville imaginaire située dans la région de Los Angeles, où vivait Pierce. En s’intéressant de plus près à cette mystérieuse collection, Oedipa découvre un service de poste clandestin - géré par une sorte de « réseau dissident » - dénommé W.A.S.T.E. Ce nom serait l’acronyme de la formule « We await silent Trystero's Empire » qui se trouverait dans une pièce de théâtre The Courier's Tragedy écrite par un contemporain (imaginaire !) de Shakespeare, Richard Wharfinger. Les investigations d’Oedipa l’amènent à rencontrer une multitude de personnages tous plus étranges les uns que les autres. Oedipa – et le lecteur ! -, se trouve alors perdue au milieu de symboles, de secrets et de complots qu’elle tente de déchiffrer, d’interpréter : mais tout cela est-il bien réel ou n’est-ce que le fruit, au mieux, de son imagination ou de celle de son ex-amant, au pire, de sa folie ou de sa paranoïa ? Quel est le rôle d’Oedipa dans cette étrange histoire d’héritage ? « Tous les indices qui [lui] parviennent sont censés posséder une clarté propre, une chance d’éternité. Elle se demanda alors si ces indices, comme des pierres précieuses, n’étaient pas simplement une forme de compensation pour la consoler d’avoir perdu la Parole directe, épileptique, le cri qui pourrait abolir la nuit » ; que doit on entendre par cette « parole directe » ? Peut-être une interrogation sur le langage et, en écho, une réflexion sur le travail de l’écrivain ; et d’expliquer ainsi les digressions passionnantes sur le « mot » ou la « métaphore » par exemple.
La quête d’Oedipa demeure une quête de la vérité l’amenant à une relecture du monde : « Oedipa se demanda si, quand tout cela serait fini (si toutefois cela devait finir un jour), il ne lui resterait pas à elle aussi une compilation de souvenirs, d’indices, de données, de signes obscurs, sans que jamais la vérité centrale elle-même lui fût apparue, trop éclatante pour que sa mémoire la retienne jamais. » Et Pynchon laisse entendre que l’imaginaire est un moyen d’accès à cette vérité. C’est pourquoi la part faite au rêve, à la nuit et à la magie, est essentielle. Ainsi Oedipa comprend-elle, en regardant un tableau de Remedios Varo, que « ce qui la retient où elle est, est de nature magique, anonyme et maligne, et que cela lui est imposé sans raison. »
Pynchon, aussi bien par goût du « cryptage » que par goût du jeu, mêle les références culturelles et historiques réelles aux fausses qui semblent pourtant tout aussi véridiques !
Vente à la criée est incontestablement un ouvrage d’érudit, un livre « à clés » (et il m’en manque !) où l’intertextualité joue un rôle important. Je me suis perdue dans ce jeu de pistes étrangement envoutant. Vente à la criée du lot 49 reste une expérience de lecteur. Le roman terminé, je n’avais qu’une envie : le relire en veillant, dès le commencement, à interpréter, comme Oedipa, les signes, symboles, métaphores et allégories qui constituent logiquement le style de Pynchon.
Bénédicte Savelli décembre 2011

